Notre journaliste Danielle Laurin et notre photographe Guillaume Simoneau ont rencontré Nelly Arcan quelques semaines avant sa mort. L’écrivaine semblait alors heureuse, sereine. C’est ainsi que nous avons convenu de vous la présenter.
C'était aux premiers jours de septembre. Nelly Arcan nous a ouvert la porte de son nouvel appartement. Elle était radieuse. La parution prochaine de son roman Paradis clef en main l'enchantait, elle avait déjà commencé l'écriture d'un autre livre, elle parlait avec passion du site Internet qu'elle était en train de construire pour illustrer ses écrits. Elle était amoureuse.
Nous voulions découvrir son lieu de travail, explorer avec elle son environnement quotidien. Elle virevoltait en tous sens, ouvrait des tiroirs, cherchait des documents, de vieux manuscrits, des livres, des objets, la moindre chose à laquelle elle tenait particulièrement, qui nous permettrait de mieux la connaître, mieux la comprendre, qui révèlerait un aspect inattendu d'elle-même, de son univers, de son lien avec la vie, avec l'écriture.

Photo : Nelly avait deux mâles siamois qu'elle adorait
Elle était disponible, soucieuse de bien faire, elle voulait nous faire plaisir. Et peut-être nous éblouir. Au bout d'un moment, à court d'idées, elle s'est assise sur le divan, s'est allumé une cigarette, a caressé ses chats venus se blottir contre sa cuisse, puis s'est tournée vers nous, un peu déçue: non, elle ne voyait rien de particulier, rien d'exceptionnel, d'extraordinaire, rien de fantastique à nous montrer. «Quelqu'un qui écrit n'a pas besoin de grand -chose, tout est intérieur», a-t-elle glissé comme pour s'excuser.
Nous avons passé deux heures avec elle, dans son salon baigné de lumière. Sereine, bien plus sereine qu'à l'époque de Folle ou même de Putain: c'est ainsi qu'elle nous est apparue la dernière fois que nous l'avons vue. Comme quoi... Elle demeurait énigmatique, bien sûr, mystérieuse. Elle avait cette aura de grande petite fille fragile, qui contrastait tant avec le caractère sulfureux de ses livres, avec l'image si plastique de son personnage médiatique. Elle était touchante. Elle était vivante.




