Psycho

Petit guide pour les belles-mères

Getty Images Photographe : Getty Images Auteur : Elle Québec

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Petit guide pour les belles-mères

Mariloup Wolfe a tenu bien des rôles au cours de sa carrière, mais peu lui ont donné autant de fil à retordre que celui de belle-mère. Ce n'est pas que Charlie, la fille de son amoureux, Guillaume Lemay-Thivierge, soit difficile. Au contraire, selon Mariloup, l'adolescente de 14 ans est aimable et respec- tueuse. «Malgré tout, ce n'est jamais simple», confie la comédienne de 37 ans. «Charlie est dans ma vie depuis 12 ans et, encore aujourd'hui, je marche sur des œufs quand je m'adresse à elle. Même si je lui répète que je l'aime, j'ai l'impression qu'elle interprète parfois ce que je lui demande comme une forme de rejet. Une mère peut exiger ce qu'elle veut de ses enfants sans que son amour soit remis en question, mais pour une belle- mère, c'est impossible!»

De tels tourments, les belles-mamans en vivent à répétition. Il faut dire que rien ne les a préparées à porter ce titre auquel les contes de fées ont fait une sale réputation. Qui, en effet, a cruellement empoisonné Blanche-Neige? Asservi Cendrillon? Abandonné Hansel et Gretel? Le manuel de la méchante belle-mère est écrit d'avance. Mais qu'en est-il de celui des gentilles belles-mamans qui, parce qu'elles se sont éprises d'un homme, souhaitent trouver leur place dans une famille qui n'est pas la leur? Et, si possible, gagner l'affection d'en- fants qu'elles n'ont ni désirés ni portés, tout ça sans se mettre à dos leur vraie maman...

La société a peu de réponses à fournir aux belles-mères qui, pourtant, font partie d'au moins une famille canadienne sur cinq. «Tout ce qu'elles savent, c'est qu'elles ne doivent pas empiéter sur le territoire de la mère biologique», constate Julie Gosselin, professeure de psychologie et directrice du Laboratoire de recherche sur la famille recomposée à l'Université d'Ottawa. «Le lien filial entre une mère et son enfant est très important socialement. C'est ce qui rend la tâche des belles-mères si difficile.»

Un rôle à inventer

Lorsqu'elle est devenue belle-maman à l'âge de 21 ans, Amélie a réalisé qu'elle n'avait aucun modèle duquel s'inspirer. «Édouard avait 8 ans quand j'ai rencontré son père, Patrick, raconte Amélie, qui a maintenant 32 ans. Je n'avais alors aucune idée de ce que devait faire une mère et encore moins une belle-mère. Au début, je considérais Édouard comme un petit coloc à prendre avec des pincettes. Je n'ai rien forcé, même si je sentais que ma présence le bousculait dans ses habitudes. Mais tranquillement, avec l'appui de Patrick, la confiance s'est installée entre nous.»

Les experts s'entendent d'ailleurs pour dire que le père doit jouer un rôle crucial dans l'intégration de sa nouvelle conjointe au sein de sa famille. «Cette dernière n'aura aucune légitimité aux yeux des enfants s'il ne leur explique pas qu'elle est aussi une figure d'autorité», remarque Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute, auteur de l'ouvrage Comment t'aimer, toi et tes enfants? En ce sens, le père doit être «le diplomate officiel», celui qui fera la médiation entre les différents membres de la famille recomposée, explique Julie Gosselin. «Personne d'autre que lui ne peut le faire puisqu'il est le seul à avoir un lien direct avec sa nouvelle compagne, ses enfants et son ex-conjointe, dit-elle. Certains hommes peinent à y arriver. À l'image des anciens cours de préparation au mariage, il leur fau-
drait des cours de préparation à la
famille recomposée! D'autres, par
contre, excellent dans ce rôle.»

PLUS: Dossier - 10 règles de survie pour les belles-mères

Stéphanie Deslauriers, 27 ans, a eu la 
chance de tomber sur un tel spécimen.
Depuis un an, elle est en couple avec 
Rodrigo, papa du petit Mattias, 8 ans.
«Mon chum a vite mis des balises: son
 fils me doit autant de respect qu'à lui
 et mon avis vaut autant que le sien»,
indique cette psychoéducatrice,
chroniqueuse à l'émission Format familial, à Télé-Québec. «Par ailleurs, Rodrigo entretient une relation harmonieuse avec son ex-conjointe, ce qui facilite les choses. Il m'a dit récemment qu'elle avait confiance en moi. Une telle entente est rassurante pour tout le monde, surtout pour Mattias!» Stéphanie est toutefois consciente que son beau-fils a eu une vie avant son arrivée: «Être belle-mère, c'est comme entrer dans un jeu de corde à danser: deux personnes font tourner la corde, et tu es celle qui s'élance pour sauter. J'ai dû m'adapter au rythme déjà établi. Et avant de sauter, j'ai pris un peu de recul pour voir si cette vie et les valeurs de cette famille correspondaient aux miennes.»

Dans l'ombre de l'ex

Toutes les familles recomposées ne s'entendent pas aussi bien sur les règles du jeu. La jalousie, les cicatrices laissées par une séparation difficile ou encore l'insécurité éprouvée par les uns ou les autres dans cette nouvelle configuration familiale peuvent empoisonner les relations. Parlez-en à Amélie, qui a pris part à une longue bataille juridique oppo- sant son conjoint et l'ex de celui-ci: «La mère voulait la garde exclusive de son fils et souhaitait que ce dernier coupe les ponts avec nous.» Outrée par une telle manœuvre, Amélie a elle-même choisi l'avocate qui représenterait son amoureux et payé ses honoraires. Ses rapports avec l'ex de Patrick, déjà tendus, sont alors devenus quasi inexistants. «Quand elle appelait à la maison, elle ne me saluait jamais et demandait tout de suite à parler à son fils», se désole Amélie.

