Psycho
10 juin 2013

Réseaux sociaux: Pourquoi certaines personnes partagent-elles trop?

Par Judith Plamondon

SOLEDAD Auteur : Elle Québec Crédits : SOLEDAD

Psycho
10 juin 2013

Réseaux sociaux: Pourquoi certaines personnes partagent-elles trop?

Par Judith Plamondon

Il y a ces amis qui inondent notre fil Facebook de leurs états d’âme et profitent de ce lieu d’échange pour régler leurs comptes avec leur chum ou leur blonde. Ou encore ceux qui s’insurgent haut et fort contre leur patron ou leur voisine trop bruyante. Sans parler de ces gens qui nous ensevelissent de photos de leurs prouesses culinaires. Ils ont tous un point en commun: leur utilisation des réseaux sociaux permet de lire en eux comme dans de véritables livres ouverts.

Selon Stéphanie Léonard, psychologue, certains traits de personnalité prédisposent à s’exhiber ainsi. Par exemple la faible estime de soi. «Les réseaux sociaux permettent de se montrer sous un meilleur jour, de dire ou de faire des choses qu’on ne serait pas capable d’accomplir dans la réalité, note l’experte. On en vient à se créer une identité virtuelle parfois loin de ce qu’on est vraiment.»

Les gens naturellement narcissiques se montrent aussi plus enclins que les autres à alimenter à profusion leur page Facebook ou leur profil Instagram, souligne la psychologue. «Les réseaux sociaux leur offrent une tribune exceptionnelle pour se faire valoir.» Avides de popularité et de reconnaissance sociale, les adolescents y sont en général très actifs. «Ils ont besoin de feedback, d’être confortés dans leurs choix.»

 

PLUS: Au secours, mon amie parle trop!

 

Les communautés en ligne comme Facebook, Twitter et Instagram permettent aussi d’assouvir le besoin d’appartenance de nombreuses personnes. «Ces internautes ont des amis… peut-être pas si proches que ça. Ils cherchent à établir un lien social», précise la Dre Léonard.

La spécialiste en médias sociaux Aleece Germano partage cet avis: les gens prennent ces sites d’assaut «parce qu’ils se sentent seuls et qu’ils tentent de briser leur isolement». Elle déplore par ailleurs que bon nombre d’internautes ne connaissent pas les paramètres de confidentialité qu’offre Facebook. «Ils ne se rendent pas compte qu’utiliser ce site revient à prendre un porte-voix pour annoncer une nouvelle. Il faut toujours se demander qui va voir ce qu’on publie et quelle perception cette personne pourrait avoir de soi.» Et si on recherche un emploi, il faut redoubler de prudence, prévient l’experte. «Toute publication ou photo d’accès public pourrait être vue par un éventuel employeur», insiste-t-elle.


Épiée sur Facebook, harcelée jusqu’au bureau

Catherine l’avoue candidement: elle est «accro» à Facebook, un réseau sur lequel elle publie bon nombre de statuts, liens ou articles par jour. «Mes amis se plaignent que je remplis leur fil d’actualités, lance la jeune femme en riant. Plusieurs de mes proches, dont mon chum et ma sœur, m’ont même dit qu’ils m’avaient masquée.»

Mais en février dernier, cette relationniste de profession a pris conscience de l’arme à double tranchant que constitue Facebook. «J’ai commencé à recevoir des messages d’un gars que je n’avais jamais rencontré de ma vie», raconte-t-elle. Le croyant inoffensif, Catherine a d’abord répondu à son interlocuteur, par politesse, sans cependant accéder à sa demande d’amitié. Les jours ont passé, et les messages de cet homme – qui disait connaître son ancien conjoint – se sont multipliés. «Il était allé au secondaire avec mon ex, mais n’était pas son ami. Au contraire, il avait été intimidé par son groupe de copains à l’époque. J’ai commencé à trouver étrange qu’il soit entré en contact avec moi.»

À LIRE: Alerte aux narcissiques!

Malgré l’indifférence de Catherine, l’homme a continué à lui écrire, inondant ses statuts publics de commentaires. «J’ai paniqué lorsqu’il s’est mis à me parler de ma fille de quatre ans. Il m’a dit: “Elle est blonde… Comme toi quand tu étais plus jeune.”»

Craintive de se voir ainsi épiée en ligne, la jeune femme a alors cru bon de bloquer l’accès à son profil à son voyeur. C’est à ce moment que la situation a dégénéré et que le harcèlement virtuel a basculé dans le monde réel. L’homme s’est présenté à deux reprises au travail de Catherine. La seconde fois, elle s’est retrouvée nez à nez avec lui. Affolée et à bout de nerfs, elle a fini par appeler la police. En raison de son sérieux, l’affaire a été portée devant les tribunaux. En avril, l’homme a été condamné à 30 jours de détention pour harcèlement criminel.

Même si elle alimente toujours son profil Facebook de façon régulière, Catherine dit avoir tiré une leçon de ce douloureux épisode. «Je conseille aux gens de faire attention à ce qu’ils divulguent sur les réseaux sociaux. Même si tu as l’impression de donner juste accès à de petits bouts d’information sur toi, quelqu’un qui a beaucoup de temps libre peut facilement assembler tous ces morceaux et se forger une bonne idée de qui tu es.»

À DÉCOUVRIR:
Psycho: oser la vulnérabilité
Le perfectionnisme, un vrai défaut!
C'est mon histoire: «J'ai été escorte dans une autre vie» 

Mots-clés
Partage X
Psycho

Réseaux sociaux: Pourquoi certaines personnes partagent-elles trop?