Jean-Pierre Jeunet a retrouvé son actrice fétiche, Audrey Tautou, pour tourner un petit film plein de sensualité sur le pouvoir d'un parfum. Entrevue olfactive.
Est-ce qu'il y avait des «figures imposées», malgré la liberté ?
Non. Bizarrement. C'est moi qui ai eu l'idée d'inclure, je ne vais pas dire le mot «produit» parce que ça ne me plaît pas et justement ça fait «publicité», le flacon. J'ai eu cette idée, puisque c'était un train de nuit et qu'on jouait sur les effets de lumière à l'intérieur du compartiment, de faire en sorte que l'on voit la silhouette, les reflets du flacon. Chez moi, dans ma chambre, mon épouse range ses flacons de parfum sur un petit meuble et parfois les effets de lumière provoquent ce genre de diffractions, c'est assez joli, je l'avais remarqué. J'ai eu l'idée d'intégrer le flacon de cette manière. A la fin, j'ai eu également l'idée de finir sur une mosaïque qui se transforme en logo CHANEL, le double C entrelacé. Ce genre d'idée a séduit.
Genèse de la participation d'Audrey Tautou... Est-ce vous qui avez amené Audrey ?
Pour moi, l'idée d'Audrey est venue tout de suite... C'était ma première idée, bien sûr... Il me paraissait tellement évident qu'il fallait une actrice extrêmement expressive, dans des plans très courts, rien qu'avec le regard et Dieu sait que je connais son regard. Je savais qu'elle serait absolument parfaite pour ça et je l'ai proposée à la Maison CHANEL. Nous avons fait de longs essais, pas pour elle, mais pour les effets de lumière et qui ont fait que nous nous sommes retrouvés avec bonheur et j'ai vu tout de suite que ça allait fonctionner. C'était évident pour moi.
Avez-vous été surpris qu'elle se retrouve dans un film de long-métrage dans lequel elle incarne Coco Chanel ?
C'est une coïncidence amusante, évidemment. Pour moi, si quelqu'un devait jouer le rôle de Coco Chanel, c'était elle. Physiquement et aussi probablement dans la volonté. J'ai un peu tout lu sur «Mademoiselle», juste avant de faire le film et si j'avais dû faire l'histoire de Coco Chanel, j'aurais choisi Audrey, je le lui aurais demandé en tout cas.
Justement : «Mademoiselle», qui est tellement liée au N°5, un destin hors du commun et un parfum mythique, est-ce quelqu'un qui vous intéresse ?
Oui... J'ai ressenti une drôle de responsabilité. J'ai une petite anecdote, troublante. Je suis allé à Venise par le train de nuit pour étudier un peu les effets de lumière, pour étudier tout ça. Je suis revenu en avion, je lisais un livre sur elle et je ne dis pas que j'ai entendu une voix mais quand même une petite voix au-dessus de moi qui me disait : «toi mon coco, tu as intérêt à faire un bon boulot». Je me suis senti la responsabilité de prolonger, à travers son parfum, l'image de tout le travail de cette femme extraordinaire et je me suis dit effectivement, il faut que je fasse gaffe, que j'assure et que je donne le maximum parce que ce n'est pas juste un court métrage, ce n'est pas juste une publicité pour CHANEL aujourd'hui, c'est aussi perpétuer une œuvre.
Avec l'idée qu'elle l'apprécierait ?
Oui, oui.
Et elle apprécierait, à votre avis ?
Je l'espère !
À lire: la version d'Audrey Tautou
À voir: l'entrevue vidéo avec la nouvelle égérie



