Psycho

Arrêtons de haïr notre corps!

Istock.com Auteur : Elle Québec Crédits : Istock.com

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Arrêtons de haïr notre corps!

Il y a 30 ans, Susie Orbach faisait la une des journaux en révélant que le fait d’avoir des kilos en trop permettait aux femmes de se mettre à l’abri de leur féminité. Dans son livre Fat is a Feminist Issue, elle soutenait alors que pour certaines femmes, l’obésité créait une distance sécurisante entre elles et le monde extérieur.

Aujourd’hui, la psychothérapeute publie un nouveau brûlot: Bodies, dans lequel elle dénonce la haine généralisée que nous entretenons tous – femmes, hommes, enfants, ados, personnes âgées – à l’égard de notre corps. Une haine continuellement attisée par les multiples entreprises rattachées à l’apparence, qui se nourrissent de nos incertitudes et de nos peurs.

«Dans la société de consommation actuelle, nos corps sont devenus des objets à exploiter et à transformer, et ils représentent une source de grande souffrance», explique au téléphone la spécialiste des troubles alimentaires.

La preuve? De plus en plus de gens la consultent pour des troubles liés au corps, qu’ils soient d’ordre alimentaire (anorexie, boulimie) ou esthétique (interventions chirurgicales douloureuses). Ils vivent mal cette quête effrénée de la perfection esthétique que la société leur impose et qui leur dicte de faire un travail incessant sur leur corps.

 

 

UN MODÈLE DE BEAUTÉ UNIQUE

«Quand on marche dans la rue, on voit énormément de gens magnifiques, pleins de vie, qui semblent avoir tout pour eux. Pourtant, ils se sentent souvent malheureux car ils sont bombardés d’images leur rappelant qu’ils passent toujours à côté du bonheur et qu’ils devraient faire quelque chose pour corriger leur corps, alors que rien ne le justifie», explique celle qui a soigné Lady Di pour ses troubles alimentaires.

Ce modèle unique, après lequel tout le monde court, c’est celui de l’archétype hollywoodien: un corps mince, musclé – avec des seins plantureux pour les femmes et des pectoraux béton pour les hommes –, et éternellement jeune et en forme. C’est surtout l’image d’une perfection impossible à atteindre, car elle est irréelle. En effet, seules 5 % des femmes ont la morphologie naturelle des mannequins, et les photos publicitaires sont pour la plupart retouchées par ordinateur. Ce sont cependant ces images irréelles que véhiculent sans cesse toutes les tribunes – publicitaires, télévisuelles, virtuelles, etc.

«Ce qui est triste, c’est que l’Occident exporte de façon éhontée ce modèle unique de beauté et que des millions de femmes de différents pays veulent aujourd’hui s’y conformer», constate Susie Orbach. Résultat: on assiste à une épidémie foudroyante de chirurgies plastiques partout sur la planète. Ainsi, les Chinoises font allonger leurs jambes de 10 cm, les Coréennes du Nord font débrider leurs paupières et des milliers d’Iraniennes font refaire leur nez pour ressembler à leurs idoles américaines. La généralisation d’un inconfort, voire d’une haine du corps, s’étend maintenant à la planète entière.À QUI PROFITE CETTE HAINE?

Aujourd’hui, nous luttons en permanence pour nous conformer aux diktats de la beauté. Sans même en avoir conscience, nous nous préoccupons sans arrêt des conséquences de nos gestes (ou de notre absence de gestes) sur nos courbes, notre forme physique, nos muscles, notre poids, nos rides, etc. En effet, il est difficile d’échapper aux pressions sociales ainsi qu’au matraquage des industries de la beauté et de la minceur, qui nous offrent constamment de nouveaux produits miracles. Les possibilités de façonnage de notre corps sont d’ailleurs tellement nombreuses que nous avons l’illusion de pouvoir le maîtriser. Ainsi, maigrir correspond à se ressaisir, à reprendre le contrôle, à se dominer, alors que faire de l’embonpoint est perçu comme un aveu de perte de contrôle, une faiblesse.

Preuve s’il en est du culte de la minceur: une femme sur deux est une adepte des régimes. Des régimes qui, généralement, ne fonctionnent pas et se succèdent, car  95 % des gens reprennent leur poids initial (et encore plus, la plupart du temps) une fois leur diète terminée, puis se mettent à nouveau au régime. Mais ce qui fait le malheur des uns fait le bonheur des autres... notamment celui de l’industrie de la minceur, qui représente 100 milliards de dollars aux États-Unis seulement.

Un autre secteur marchand qui fait ses choux gras de notre insatisfaction constante: celui de la chirurgie esthétique. En 1994, quelque 500 000 interventions ont été pratiquées aux États-Unis. En 2004, on en répertoriait 12 millions! L’engouement pour les retouches et les autres types de restauration corporelle est si grand que, en Amérique du Nord, ces opérations touchent toutes les classes sociales, rapporte l’auteure de Bodies. Ainsi, le tiers des gens qui envisagent le recours à la chirurgie plastique font partie d’un ménage dont le revenu annuel familial est inférieur à 30 000 $. Leur motivation? L’espoir d’une certaine ascension sociale lorsqu’ils répondront aux critères esthétiques actuels.

STOP À LA SOUFFRANCE!

Susie Orbach reconnaît que nous sommes tous affectés par cette tyrannie de la beauté. «Il n’y a rien de mal à vouloir correspondre aux canons esthétiques en vogue. Toutefois, nous devons tenter de ralentir cette quête effrénée, explique-t-elle. La crise économique actuelle sera peut-être l’occasion de revoir certaines habitudes.»

La psychothérapeute anglaise espère que son livre Bodies aidera les gens à prendre conscience que plusieurs de leurs comportements de consommation sont dictés par des pressions sociales et mercantiles. «Je souhaite que les gens commencent à rejeter un mode de vie qui génère autant de souffrance et qu’ils se réapproprient leur corps.»

Mode de rue : Rayures, cravate et Wayfarers

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