C'est mon histoire

Cancer du sein: «J’ai fait comme Angelina Jolie!»

Agathe BB Auteur : Elle Québec Crédits : Agathe BB

C'est mon histoire

Cancer du sein: «J’ai fait comme Angelina Jolie!»

Il n'y a rien de pire que l'incertitude. J'en suis convaincue. Car une fois qu'on sait à quoi s'en tenir, on peut affronter ce qui nous arrive. Cette façon de voir la vie m'a été d'un grand secours quand, à 51 ans, on m'a annoncé que j'étais atteinte d'un cancer du sein.

Comme je passais régulièrement des mammographies, la tumeur a été détectée à un stade précoce. N'empêche, lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai eu un choc.

Je suis célibataire et je vis seule, mais heureusement, je suis bien entourée. Ma soeur, Sylvie, mon fils de 28 ans, son père et sa conjointe, de même que mes amis, m'ont soutenue au moment de mon intervention chirurgicale pour retirer la masse et pendant les 26 séances de radiothérapie que j'ai dû subir ensuite.

J'ai aussi eu la chance d'avoir un oncologue très humain qui, dès ma première consultation, m'a dit qu'il traitait «ses patientes comme si elles étaient sa propre femme». La chirurgie a réussi, si bien qu'après quelques mois j'ai retrouvé la forme et repris ma vie là où je l'avais laissée.

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Je pensais avoir mis ce douloureux épisode derrière moi jusqu'à ce que, deux ans plus tard, ma soeur m'annonce qu'elle avait senti une petite masse dans un sein. Quelques semaines d'attente, et nous recevions enfin son diagnostic. Il était implacable: tumeur maligne avec métastases dans les ganglions lymphatiques.

Sylvie a donc entrepris le parcours de la guerrière: ablation des deux seins et traitements de chimio, avec toutes les souffrances qui accompagnent cette sale maladie. Dieu merci, elle a gagné son combat.

Il va sans dire que nos cancers du sein respectifs nous ont alertées. Et si on était porteuses du gène BRCA1? Vous savez, le fameux gène défectueux dont Angelina Jolie a eu le courage de parler au printemps dernier et qui lui a valu de subir une double mastectomie préventive? Le hic, c'est qu'il était impossible d'interroger notre mère sur ses antécédents familiaux: elle avait été adoptée en bas âge. Comme elle s'était éteinte doucement, une nuit de Noël, elle nous avait quittées avec une pièce manquante de notre histoire...

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Pour en avoir le coeur net, Sylvie a donc passé le test génétique, qui lui a confirmé qu'elle était porteuse du gène défectueux. Résultat: à titre préventif, elle a décidé de se faire retirer en plus les ovaires et les trompes de Fallope. Inspirée par son courage inouï, j'ai décidé de passer le même test. Et j'ai découvert que j'étais porteuse du même gène, moi aussi.

Après mûre réflexion et quelques discussions avec mon fils, qui me soutenait entièrement, j'ai décidé de subir une double mastectomie avec reconstruction des seins, plus une ablation des ovaires et des trompes de Fallope.

Je ne voulais pas jouer à la roulette russe et m'angoisser perpétuellement à l'idée que mon cancer revienne, car, avec la présence du fichu gène, mes risque de récidives s'élevaient à 85 %! Plus qu'un acte de courage, l'opération était à ce moment-là un acte de survie.

Une semaine avant l'intervention, je me suis surprise à dire adieu à mes seins. Ce soir-là, j'étais seule, assise devant la télé, à regarder une comédienne au décolleté plongeant... J'ai éteint le téléviseur dans la seconde, tellement cette image de féminité débordante m'a perturbée. D'un seul coup, elle m'a fait réaliser que j'allais perdre ma poitrine. La mienne! Celle qui avait marqué les grandes étapes de ma vie de femme et de mère. Celle qui représentait aussi une grande partie de ma féminité, de mon image, de ma séduction.

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J'étais chavirée, angoissée. Comment, mais comment, allais-je vivre cette perte? Comment allais-je me sentir au réveil de l'intervention? Comment allais-je affronter le miroir avec ma poitrine charcutée? Et, puis, comment allais-je séduire et attirer un homme à nouveau... sans mes seins? 

J'ai pleuré longtemps en silence avant de leur chuchoter un dernier au revoir. Puis, une petite voix s'est fait entendre, consolante. C'était certes une partie de moi qui s'en irait; mais il y aurait encore tout le reste. Et à ce moment- là, c'était tout ce qui comptait.

