Entretien avec Rachelle Lefevre, l'actrice qui incarne la rousse Victoria dans New Moon, la suite de Twilight.
Pagination
- 1
- 2
Cri du cœur d'un gars qui n'en peut plus des filles «à crocs» aux morts-vivants.
Ça fait un bon moment déjà que je dois partager les filles de ma vie avec les vampires. Ma blonde a lu tout Twilight, vu tout True Blood. Ma copine précédente avait transformé nos vacances au Mexique en «marathon Twilight»: elle avait dévoré les quatre tomes en une semaine! Et je pourrais remonter loin comme ça, de celle qui était fanatique de Buffy à ma copine du cégep qui m'avait traîné voir le Dracula de Coppola (avec son imparable combo vampire-Keanu Reeves), sans oublier celle qui se pâmait devant Tom Cruise dans Interview with the Vampire.
Longtemps, j'ai essayé de comprendre cet engouement. J'ai lu les essais le décryptant, j'ai posé des questions à mes amies. Je connais les explications relatives à l'attrait pour l'outsider, le désir féminin d'être subjuguée-dominée-pénétrée, le «besoin d'être aimée de façon inconditionnelle par quelqu'un prêt à se sacrifier pour nous» (dixit ma blonde, qui a sans doute fait un peu trop de sémiologie à l'université).
Whatever, comme on dit en roumain. Les explications ne m'intéressent pas plus que les suceurs de sang, finalement. Tout ce que j'ai envie de dire, à ce point-ci, c'est: «Assez, les filles!» Tout ça est allé trop loin. Il est temps d'abandonner ces histoires qui ne sont au fond que du Harlequin sanguinolent, une version transylvanienne de Candy, de la porno pour adolescentes. Cet engouement pour les vampires est une autre manifestation de notre tendance actuelle à prolonger l'adolescence indéfiniment, à éviter ce qui est profond, sincère et complexe, à refuser de devenir grands et sérieux.
Mais vous savez tout ça, bien sûr. C'est justement ce que vous aimez: le fait que le vampire soit le contraire - en mieux, bien sûr - de tout ce que nous pouvons être, nous, simples hommes mortels. Jamais un vampire ne s'impatienterait en vous écoutant ressasser un problème pour la centième fois, par exemple. Et le sexe, évidemment, on sait bien. Quelques siècles d'expérience, ça permet d'affiner les techniques de préliminaires...
Je ne dis pas qu'être fascinées par des histoires de vampires, c'est mal, ni que c'est le signe d'un manque d'envergure intellectuelle, d'une dégénérescence civilisationnelle. Je dis seulement qu'il est un peu dommage que, pendant que vous avalez la prose chambranlante de Stephenie Meyer, vous ne lisiez pas les œuvres de Catherine Mavrikakis ou de Nadine Bismuth, de Nicole Krauss ou de Zadie Smith, de Virginia Woolf ou de Marguerite Duras. Des femmes qui ont écrit des histoires où les hommes sont parfois bons, parfois méchants, souvent désemparés et torturés, mais toujours plus vrais que ces vampires que vous aimez tant.
NICOLAS LANGELIER
Mordue de Twilight? Cliquez pour connaître notre critique de la suite, New Moon.





