Psycho
28 avr. 2011

Psychologie: dix mythes au broyeur

Par Mélissa Guillemette

Soledad Auteur : Elle Québec Crédits : Soledad

Psycho
28 avr. 2011

Psychologie: dix mythes au broyeur

Par Mélissa Guillemette

Véhiculées dans les centaines de livres de psychopop publiés chaque année, colportées par bien des films et répétées entre amies, les fausses croyances et les vraies fabulations abondent dans le domaine de la psychologie. Des chercheurs américains et canadiens ont décidé de partir à la chasse aux faits: ils ont scruté à la loupe de nombreuses études scientifiques pour déterminer si nos croyances issues de la psychopop étaient fondées, et ont déniché 50 mythes. En voici 10, tirés de leur livre 50 Great Myths of Popular Psychology: Shattering Widespread Misconceptions about Human Behavior (Éd. Wiley-Blackwell).

1. Mieux vaut exprimer sa colère et son agressivité que les garder pour soi

Les faits C'est tout le contraire! Crier, frapper dans un oreiller ou un punching bag fait plutôt monter l'agressivité et la colère, assurent les auteurs, qui ont revisité 40 ans de recherches pour en arriver à cette conclusion. Nous ne risquons pas d'être une Hulk en devenir ou une bombe à retardement si nous ruminons nos frustrations. «C'est un mythe très populaire parce qu'il semble vrai: après un défoulement, on se sent parfois mieux, avoue Scott Lilienfeld, un des quatre auteurs du livre. Mais c'est probablement dû au fait qu'un peu de temps s'est écoulé pendant la crise: cela diminue la tension et donne une impression de mieux-être.» Exprimer sa colère - par des mots plutôt qu'à coups de batte de baseball - serait toutefois efficace si cela est fait dans le but de chercher une solution.

 

2. Pour surmonter l'alcoolisme, l'abstinence est la seule solution

Les faits Alcoolique un jour, alcoolique toujours? Pas forcément. D'accord, la stratégie de l'abstinence a fait ses preuves: le taux de réussite est de 85 % en institution et de 20 % au sein des groupes de soutien des Alcooliques Anonymes, selon des données américaines. Néanmoins, il serait aussi possible de s'en sortir en apprenant à contrôler sa consommation. Différentes études révèlent qu'entre 7 % et 18 % des individus qui sont accros physiquement et psychologiquement à l'alcool y parviennent. Reprendre un verre n'aboutit donc pas nécessairement à une rechute. Cette option de traitement peut inciter plus de personnes à demander de l'aide et peut être couronnée de succès si l'abstinence a déjà mené à un échec. Évidemment, dans les cas graves de dépendance, il vaut mieux arrêter définitivement de boire.

3. Les gens peuvent être classés en deux types: «cerveau gauche» (rationnel) ou «cerveau droit» (créatif)

Les faits Si chacune des deux moitiés de notre cerveau a ses spécialités, il ne faut pas croire que l'une est consacrée aux activités artistiques, et l'autre, aux activités logiques. Elles partagent l'information et s'entraident pour exécuter une même tâche. Ainsi, dans le cas du langage, l'hémisphère gauche s'occupe davantage de la grammaire, et l'hémisphère droit, de l'intonation. Les artistes dans l'âme et les businessmans organisés utilisent donc autant les deux parties de leur cerveau.

4. Les femmes et les hommes communiquent de façon fort différente

Les faits Hommes et femmes sont bien plus proches qu'on le pense, notamment sur le plan de la communication, quoi qu'en dise le bouquin Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus. Les gars viennent de Montréal, les filles viennent de Laval, pourrait-on dire en guise de parodie! «Oui, les femmes parlent plus de leurs émotions, et les hommes, de voitures et de sport, mais ces divergences sont minimes, explique Scott Lilienfeld. Les deux sexes sont beaucoup plus semblables que différents; malgré ce qu'on imagine, ils se comprennent bien.» Il y a de l'espoir, donc! Quant à l'idée que les filles jacassent trois fois plus que les gars dans une journée, il s'agit une fois de plus d'un mythe à déboulonner, soulignent les auteurs.

5. La plupart des gens n'utilisent que 10 % de leur cerveau

Les faits Cet organe n'a rien d'un paresseux. L'idée qu'on n'en utilise qu'une partie n'a aucun fondement scientifique. «Les gens aimeraient bien que ce soit vrai», dit en riant Scott Lilienfeld. Vrai que nous voudrions toutes voir notre capacité cérébrale être boostée, et devenir tout d'un coup plus brillantes qu'Einstein et Newton réunis. Sauf qu'il va falloir oublier ça. Même si l'encéphale est loin d'être complètement compris par la science, on en sait déjà suffisamment sur lui pour infirmer cette possibilité. D'abord, c'est un gourmand. Bien qu'il ne représente que de 2 % à 3 % de la masse de notre corps, il utilise 20 % de notre oxygène. Il est peu plausible que l'évolution ait permis qu'autant de ressources soient allouées à notre cerveau s'il ne fonctionnait pas à plein régime, avancent les chercheurs. Les cas de traumatisme montrent également que perdre un peu de matière grise - bien moins que 90 % - a toujours des conséquences très lourdes. De plus, si une partie du cerveau est abîmée à la suite d'un accident, soit elle dégénère, soit elle est «colonisée» par une autre région, qui l'utilise ensuite à ses propres fins.

