Psycho

Le complexe du Pumpkin Spice Latte

Le complexe du Pumpkin Spice Latte

-- Photographe : Getty Images

Psycho

Le complexe du Pumpkin Spice Latte

L’automne est à nos portes, et avec le vent frais et les feuilles colorées arrivent aussi les blagues plates sur les basic bitches et les pumpkin spice lattes. Ça m’a pris du temps avant de mettre le doigt sur le bobo: comment se fait-il que je sois autant dérangée par le fait que les gens (surtout les gars) rient du fait que les filles aiment les pumpkin spice lattes, même si c’est bon en tabarouette? 

C’est lors du dernier festival Osheaga que ça m’a frappé. Alors que les femmes de mon entourage s’y préparaient avec beaucoup de plaisir en élaborant des tenues stylées, des maquillages à paillettes, des couronnes de fleurs et des coiffures originales, les commentaires désagréables sur le sujet pleuvaient dans mon fil d’actualité : «Wow, on voit beaucoup trop de brassières cette année à Osheaga!», «Eille les filles, revenez-en des couronnes de fleurs!», «Les paillettes partout, c’est non!», «Ce groupe-là est tellement mainstream, j’peux pas croire que des gens aiment ça.»…

Et c’est là que j’ai eu envie de crier : «HEY! Est-ce qu’on peut avoir du fun?!»

Quand un truc étiqueté «typiquement féminin» devient populaire, la société a tôt fait de le tourner en ridicule.  Les couronnes de fleurs? Les cafés sucrés? Les crop top? Les boys band? Les Kardashian? Le vin rosé? Le maquillage? Les choker? Les bottes Uggs? Les ongles pailletés? Les films ou les livres à l’eau de rose? Tout ça est vain, risible. Et si on aime ça, on l’est tout autant?

Parce que, clairement, on est une bien meilleure personne si on boit notre café noir, qu’on abhorre la téléréalité, que Proust est notre lecture de chevet et qu’on écoute juste des bands tellement indie qu’ils n’existent pas encore, non?

Non.

En s’y attardant un peu, on se rend vite compte que les exemples de ce phénomène sont flagrants et récurrents. Pensez-y : les films de filles, les drinks de filles, les sports de filles, les livres de filles. Tout ça est constamment dénigré, niché dans la catégorie des trucs un peu niaiseux, à ne pas prendre au sérieux. Genrer des activités, des intérêts ou des objets, premièrement, est complètement ridicule. Deuxièmement, juger les gens qui apprécient ces différentes choses est absolument condescendant et, surtout, très sexiste. À preuve? Lorsqu’une femme dit aimer les choses «typiquement masculines» - le whisky, le sport, les jeux vidéos, etc. – on la glorifie: « she’s one of the boys»! Mais quand un homme admet aimer les Cosmopolitains, le maquillage ou les romans Harlequin, on le dénigre. Ça en dit long…

Le fait d’être girly est perçu de façon tellement péjorative dans notre société que bien des femmes décident même de se dissocier au possible de tout ce qui est «typiquement féminin» en avouant haut et fort «ne pas être comme les autres». Cette expression est tellement violente, quand on y pense. Comme si « les autres », les femmes, étaient une catégorie d’humains à laquelle il fallait avoir honte d’appartenir.

C’est terriblement triste.

Il faut déconstruire l’idée que ce qui est dit «féminin» est vide de sens. Réclamer le droit d’aimer ce qu’on veut, sans gêne, qu’on soit un homme ou une femme. Et je commence maintenant, en faisant un aveu: j’aime ça, moi, les Pumppkin Spice Lattes. Et le rose pastel. Et les vernis à ongles colorés. Et les cocktails sucrés. Et les films romantiques. Et les livres légers. Et la pop bonbon. Et les rouges à lèvres pailletés. Et les crop top. Et les couronnes de fleurs.

Si tout ça fait de moi une femme basic aux yeux de notre société patriarcale pleine de jugements, je porterai l’étiquette avec fierté – avec, à la main, un café très, très sucré.

 

 

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