 

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L'intervention chirurgicale pour l'ablation et la reconstruction des seins a duré six heures. Tout s'est bien déroulé. Bien entourée, confiante, j'ai entrepris ma convalescence avec ma nouvelle poitrine. Mais très vite, des complications postopératoires ont tout fait basculer: déchirure de l'épiderme, saignements, douleurs... Si bien qu'on m'a réopérée pour réparer les tissus.

À peine un mois plus tard, j'ai subi l'ablation d'une partie de mon système reproducteur. Une autre grande étape! Cette fois, la récupération a été plus difficile. J'étais souffrante, j'avais du mal à bouger... Au moment où j'ai enfin commencé à remonter la pente, nouveau coup du sort: à cause d'une autre déchirure de la peau autour de ma poitrine, il fallait me réopérer.

J'étais à bout de forces. Je n'en pouvais plus des chirurgies à répétition; j'avais besoin de répit! Je n'avais qu'une envie, me débarrasser de ces satanées prothèses au plus vite!

Comme ma chirurgienne me déconseillait de faire enlever mes prothèses, j'ai attendu. Au fil des semaines, j'ai recommencé à prendre du mieux. Mais l'accalmie a été de courte durée: deux mois plus tard, rien n'allait plus. Fièvre, malaise général, gonflement extrême des seins, douleurs intenses... Le verdict? Pas de temps à perdre, il fallait tout retirer, en raison d'une sérieuse infection logée sous ma prothèse, qu'aucun antibiotique ne pouvait éradiquer. J'étais certes épuisée, mais immensément soulagée. Inutile de dire que, après cette énième intervention, mon corps criait «halte!». Il réclamait une pause, loin du bistouri, de l'anesthésie et des antibiotiques.

Comment ai-je réagi en découvrant ma poitrine plate, libérée des prothèses mammaires? Honnêtement, mieux que je ne le pensais. Bien sûr, ma poitrine portait des cicatrices, mais ce n'était pas si mal. Et puis, j'avais vu mes seins dans un état si lamentable...

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Avec le temps, j'ai réussi à apprivoiser cette nouvelle partie de mon corps. Je ne dis pas que ç'a été facile tous les jours. Certains matins, m'habiller était pénible: il m'arrivait d'alterner entre la colère, un sentiment d'injustice, la tristesse... Mais la gratitude reprenait vite le dessus. J'étais en vie, après tout!

Je me suis donc offert de jolis soutiens-gorge rembourrés, d'une taille de bonnet... plus petite que celle que je portais avant l'ablation. Je trouvais qu'un B s'harmonisait mieux à ma silhouette. Et s'il m'arrivait d'omettre d'enfiler un soutien-gorge le weekend, je souriais... Parce que je me trouvais belle, forte et courageuse malgré tout.

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Aujourd'hui, à la veille de mes 60 ans, rien ne m'interdit de penser à une éventuelle reconstruction mammaire, mais ce n'est pas une priorité. Ce qui compte, c'est de préserver ma santé, de m'accomplir sur le plan professionnel et de passer de bons moments avec mes proches.

Avec le recul, j'estime que le cancer n'est pas une fatalité en soi. Tout dépend de la manière qu'on l'affronte. Il ne faut pas craindre de passer les tests qui s'imposent, car, je le répète, l'incertitude est pire que tout. Et puis, il ne faut pas avoir peur de s'exprimer. Si j'ai tenu à raconter mon histoire, c'est pour dire aux femmes qui sont atteintes d'un cancer de parler de ce qu'elles vivent, peu importe si, à certains moments, elles enquiquinent tout le monde!

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C'est vital de s'entourer de personnes aimantes, qui nous soutiennent sans nous juger. Si, comme moi, ces femmes vivent seules et sont habituées à être autonomes, elles doivent accepter que leurs proches fassent leurs courses pour elles, qu'ils leur préparent des petits plats, qu'ils les fassent rire aussi, pour les aider à surmonter une telle épreuve.

Sur une note plus joyeuse, je prévois faire un gros party pour mon 60e anniversaire. Pour ce qui est de l'amour avec un grand A, j'y crois encore. Pourquoi devrais-je m'exclure de la game parce que je n'ai plus de seins? Moi, si je rencontrais un homme qui me plaisait vraiment, je me ficherais bien qu'il soit sourd ou en fauteuil roulant!

Avec l'âge, je ne cherche plus quelqu'un qui me complète, mais un partenaire complice des petits comme des grands moments de l'existence. Et si jamais je ne le rencontre pas, je continuerai mon chemin en souriant. En me rappelant que je suis vivante. Et que, en dépit d'une partie manquante, je suis comblée par la vie.

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