Jean-Pierre Jeunet a retrouvé son actrice fétiche, Audrey Tautou, pour tourner un petit film plein de sensualité sur le pouvoir d'un parfum. Entrevue olfactive.
À quelle famille de réalisateurs appartenez-vous?
J'espère appartenir à la famille de ceux qui aiment l'exigence et ceux qui revendiquent le travail bien fait, une valeur aujourd'hui parfois tombée en désuétude et qui pour moi est extrêmement importante et je n'y déroge pas. Je peaufine, je peaufine, je m'accomplis et je prends mon plaisir en allant jusqu'au bout. J'aime beaucoup revoir mes films, j'ai l'impression d'être le seul réalisateur à dire ça et j'ai un peu l'impression que lorsqu'un réalisateur dit qu'il n'aime pas revoir ses films c'est parce qu'il a peur d'avoir honte, il sait qu'il n'a pas été au bout. Quand je revois mes films, j'ai du recul et je me dis «ça ce n'est pas terrible, ça j'aurais pu faire mieux, je ne ferais plus comme ça aujourd'hui» mais je n'ai pas honte car je sais que je suis allé jusqu'au bout.
Et pour celui-ci ?
J'aime beaucoup les histoires de hasards, de destins et j'ai inclus dans cette histoire de train de nuit les rencontres ratées, les choses qui pourraient aboutir mais qu'on ne sait pas, une porte qui s'ouvre, une autre qui se ferme...
Peut-être encore plus car avoir le confort de tourner trois semaines pour deux minutes et demi de film, on ne peut qu'aller au fond des choses. Audrey me disait parfois, à Istanbul par exemple : «on a fait 25 prises, j'ai mal aux pieds, tu es sûr que tu n'as pas ce qu'il te faut ?». Bien sûr, j'avais ce qu'il fallait mais la lumière était en train de descendre et cela pouvait devenir encore plus beau. C'était aller au bout du bout du bout...
Filmer un parfum, écrire un film pour un parfum, cela semble assez contradictoire et en même temps extrêmement excitant.
Recréer par l'image les émotions olfactives est vraiment un challenge intéressant.
J'aime beaucoup les histoires de hasards, de destins et j'ai inclus dans cette histoire de train de nuit les rencontres ratées, les choses qui pourraient aboutir mais qu'on ne sait pas, une porte qui s'ouvre, une autre qui se ferme... Le tout dans un temps très court, c'était excitant.
Vous n'aviez jamais filmé de train de nuit dans un contexte comme celui-ci de rencontres sensuelles, amoureuses?
C'est l'idée que j'ai eue tout de suite car j'ai toujours eu envie de faire un long métrage qui se passe dans un train de nuit et je cherchais une idée. Et quand s'est présentée cette opportunité avec CHANEL j'ai vu que ça pouvait marcher et bizarrement cela concordait avec l'envie de CHANEL, ils avaient envie de mystère, d'effets de lumières, d'émotion. Tout concordait.
Aviez-vous dessiné un story-board du film ?
Oui. Je story-boarde toujours mes long-métrages donc là plus que jamais. Je ne le fais pas pour les scènes de comédies dans les long-métrages, là je laisse la place aux acteurs. Le story-board est un prétexte pour travailler en amont, pour préparer, réfléchir, je crois à la vertu du travail. Ce qui n'empêche pas de tout changer à la dernière minute si une nouvelle idée arrive, je change tout. Et puis il faut bien mettre les idées sur le papier pour s'en souvenir, je préfère les mettre en dessins plutôt qu'en mots, c'est plus visuel et tout le monde comprend mieux.
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