Psycho
20 juil. 2015

Crises d'angoisse: quand la panique attaque

Par Catherine Girard

Getty Images Auteur : Elle Québec Crédits : Getty Images

Psycho
20 juil. 2015

Crises d'angoisse: quand la panique attaque

Par Catherine Girard

Ça s'est produit un soir, alors que j'étais seule dans mon lit. Je venais tout juste de tomber dans les bras de morphée, lorsque j'ai subitement ouvert les yeux, assaillie par une peur intense. Je sentais mon coeur battre la chamade, j'avais de la difficulté à respirer, puis j'ai commencé à trembler comme une feuille. Ne trouvant pas d'explication logique à mes étranges symptômes, j'ai cru que je perdais la tête ou, pire, que ma dernière heure était venue!

Ce que j'ignorais, c'est que j'étais en train de vivre une crise de panique. «Une attaque de panique désigne l'apparition d'une peur intense de perdre le contrôle ou de mourir, accompagnée d'au moins quatre symptômes, tels que des palpitations, des difficultés respiratoires, des nausées, une sudation abondante, des douleurs dans la poitrine ou encore des tremblements», énumère Andrée Letarte, psychologue et chef clinicoadministratif du programme des troubles anxieux et de l'humeur à l'institut universitaire en santé mentale de Montréal. On estime que de 15 % à 20 % de la population en subiront au moins une au cours de leur vie.

De fausses alertes...

Comme je l'ai réalisé ce soir-là, les attaques de panique peuvent surgir sans raison, quand on s'y attend le moins. «Devant un danger réel, la peur est une émotion normale, et même essentielle à notre survie. Mais dans le cas d'une crise de panique, notre système d'alarme se déclenche alors qu'il n'y a rien à craindre», explique Andrée Letarte, qui a coécrit La peur d'avoir peur, un livre qui s'adresse aux personnes qui font l'expérience de ce phénomène.

Mais si les crises ne sont pas provoquées par un véritable danger, qu'est-ce qui peut bien les déclencher? Selon la psychologue, elles découlent parfois d'une phobie spécifique, comme la claustrophobie, c'est-à-dire la peur non fondée des espaces clos. Elles peuvent aussi être une réaction d'épuisement de l'organisme.

C'est ce qu'a vécu Josée, il y a une dizaine d'années. «À cette époque, mon bureau était situé dans le sous-sol de ma maison, et le manque de lumière minait mon moral. Puis, un printemps, j'ai engagé des peintres pour rafraîchir toutes les pièces de la maison. Mon mari étant à l'extérieur pour des raisons professionnelles, j'ai dû me charger toute seule de déplacer les meubles et de gérer les travaux. J'ai ainsi épuisé mes dernières réserves d'énergie», raconte-t-elle.

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Peu de temps après, alors qu'elle se trouvait dans son lit, elle s'est mise à trembler si fort que ses dents claquaient. «Mon coeur me débattait, j'avais l'impression d'étouffer et je me sentais étourdie, comme si j'étais sur le point de perdre connaissance. Ces symptômes se sont manifestés à plusieurs reprises, et je me suis finalement retrouvée à l'hôpital, persuadée que j'avais le cancer ou un problème cardiaque. C'est là que j'ai su que mes malaises étaient causés par des attaques de panique.»

Josée n'est pas la seule de sa famille à être atteinte de troubles anxieux: son frère aîné a lui aussi vécu des crises de panique et sa soeur a déjà été sujette à l'agoraphobie. «Environ 5 % de la population générale sont affectés par un trouble panique, lequel se caractérise par des crises répétées. Cependant, dans les familles dont un des membres souffre de cette maladie, la prévalence augmente à 25 %. Même si l'environnement familial et l'éducation peuvent jouer un rôle dans le développement de ce trouble, nous croyons que ce sont surtout les gènes qui sont en cause», révèle le Dr Jacques Bradwejn, doyen de la faculté de médecine de l'université d'Ottawa et psychiatre spécialisé dans les troubles anxieux.

L'hypersensibilité est un autre facteur de risque pouvant mener à des crises de panique. Fabien Pelletier, un artiste multidisciplinaire, a vécu des crises récurrentes pendant plus de six ans. «Je donne régulièrement des conférences à propos de l'anxiété, dit-il, et je remarque que la plupart des gens qui me confient avoir été victimes d'attaques de panique sont des hypersensibles. Moi-même, j'appartiens à cette catégorie.» selon lui, ces personnes ont une plus grande sensibilité aux stimuli extérieurs et sont davantage conscientes des effets de ceux-ci sur leur corps. «Lorsqu'on se met à focaliser sur ses sensations désagréables, on nourrit la bête qu'est l'anxiété», affirme M. Pelletier, qui a réalisé Crisse d'anxiété, un film inspiré de son histoire.

