Psycho

Peut-on soigner son anxiété?

istockphoto.com Auteur : Elle Québec Crédits : istockphoto.com

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Peut-on soigner son anxiété?

L'anxiété est un mécanisme biologique de défense, un signal d'alarme qui nous prévient des dangers et accroît notre vigilance. «À petites doses, l'anxiété est normale et même utile. Mais lorsqu'elle devient envahissante, elle peut être contre-productive et source de souffrance», explique le psychologue Emmanuel Piché. Au Canada, elle touche plus de 12% de la population et deux fois plus de femmes que d'hommes.

D'où vient l'anxiété? Naît-on avec ces symptômes ou est-ce un problème qui apparaît avec le temps? Il est difficile de répondre à ces questions, car les origines de ce trouble sont multiples et rarement simples à définir. «Il y a d'abord une constitution biologique, un tempérament sur lequel va venir jouer le rapport aux autres, dit le psychologue. Les traumatismes vécus durant l'enfance ou qui surviennent plus tard font aussi partie des sources possibles. Mentionnons également les difficultés circonstancielles telles qu'une rupture amoureuse et les multiples événements extérieurs comme un travail stressant ou un déménagement.» L'anxiété peut donc surgir à un moment précis de notre vie ou nous suivre depuis l'enfance.

Geneviève, 37 ans, vit au quotidien avec ce trouble, et ce, depuis longtemps. «Toute petite, je manquais de confiance en moi et vivais avec la peur constante de ne pas réussir. J'ai grandi avec un père impatient très cérébral qui ne parlait pas beaucoup et pour qui je voulais être parfaite, et une mère hyperanxieuse qui me surprotégeait. Mais j'ai vraiment pris conscience de mon anxiété vers l'âge de 23 ou 24 ans, après mon université, moment où les crises d'angoisse sont devenues très persistantes.»

L'anxiété n'est pas aisée à gérer; les personnes qui en sont atteintes en savent quelque chose. Cet état peut se généraliser ou mener à des phobies, à des troubles obsessionnels compulsifs (TOC), à des attaques de panique. Souvent, celles qui en souffrent se voient contraintes de réduire leurs activités, de faire une pause ou même de quitter leur travail. Les symptômes associés à l'anxiété, notamment la fatigue, les troubles du sommeil et les maux de tête, peuvent aussi s'accompagner de dépression.

C'est le sort qui attendait Geneviève. Même si une thérapie de sept ans lui avait permis de dompter la bête, l'angoisse était encore très présente. Après la naissance de ses filles, elle s'est vue sombrer dans la dépression. «J'ai dû prendre des antidépresseurs. Après deux années de traitement, je me sentais mieux et j'ai pu cesser les médicaments. Mais mon anxiété est revenue, explique-t-elle. Mon médecin a découvert que mes médicaments avaient aussi un effet anxiolytique. Alors, j'ai repris le traitement.»

Les personnes aux prises avec un trouble anxieux souffrent bien souvent, en plus, de l'incompréhension de leur entourage et de leur employeur. Elles doivent parfois faire face à l'éloignement de leurs proches, incapables de composer avec la situation. Geneviève a ainsi vu plusieurs de ses amis prendre leurs distances. L'anxiété a aussi eu raison de son couple. «Mon ex-conjoint trouvait ça lourd et ressentait de la pression. C'est aussi quelqu'un d'anxieux, et mon état le confrontait au sien. Il faisait toutefois du déni et était fermé à toute discussion. De mon côté, j'avais peur de ses réactions, ce qui augmentait mon anxiété. J'étais coincée dans un cercle vicieux.»

Idéalement, les grands anxieux devraient consulter un psychologue. «Il existe deux approches principales, explique M. Piché. D'un côté, il y a les psychothérapies cognitivo-comportementales, qui se penchent principalement sur l'élimination des symptômes et consistent en un travail à plus ou moins court terme sur les pensées et les comportements fautifs. De l'autre, on retrouve les approches psychanalytiques, qui vont plus en profondeur et s'intéressent au vécu intérieur, inconscient afin de produire des changements à long terme.»

La thérapie peut aussi être combinée à des médicaments comme des anxiolytiques ou des antidépresseurs. «Les antidépresseurs donnent des résultats efficaces lorsqu'on les emploie pour atténuer, voire faire disparaître, l'anxiété. C'est un bon traitement dans le cas d'une anxiété très intense et handicapante qui doit être gérée rapidement. Une fois la personne remise sur pied et son contexte de vie amélioré, d'autres possibilités peuvent être envisagées, et la médication peut alors être diminuée progressivement», affirme le psychologue. En revanche, si la source du problème est profondément enfouie et que les causes persistent, dès que l'on cesse la médication, les troubles risquent de se manifester de nouveau. En général, quelques rencontres d'évaluation sont nécessaires pour déterminer quel sera le traitement approprié.

Adopter une saine hygiène de vie, dans laquelle une bonne alimentation, des périodes de repos et la pratique d'une activité physique régulière occupent une place prépondérante, est aussi préconisé. M. Piché recommande également des lectures sur le sujet et souligne qu'il existe des groupes de soutien, souvent gratuits, qui peuvent apporter beaucoup de réconfort, car ils permettent à la personne qui en fait partie ne plus se sentir seule.

Chose certaine, on ne parvient pas à vaincre l'anxiété du jour au lendemain. «À moins que ce soit épisodique, c'est un travail sur soi que l'on entreprend et qui s'échelonne sur une longue période, précise M. Piché. La bonne nouvelle, c'est que les personnes déprimées ou anxieuses ont une certaine facilité à se centrer sur leurs émotions et à s'adonner à l'introspection, ce qui simplifie la démarche. Celles qui sont conscientes de leur état parviennent habituellement à dénicher des ressources intérieures qui les aideront à s'épanouir, contrairement à celles qui écartent leur problème et blâment leur entourage. Faire face à son anxiété, c'est déjà un signe de meilleure santé.»

Même si tout n'est pas gagné pour Geneviève, elle gère beaucoup mieux son trouble. Depuis quelque temps, elle consulte un coach personnel qui, à son avis, lui a fait faire des pas de géant. «J'ai appris à utiliser la visualisation pour affronter les situations angoissantes auxquelles je dois faire face. On élabore également un plan de match préparatoire en anticipant les différents scénarios possibles, ce qui me met en contrôle de la situation et désamorce l'anxiété. Je constate d'énormes progrès depuis que j'ai entrepris cette démarche. La façon dont j'interagis avec les autres s'est améliorée, et leur attitude à mon égard a aussi changé. Je sens qu'on me respecte davantage.»

Anxieux un jour, anxieux toujours? De l'avis du psychologue, l'anxiété n'est pas une fatalité et, bien gérée, elle peut même avoir des retombées positives. «Avec l'aide d'une approche à long terme, les possibilités que l'anxiété se transforme et soit mieux utilisée sont très vraisemblables. Autant elle peut être destructrice si on ne la traite pas, autant elle peut donner des résultats créatifs sur plusieurs plans lorsqu'elle est bien canalisée.» En effet, les personnes qui souffrent d'anxiété sont souvent plus tatillonnes, perfectionnistes, et anticipent souvent les problèmes: des qualités professionnelles garantes de succès. D'ailleurs, le monde des arts en compte quelques exemples célèbres, comme Woody Allen, Penélope Cruz ou, chez nous, Stefie Shock. Comme quoi l'anxiété n'a pas que des mauvais côtés.

Merci au psychologue Emmanuel Piché, de Montréal, 514-330-4259.

Pour en apprendre plus: Centre de traitement de l'anxiété

 

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