C'est mon histoire

C'est mon histoire: «Je suis amoureuse du meilleur ami de mon père»

-- Auteur : ELLE Québec Crédits : Davor Nikolic

C'est mon histoire

C'est mon histoire: «Je suis amoureuse du meilleur ami de mon père»

À 15 ans, Amélie est tombée sous le charme de l'associé de son père. Un amour qui lui semblait impossible, jusqu'à ce que le destin change le cours de sa vie.

Cet été-là, j'ai envoyé un courriel à mes parents pour les prévenir: «J'ai rencontré quelqu'un. Je pars en vacances avec lui: c'est le grand test. Si tout se passe bien entre nous, à la rentrée, je vous dirai de qui il s'agit.»

J'avais 24 ans, Antonio en avait 44. L'été s'est merveilleusement bien déroulé. En rentrant, j'ai appelé mes parents: «Voilà, je suis amoureuse d'Antonio. Oui, oui, cet Antonio-là...» Ils voyaient très bien de qui il s'agissait. Pendant des années, Antonio avait été l'associé de mon père dans son cabinet d'avocats au centre-ville de Montréal. Du jour où il l'avait rencontré, mon père n'avait que d'éloges sur cet Italien, dont il admirait le sens de la repartie et la capacité à retourner les situations à son avantage au tribunal. Moi aussi, je suis immédiatement tombée sous son charme. J'avais 15 ans, les cheveux courts, des sneakers aux pieds et un appareil dentaire. Un soir, il est venu dîner à la maison, et j'ai été éblouie par ses faux airs d'Al Pacino. En discutant à table, j'ai tout de suite aimé son ton moqueur, son regard enveloppant, son humour élégant. En une fraction de seconde, il est devenu un mythe, un intouchable. Pensez: un ami de mon père!

"Moi, je prenais des photos de lui avec mon portable; le soir, je les regardais comme la jeune fille éprise que j'étais. " 

Quelques années plus tard, mes parents lui ont demandé de me trouver une famille où je pourrais perfectionner mon italien. Antonio m'a déniché des gens formidables, qui m'ont accueillie comme une reine dans leur fantastique maison. Cet été-là, comme il était aussi en vacances en Italie, il nous rendait souvent visite. Il nous emmenait faire du bateau à Capri, manger des pizzas à Naples, nager dans les eaux turquoise de la côte amalfitaine. Moi, je prenais des photos de lui avec mon portable; le soir, je les regardais comme la jeune fille éprise que j'étais. Avec lui, tout était simple. En rentrant au Québec, j'avais une certitude: je ne me marierais qu'avec un homme qui lui ressemblerait...

Nos liens se sont un peu distendus pendant les années qui ont suivi. Il s'est marié avec Laetitia, une Anglaise. Le couple est parti vivre à Londres. J'ai su que sa femme et lui avaient eu trois enfants, car mes parents recevaient les faire-part de naissance. De mon côté, j'ai eu plusieurs chums. Puis, il y a eu Andrew, un Anglais que j'ai suivi à Londres, où notre histoire s'est rapidement terminée. Seule et sans argent dans une ville où tout m'était étranger, j'ai pensé à Antonio. Lui saurait m'entourer de son regard protecteur, comme pendant ces vacances en Italie.

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On s'est donné rendez-vous un samedi pour le déjeuner. Le ciel était lourd, il pleuvait énormément et il faisait un froid terrible. Quand je l'ai aperçu à la sortie du métro South Kensington, j'ai compris que quelque chose n'allait pas. Son sourire avait disparu, il était pâle, complètement défait. «J'ai quelque chose à te dire, Amélie... Laetitia est décédée il y a six mois. Un cancer fulgurant l'a emportée après la naissance de Louis, notre troisième enfant.» Je n'avais jamais entendu quelque chose d'aussi
 triste. Je l'ai pris dans mes bras
 et je l'ai serré très, très fort. C'est 
le premier geste qui m'est venu.
 Ensuite, on a marché longuement 
dans les rues de Londres. Il m'a 
raconté sa tragédie en détail, le
 courage de Laetitia. Il m'a dit
 combien il était anxieux pour ses enfant
s, mais jamais il ne s'est plaint. Il s'est intéressé à moi, m'a posé plein de questions. Il restait, malgré tout, accroché à la vie, avec des désirs et des envies. À la fin de notre rencontre, il m'a dit: «Amélie, tu dégages le bonheur. Il faut qu'on se revoie.» Pourtant, les mois qui ont suivi, je n'ai pas eu de ses nouvelles. Je n'osais pas le déranger, il devait avoir tant de choses à gérer. Puis, un soir, il m'a invitée à souper chez lui. La table était mise, il avait allumé des bougies et la Tosca, de Puccini, jouait en trame de fond. Après avoir mangé, on s'est assis sur le canapé, une tisane à la main. Il allait certainement se passer quelque chose. En se rapprochant de moi, il m'a chuchoté: «Tu crois que tes parents nous en voudraient si je t'embrassais?» J'ai répondu: «Euh, je ne sais pas. Possible.» J'ai résisté moins de deux secondes avant de m'abandonner à ses délicieux baisers.