6. Une faible estime de soi est la cause principale de tous nos maux

Les faits Que les copines se ravisent: le manque de confiance en soi n'est pas à l'origine de tous nos problèmes psychologiques. Les études sur le sujet montrent même que l'estime de soi a peu à voir avec les problèmes interpersonnels, le tabagisme ou la consommation de drogues et d'alcool. Elle n'explique pas non plus qu'une personne fasse une dépression. Toutefois, elle joue un rôle dans les comportements violents; dans ce cas, qu'elle soit trop faible ou trop forte, elle peut mener à la délinquance. Évidemment, une bonne dose d'assurance est souvent bénéfique. Elle nous permet d'avoir plus d'initiative, d'être plus persévérante et d'avoir plus de facilité à ressentir le bonheur, a révélé une étude publiée par des chercheurs canadiens et américains en 2003. Autre fait intéressant tiré de cette dernière étude: les gens qui ont beaucoup d'aplomb ne sont pas plus populaires ni plus attirants que les autres.

7. En amour, les contraires s'attirent

Les faits La maxime «qui se ressemble s'assemble» est bien plus juste. Les films hollywoodiens qui montrent régulièrement miss Workaholic filant le parfait amour avec monsieur le barbu bohème ne sont que des... films hollywoodiens. Dans la réalité, les gens qui ont des tempéraments très différents ont moins tendance à se plaire, dévoilent des douzaines d'études. Les similitudes ne font pas que favoriser l'attirance, elles rendent les couples plus stables et augmentent les chances d'être heureux, précisent les auteurs de 50 Great Myths. Un individu qui a des valeurs et une personnalité proches des nôtres nous paraîtra plus charmant. En chiffres, nous avons deux fois plus de chances d'être attirée par quelqu'un qui partage notre opinion 60 % du temps que par quelqu'un qui ne la partage que 30 % du temps. Parfois, c'est vrai, les différences ajoutent du piquant, reconnaissent les chercheurs. «Personne ne veut un clone de lui-même, raconte au bout du fil Scott Lilienfeld, joint à son bureau d'Atlanta. Mais surtout, personne ne veut d'un compagnon qui n'a pas les mêmes valeurs que soi.»

8. L'adolescence est une période de crise

Les faits N'en déplaise à la psychanalyste Anna Freud, qui écrivait en 1958 qu'être normal durant l'adolescence est en soi anormal, la plupart des jeunes vivent fort bien cette étape. D'accord, dans certains cas, «ado» rime avec «tumulte». Mais il s'agit plutôt de l'exception que de la règle, ont découvert les auteurs. Environ un jeune sur cinq vit une crise - conflits avec ses parents, humeur instable et comportements «risqués» -, indiquent la plupart des études. Ce phénomène serait peut-être même culturel, puisqu'il est moins répandu dans les pays non occidentaux. La grande majorité des ados japonais, chinois, indiens et arabes trouvent cette période agréable et ont une bonne relation avec leurs parents.

9. La mémoire est comme un appareil photo

Les faits La mémoire n'a rien d'une enregistreuse et encore moins d'un appareil photo numérique haute définition. Au contraire, elle invente parfois des scénarios. Selon un large consensus, elle reconstruit plus qu'elle ne reproduit, expliquent les chercheurs. Un souvenir est donc une mixture de ce qu'elle retient d'un événement en fonction de nos besoins, de nos croyances et de nos émotions, et de ce que nous avons vécu de semblable. Des chercheurs arrivent même à implanter de faux souvenirs dans la mémoire. En somme, cette faculté oublie... et déforme!

10. Une attitude positive prévient les cancers

Les faits La visualisation, les idées positives et la bonne humeur ont une influence sur la qualité de vie des cancéreux, mais elles n'ont malheureusement pas d'effet sur la durée de leur vie ni sur la maladie elle-même, révèlent les études menées sur le sujet. Plusieurs bouquins de croissance personnelle alimentent pourtant la croyance contraire, dont You Can Heal Your Life et Quantum Healing, ou encore le célèbre best-seller Le secret. «Ce mythe semble positif, mais il a son côté sombre», explique M. Lilienfeld. En effet, lorsqu'Oprah Winfrey a présenté Le secret en ondes, il y a trois ans, une femme atteinte de cancer lui a écrit pour lui dire qu'elle avait cessé de recevoir des soins médicaux. Réalisant sa gaffe, Oprah s'est empressée d'encourager les malades à poursuivre leurs traitements. «L'autre danger de cette méthode, c'est que, si ça ne fonctionne pas, les gens vont croire que c'est leur faute, ajoute M. Lilienfeld. Oui, il est important de rester positif, précise-t-il, mais pour "tenir le coup", et non pour prévenir ou guérir le cancer.»

 

5 autres mythes passés au broyeur

1. Se la jouer indépendante attire les hommes.

Faux! Ils seraient plutôt attirés par les femmes qui répondent à leurs avances.

2. Le brainstorming est très efficace.

Faux! Les idées qui en ressortent sont souvent plus pauvres que celles tirées de réflexions individuelles.

3. L'humeur des femmes est mauvaise pendant leur période prémenstruelle.

Faux! La plupart d'entre elles ne vivent aucun changement.

4. L'ulcère de l'estomac est principalement causé par le stress.

Faux! C'est une infection à bactérie Helicobacter pylori qui l'entraîne, bien que le stress joue un rôle encore mal défini dans l'apparition de ce type d'ulcère.

5. Se répéter des phrases positives (t'es belle, t'es bonne, t'es fine, t'es capable!) rend plus confiante.

Faux! Des recherches démontrent qu'elles ne sont pas spécialement efficaces, surtout si une personne a une faible estime d'elle-même.

 

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