Aussi à l’aise en pleine nature que sur un plateau de tournage, Isabel Richer distille une force tranquille. Cet hiver, elle revient au petit écran par la grande porte en tenant un rôle à sa mesure dans la télésérie Trauma, de Fabienne Larouche.

Une battante
Renvoyée de l'option-théâtre du collège Lionel-Groulx à Sainte-Thérèse, elle part s'aérer l'esprit quelques mois en Europe. «J'ai grandi à Outremont dans un milieu privilégié, mais j'ai payé mon voyage en distribuant le journal», note-t-elle avec fierté. Elle revient à 22 ans avec une seule idée en tête: jouer, envers et contre tous. Elle sera acceptée à l'École nationale de théâtre en 1989. Plusieurs auraient laissé tomber après ce faux départ. Pas elle. «Il n'était pas question que quelqu'un d'autre décide de mon avenir à ma place. Je suis une battante. Comme papa.»
La maladie, la souffrance et la mort qu'elle côtoie dans Trauma, la comédienne les connaît bien. Son père, Gilles Richer, est mort en 1999, à 61 ans, au terme d'une bataille de 11 ans contre la maladie d'Alzheimer, laissant derrière lui Isabel et François, son frère aîné. Gilles Richer était l'auteur de Moi et l'autre, des Couche-tard, de nombreux Bye Bye et de certains spectacles de Jean Lapointe. Mais ce n'est pas tout: c'est aussi lui qui a signé Mommy, Daddy, une poignante et sublime chanson sur la mort lente du français en Amérique. Son départ prématuré reste marqué d'une pierre noire dans le parcours de vie de sa fille.
L'an dernier, elle acceptait d'en témoigner à l'émission On prend toujours un train. «Ouf! Je n'ai pas l'habitude de me livrer autant. Le lendemain, les gens venaient gentiment me confier que je les avais touchés. J'avais juste envie de leur dire: "OK, fouillez dans mes tiroirs mais, s'il vous plaît, ne me le dites pas"», se rappelle-t-elle en triturant nerveusement son écharpe.
Cela dit, elle n'est pas de ceux qui trouvent le tribut de la notoriété lourd à payer au Québec. Quand même: les remarques du style «vous êtes donc chanceuse d'être avec le beau Luc Picard» ne l'agacent-elles pas? «Bien non! Et puis... c'est vrai! D'ailleurs, même si les gens nous voient nous engueuler un soir au resto, peu m'importe. C'est la vie. C'est normal.» Elle trouve autrement plus éprouvant de se regarder vivre et vieillir à l'écran. «Au début, ça tenait de l'entreprise de démolition tellement je me critiquais. Je suis devenue plus clémente. Sauf que je visionne généralement mes émissions seule, après leur diffusion.»
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PHOTO: Alliance Vivafilm (Isabel Richer dans le rôle de La Sorcière dans Babine).




