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Faut-il avoir honte d'être ambitieuse?

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Faut-il avoir honte d'être ambitieuse?

Avoir de l'ambition, ce n'est pas forcément se montrer prête à toutes les bassesses pour parvenir à ses fins. Si on en croit le philosophe Vincent Cespedes, ça pourrait même être tout le contraire!

Pour plusieurs d'entre nous, se faire taxer d'ambitieuse équivaut à une insulte. On va nier la chose en affirmant que notre but est avant tout d'être heureuse et de nous épanouir dans notre carrière. Briller au boulot? Oui, mais pas à tout prix. Pourquoi l'ambition est-elle à ce point dépréciée?

Pour le savoir, le philosophe et essayiste français Vincent Cespedes a mené une vaste enquête sur le sujet, écumant quelque 800 biographies d'hommes et de femmes animés par l'envie de se dépasser. Son livre L'ambition ou l'épopée de soi (Flammarion) révèle que ce trait de caractère peut aussi s'avérer une force expressive et créatrice, qui mène à la réalisation de soi tout en faisant du bien aux autres. Il milite aujourd'hui pour une valorisation de l'ambition féminine qui, encore de nos jours, est moins bien perçue que le désir de réussite des hommes. Un projet ambitieux.

Est-ce qu'une ambitieuse sommeille en chacune de nous? Non. En fait, le terme «ambitieux» est galvaudé, car les personnes qui ont vraiment de l'ambition sont plutôt rares. Je les définis comme étant celles qui ne sont jamais découragées par les échecs et qui ne se demandent pas ce qu'elles doivent faire pour être heureuses. Les ambitieux consacrent leur vie entière à leur passion. La chose qui leur importe le plus, c'est d'atteindre le but qu'ils se sont fixé. Dès qu'ils y parviennent, ils se donnent un autre objectif et repoussent encore plus loin les limites. Ils sont des fabriques de rêves qui fonctionnent à plein régime.

Pourquoi l'ambition a-t-elle si mauvaise presse, surtout lorsque ce sont des femmes qui en font preuve? Parce qu'on ne supporte toujours pas qu'elles puissent vouloir laisser leur empreinte dans le monde. C'est pourquoi on les dissuade de grimper les échelons. On leur propose de changer de voie, d'oublier la politique et les affaires. On leur parle de développement personnel, de quête du bonheur. On leur dit que, pour se sentir bien, elles doivent boire du thé vert et faire du yoga. Finalement, on leur vend de la psychologie à la place du politique. En fait, l'ambition est mal vue pour les femmes, mais aussi pour les hommes de la classe moyenne. Dans notre société, il n'y a que les fils de bonne famille qui ne se font pas reprocher d'être ambitieux, car le pouvoir doit rester l'apanage des riches.

Les préjugés que nous entretenons contre l 'ambition expliquent-ils pourquoi il y a encore si peu de femmes dans les postes de pouvoir? En partie, oui. Mais j'ai aussi l'impression qu'on a intégré l'idée qu'il y a un quota à respecter. Par exemple, s'il y a déjà trois femmes dans une équipe de gestion, il n'y a pas de place pour une quatrième. Dans ces conditions, il est inutile pour une employée d'essayer d'y obtenir un poste. Et puis, les choses ne s'arrangent pas du tout pour celles qui ont des enfants. On s'attend à ce qu'elles consacrent leur vie à leur famille. Des études démontrent que les femmes sont plus éduquées et souvent un peu plus performantes que les hommes dans leur milieu professionnel. Pourtant, après la naissance de leur premier enfant, leur carrière stagne ou régresse.

Vous estimez donc que, même si nous évoluons dans une société plutôt égalitaire, on considère encore qu'une femme ne peut pas réussir à la fois dans sa vie de famille et sa vie professionnelle? Ce que je dis c'est que, partout, on nous vend l'idée du compromis. On nous dit que c'est possible de concilier travail et famille sauf que, dans la réalité, ça ne l'est pas. C'est une arnaque qui force les femmes à performer au bureau comme à la maison, ce qui mène au burnout quasi assuré.

Qu'est-ce qui pourrait changer la donne? Une véritable mobilisation féministe contre ce principe de faux compromis. On doit enseigner aux petits garçons et aux petites filles, dès leur plus jeune âge, une véritable répartition des responsabilités.

Nos grands-parents disaient qu'ils étaient «nés pour un petit pain». Encore aujourd'hui, les Québécois snobent souvent ceux qui réussissent à l'échelle internationale. Qu'est-ce qui explique que certains peuples boudent l'ambition? Ce que j'ai compris, au fil de mes recherches, c'est que toutes les sociétés qui n'ont pas été pionnières et conquérantes au cours de leur histoire ont un problème avec l'ambition. Souvent, ces cultures ont dû se battre pour conserver leurs acquis, garder leurs frontières intactes ou encore leur langue vivante. Elles sont donc, par nature, plutôt conservatrices.

Selon vous, est-ce qu'on naît ambitieux? Sinon, comment le devient-on? En épluchant des biographies de personnes ambitieuses, j'ai réalisé qu'on ne le devient pas en essayant de combler ses propres failles, mais plutôt en étant exposé aux faiblesses et aux échecs de ceux qui nous ont aimés ou qui ont été nos modèles. Les ambitieux ont le désir de réussir là où leurs parents ont échoué. Ou encore, ils mobilisent des forces extraordinaires pour se sortir de la misère qui a fait souffrir leurs proches. C'est de la résilience par procuration.

Êtes-vous ambitieux? Oui, je le suis. Il n'y a rien qui m'empêche d'atteindre mes rêves. Dès que j'y arrive, il y a autre chose devant. Mon but, c'est que mes idées circulent et qu'elles créent un mouvement dans la société.

Les trois visages de l'ambition

Selon l'essayiste Vincent Cespedes, trois types d'ambitieux mènent le monde.

1. L'ambitieux démonstratif

C'est l'arriviste, l'égoïste, celui qui est prêt à tout pour réussir, même au détriment des autres. Il cherche les médailles et collectionne les trophées.

Exemples célèbres: Kanye West, Steve Jobs, Paris Hilton

2. L'ambitieux autocensuré

Presque rendu au fil d'arrivée, après avoir investi tous les efforts pour grimper au sommet, il met en oeuvre un programme d'autosabotage méthodique et conscient. Il se coupe lui-même l'herbe sous le pied par peur de réussir, parce que le fait de briller lui fait ressentir une culpabilité extrême.

Exemples célèbres: Amy Winehouse, Charlie Sheen, Nelly Arcan

3. L'ambitieux expressif

C'est le généreux qui grandit en faisant grandir les autres. Le visionnaire, qui consacre son énergie et ses ressources au service des nobles causes.

Exemples célèbres: Aung San Suu Kyi, Nelson Mandela, Malala Yousafzai  

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