Fabuleux destin du cirque québécois

Le cirque est en pleine effervescence au Québec. Petit tour de piste de cet univers aussi étonnant que fascinant, mais encore trop méconnu.

23 février 2007
Par
Chantal Tellier
Fabuleux destin du cirque québécois

Le cirque est perçu d'une drôle de façon au Québec. D'un côté, tout le monde connaît évidemment le Cirque du Soleil. De l'autre côté, nombreux sont ceux qui, de toute leur vie, n'ont vu du cirque que des spectacles traditionnels, avec dompteurs de tigres, éléphants en tutu exécutant quelques pas de danse, facéties de clowns et maître de piste à la voix tonitruante assurant le lien entre les différents numéros.

Or, le cirque ne se résume pas à ça, loin s'en faut. Et le Québec, en dépit de son absence de tradition circassienne, tire magnifiquement son épingle du jeu. Saviez-vous par exemple que l'École nationale de cirque (ENC) de Montréal – qui célébrera son 25e anniversaire en 2007 –, est une des plus réputées dans le monde? Que des dizaines de compagnies de cirque à travers la planète comptent au moins un membre natif d'ici?

Que le Québec possède la première salle circulaire du pays conçue spécifiquement pour les arts du cirque? Que la ville de Shawinigan séduit les touristes chaque été depuis cinq ans à La Cité de l'énergie avec Kosmogonia, un show multimédia faisant la part belle aux acrobaties de toutes sortes? Que Brad Denys, Montréalais d'adoption, a promené son spectacle Monsieur Pi dans les petits villages de France et qu'il a réussi à illuminer le visage des enfants avec, pour tout bagage, un grand cerceau, quelques livres et un globe terrestre?

Une évolution rapide
On est bien loin des costumes à paillettes et du rugissement des fauves! Pourtant, au début des années 80, les arts de la piste étaient à peu près inexistants au Québec. Ni écoles ni compagnies ne s'y vouaient, et les artistes s'adonnant à cette «étrange» discipline étaient perçus comme des excentriques.

Il aura fallu attendre qu'une petite troupe d'amuseurs publics de la région de Charlevoix, dont faisait partie Guy Laliberté, organise la Fête foraine de Baie-Saint-Paul et se lance à l'assaut des rues de la petite localité. Puis, en 1984, pour le 450e anniversaire de la découverte du Canada, Guy Laliberté présente un spectacle intitulé Cirque du Soleil. Le reste appartient à l'histoire et aujourd'hui, l'entreprise – avec ses 3000 employés (dont 900 artistes), ses 50 millions de spectateurs et la création d'une quinzaine de spectacles – fait figure de précurseure et de leader dans ce renouveau circassien.

Parallèlement, en 1981, naissait à Montréal l'École nationale de cirque... dans les locaux du Centre Immaculée-Conception! Là encore, il est facile de mesurer le chemin parcouru quand on regarde le splendide édifice où elle loge depuis 2003, tout à côté du siège social du Cirque du Soleil et de la Tohu, la Cité des arts du cirque, dont l'ouverture officielle en 2004 a été un point culminant dans l'évolution du cirque québécois (voir la Tohu). «On s'est donné une chance, au Québec, de se distinguer par un projet audacieux, qui permet à Montréal de s'afficher comme métropole culturelle et de devenir une des capitales mondiales des arts du cirque», explique avec enthousiasme Charles-Mathieu Brunelle, vice-président exécutif et directeur général de la Tohu.

Bref, ça bouge dans la Belle Province, où se trouve la plus importante communauté circassienne au Canada. D'ailleurs, depuis 2001, le Conseil des arts et des lettres du Québec reconnaît les arts du cirque comme une discipline artistique à part entière et, de ce fait, accorde des subventions spécifiquement liées à leurs besoins. «Même s'il reste beaucoup à faire, cette reconnaissance est une excellente chose, dit Julie Hamelin, cofondatrice et codirectrice du Cirque Éloize, qui rit en se souvenant que la troupe, pour son premier spectacle, avait acheté ses costumes au Village des Valeurs, faute de sou- tien financier. Depuis, le Cirque Éloize a conquis près de trois millions de spectateurs, et sa plus récente création, Rain – Comme une pluie dans tes yeux, a reçu des critiques élogieuses jusqu'en Corée. La troupe a même été invitée, avec le surdoué collectif québécois Les 7 doigts de la main, à participer à la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d'hiver de 2006 à Turin.

«On a une des meilleures écoles de cirque du monde, et ça joue beaucoup dans cette effervescence qui caractérise le cirque au Québec», croit Samuel Tétreault, un des membres fondateurs des 7 doigts de la main et lui-même diplômé de l'ENC. Et si, à Montréal, l'École nationale de cirque se destine à former l'élite, l'École de cirque de Québec et l'École de cirque de Verdun ne sont pas en reste, puisqu'elles offrent toutes les deux des cours préparatoires pour les futurs artistes de cirque.

Même monsieur et madame Tout-le-monde se laissent tenter: les cours de cirque de loisirs affichent complet, et adultes comme enfants viennent s'initier à la jonglerie, au trapèze ou au trampoline. «Certains en font même une activité familiale, et il n'est pas rare de voir des enfants de deux ans et demi “commencer leur carrière” en apprenant à... grimper sur leurs parents», dit en souriant Yves Neveu, directeur général de l'École de cirque de Québec. «C'est un volet important pour moi parce qu'on développe ainsi un public. Les gens qui se familiarisent avec le monde du cirque contemporain seront plus enclins à aller voir des spectacles.»


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