Heureusement, d'autres familles font preuve d'une plus grande souplesse et, grâce à une bonne communication, réalisent de petits miracles. Ainsi, Mariloup s'entend à merveille avec la mère de Charlie. «Comme dans toute famille recomposée, il nous arrive de faire des mises au point mais, en général, ça se passe super bien, dit la comédienne. Nous nous réunissons pour fêter Noël et célébrer l'anniversaire de chacun de nos enfants [NDLR: la mère de Charlie et son conjoint ont un garçon]. Nous sommes même déjà partis tous ensemble en vacances dans le Sud. C'est cool!»

Julie Gosselin croit que les familles recomposées illustrent bien le proverbe africain selon lequel il faut tout un village pour élever un enfant. «Soudain, il y a quatre parents au lieu de deux, ce n'est pas rien! s'exclame la psychologue. Quand les relations sont bien rodées, ça peut se révéler très bénéfique pour le développement de l'enfant.»

On s'aime un peu, beaucoup, pas du tout

Nombreuses sont les femmes qui ressortent grandies de leur expérience de belle-mère. C'est le cas de Stéphanie qui, grâce à son beau- fils, a découvert l'instinct maternel, elle qui ne désirait pas d'enfant. «J'ai eu un coup de foudre pour Mattias, c'est un garçon tellement joyeux!» Il y a quelques mois, il lui a annoncé qu'il souhaitait ajouter son portrait aux côtés de ceux de son père, de sa mère et de son beau- père dans un grand cœur qu'il avait bricolé l'an dernier pour la Saint-Valentin, avant que Stéphanie fasse partie de son quotidien. «J'en ai eu les larmes aux yeux», confie-t-elle.

PLUS: C'est mon histoire - «Je suis devenue belle-mère à 21 ans»

Pour celles qui, au contraire, s'inquiètent de ne jamais ressentir un tel amour pour leurs beaux-enfants, Christophe Fauré se fait rassurant: «Qui a dit que c'était une obligation de les aimer? Ce sont des attentes erronées, qui culpabilisent les belles-mères et leur mettent de la pression inutilement. La vérité, c'est que ces enfants n'ont pas besoin de vous et que vous n'avez pas besoin d'eux. Il arrive que l'amour ne soit pas au rendez-vous. Il faut alors miser sur le respect pour favoriser une bonne façon de vivre ensemble.»

Mariloup Wolfe a beaucoup réfléchi à l'affection qu'elle porte à Charlie. Lucide, elle affirme que ce n'est pas le même amour qu'elle ressent pour ses fils, Manoé et Miro, âgés de cinq et trois ans. «Je considère Charlie comme ma fille, mais je ne lui voue pas un amour inconditionnel. Nous avons parfois des conversations à ce sujet. Ce n'est pas facile, car je ne veux pas la blesser. Je lui renvoie alors la question: "M'aimes-tu comme tu aimes ta mère? Bien sûr que non."»

Est-ce que les choses auraient pu être différentes? «Peut-être, répond Mariloup. Plus jeune, Charlie ne me saluait pas et ne m'embrassait pas, à moins que Guillaume le lui demande. Son attitude me déstabilisait, et je n'allais pas davantage vers elle. Ça a duré des années. Si c'était à refaire, je serais plus avenante à son égard. Je lui donnerais plein de bisous et de câlins! Et peut-être qu'aujourd'hui notre lien, si beau soit-il, serait encore plus fort.»

Rien que la belle-mère...

Il est donc possible pour une famille recomposée de vivre en harmonie? Oui, répondent avec enthousiasme Julie Gosselin et Christophe Fauré. Néanmoins, ça requiert une bonne dose de communication et de patience. «Si on survit aux cinq premières années, on a de bonnes chances de durer, indique Julie Gosselin. Dans cette aventure, il faut respecter le rythme de chacun, surtout celui des enfants.» Christophe Fauré émet toutefois une mise en garde: «Quoi que les belles-mères fassent, ces enfants ne seront jamais les leurs. Elles doivent apprendre à donner sans nourrir d'attentes, autrement elles seront déçues.»

C'est ce qui arrive présentement à Amélie. Bien qu'elle ait quitté Patrick, elle aimerait poursuivre la relation qu'elle entretient depuis maintenant 11 ans avec son beau-fils. Mais depuis qu'Édouard est parti vivre en appartement, elle a très peu de contact avec ce jeune homme qui l'a déjà considérée comme sa véritable maman. «Aujourd'hui, il voit davantage sa mère que moi, entre autres parce qu'elle l'aide financièrement, raconte Amélie avec tristesse. Je me rends compte que, pendant toutes ces années, je n'ai été que la belle-mère. C'est dur...»

Cela dit, il y a des dénouements plus heureux que d'autres. Ainsi, Mariloup et Charlie ont convenu qu'elles devaient s'accorder du temps ensemble. «Nous avons fait une liste d'activités et nous l'avons affichée sur la porte du réfrigérateur», dit Mariloup. Au programme: cinéma, virée shopping, soirée de ski et weekend à New York. «Je pense que l'adolescence de Charlie sera une belle période.»

Les belles-mères ne vivent sans doute pas un conte de fées, mais elles ont tout de même le pouvoir de créer une histoire haute en couleur... dont elles seront les humbles héroïnes.  

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