"J'avais 20 ans de moins que cet homme. C'était un ami de mon père. Il était veuf et papa de trois enfants." 

En me réveillant, le lendemain matin, dans son lit, j'étais affolée. J'avais 20 ans de moins que cet homme. C'était un ami de mon père. Il était veuf et papa de trois enfants. Cela faisait pas mal de raisons de prendre mes jambes à mon cou, mais j'étais complètement amoureuse de lui. Et depuis bientôt 10 ans! On a mis du temps à s'avouer qu'on voulait vraiment être ensemble. Chaque fois que je dormais chez lui, je me promettais que c'était la dernière. Lorsque ses enfants étaient chez leurs grands-parents, il dînait chez moi.

Il me disait qu'il allait rentrer chez lui... mais ratait systématiquement le dernier métro. Le dimanche matin, on partait se balader. Je l'emmenais loin du Londres chic qu'il fréquentait d'habitude. Il aimait bien venir à Brixton, où je vivais avec mes colocs aux crêtes colorées. Lui, l'avocat tiré à quatre épingles, détonnait dans le quartier, mais ça lui changeait les idées.

Un jour, je ne me suis pas levée à l'aube, ce que je faisais jusque-là pour ne pas croiser ses enfants. J'ai fait leur connaissance doucement, naturellement. Le matin, je faisais le biberon de Louis. J'aidais Clothilde à s'habiller. Quand Antonio était pressé, j'emmenais les enfants à l'école. L'été est arrivé; il a loué une maison en Grèce. On est partis trois semaines tous les cinq, pour la première fois. Dans la rue, les gens nous prenaient pour une vraie famille. À la fin des vacances, j'ai compris que ma vie était auprès d'eux. Quand j'en ai parlé à ma mère, j'ai bien vu qu'elle était préoccupée. Elle m'a juste dit: «Si tu décides vraiment de faire ta vie avec lui, tu vas avoir de grandes, d'immenses responsabilités.» Ça, oui, je l'avais bien compris. Se retrouver maman de trois enfants à 25 ans, ça n'est pas La mélodie du bonheur tous les jours. J'ai dû apprendre à faire le lavage et les courses pour cinq. C'est une vraie petite entreprise, une famille. On a emménagé dans un nouvel appartement. C'était indispensable, pour moi, de ne plus dormir dans la même chambre que Laetitia, de ne plus vivre avec son fantôme, de repartir de zéro.

Cela fait trois ans maintenant qu'on cohabite tous les cinq. Avec Antonio, on se réserve tant bien que mal quelques plages de temps rien que tous les deux. On part en week-end. De mon côté, je me construis aussi professionnellement: je travaille pour une radio, je m'occupe de la chronique cinéma. Parfois, je m'écroule, je me dis que je n'y arriverai jamais, que j'ai trop de choses à gérer, que ce n'est pas de mon âge. Alors, je pleure un bon coup et j'appelle mes meilleures amies. Puis, je repars, parce que, au fond, je suis sûre de mon choix: ma vie, je veux la faire avec lui. Lui, sa tragédie, ses enfants. Ses enfants, maintenant, ce sont aussi un peu les miens. D'ailleurs, Louis, le dernier que j'ai connu bébé, m'appelle maman. Avec Antonio, on en a par- lé: il est d'accord pour que je les adopte légalement, un jour. En attendant, je suis enceinte à mon tour. Avec ce quatrième enfant, notre famille sera vraiment complète.

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