Il est également probable que les attaques de panique aient un lien avec les hormones. «Nous ne disposons pas encore d'études approfondies sur le sujet, mais nous constatons qu'un plus grand nombre de femmes que d'hommes en est touché. Il semble par ailleurs que les crises soient plus fréquentes en période prémenstruelle», note le Dr Bradwejn.

... Mais de vraies conséquences

Les crises de panique nuisent grandement à la qualité de vie de ceux qui en souffrent, parfois même au point de les plonger dans une profonde dépression. «Je vivais toujours dans la peur: peur de faire une nouvelle crise, peur d'être jugé, peur de mourir, confie Fabien Pelletier. Pour calmer mon anxiété, je consommais régulièrement de l'alcool. Sur le coup, ça m'aidait un peu mais, à la longue, ça ne faisait qu'empirer mon état. À un certain moment, j'ai même eu des pensées suicidaires.»

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Par crainte d'une récidive, les personnes atteintes tentent souvent d'éviter les situations ou les lieux dans lesquels elles ont déjà vécu une crise, ce qui devient très handicapant et peut même mener à l'agoraphobie. Par exemple, Isabelle, une trentenaire qui fait des attaques de panique depuis l'enfance, était autrefois incapable de conduire seule sur certaines artères. «J'étais prête à m'imposer des détours de plusieurs dizaines de kilomètres pour ne pas rouler sur ces routes», dit-elle.

Les gens qui n'ont pas été traités pour leur trouble anxieux risquent également plus que la moyenne de développer des désordres métaboliques et immunitaires, ou encore d'avoir des problèmes de santé cardiovasculaire. «Cela dit, tout aussi désagréable et intense que cela puisse être, on ne peut pas mourir d'une crise de panique, à moins d'avoir déjà un problème de santé que l'incident risquerait d'aggraver, précise Andrée Letarte. Plusieurs patients craignent que leurs palpitations annoncent une attaque cardiaque, mais il n'en est rien. Le système qui est sollicité au cours d'une crise de panique est le même que celui qui s'active lorsqu'on fait du sport. En principe, la personne qui n'a pas de contre-indication à la pratique d'une activité physique ne court aucun risque.»

Pas de panique

Il existe heureusement des traitements efficaces, comme la thérapie cognitivo-comportementale, pour les personnes qui subissent des attaques de panique à répétition. Cette forme de psychothérapie vise à modifier les schémas de pensée du patient en l'aidant d'abord à comprendre ce qui se passe dans son corps lors de ces crises. «Cela a pour effet de le rassurer. On lui apprend aussi à distinguer les pensées réalistes des idées catastrophiques, qui sont souvent irréalistes. Grâce à des exercices de désensibilisation, on amène ensuite le patient à apprivoiser les sensations qui accompagnent l'état de panique et, s'il y a lieu, les situations qu'il évite de peur de déclencher une crise», explique Andrée Letarte.

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La thérapie peut être couplée à la prise de médicaments, comme des antidépresseurs ou des anxiolytiques. «Ce traitement combiné fonctionne dans 80 % des cas. Bien sûr, les gens sont souvent réfractaires à la médication, car ils ont beaucoup d'idées préconçues à ce sujet. Certains craignent, par exemple, de devenir dépendants. Or, une fois que les crises ont disparu, 50 % des patients peuvent abandonner leur médication sans redouter une rechute», observe le Dr Bradwejn.

Josée et Isabelle ont elles-mêmes longtemps hésité avant de se tourner vers la pharmacothérapie. Lorsqu'elles ont fini par l'accepter, toutes deux ont vu leur état s'améliorer. «Les crises sont devenues moins violentes et beaucoup moins fréquentes», explique Isabelle.

Fabien a lui aussi eu brièvement recours à la médication. «Cependant, je me suis vite rendu compte que, même si les médicaments soulageaient mes symptômes, ils ne pouvaient pas guérir mes peurs. J'ai donc préféré me tourner vers d'autres solutions. J'ai lu plusieurs bouquins sur l'anxiété, j'ai fait des exercices de désensibilisation, j'ai délaissé l'alcool et le café, puis je me suis initié au qi gong et à différentes techniques de méditation. Ma "réadaptation", comme je l'appelle, a été ardue mais, aujourd'hui, je vais très bien», assure-t-il.

Quant à moi, je n'ai pas connu d'autres crises depuis cette fameuse nuit. N'empêche que, même si je n'ai jamais eu peur du noir, je dors désormais avec une veilleuse les soirs où je suis seule...


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