C'est mon histoire

C'est mon histoire: «J'ai survécu à un accouchement traumatique»

C'est mon histoire: «J'ai survécu à un accouchement traumatique»


 
Photographe : Illustration: Tva Publications

C'est mon histoire

C'est mon histoire: «J'ai survécu à un accouchement traumatique»

Comme toutes les mamans, Sabine espérait un accouchement parfait. Naturel, facile, instinctif. On lui déposerait ensuite son poupon dans les bras, et elle en tomberait instantanément amoureuse. La réalité a été toute autre, mais la nouvelle mère lance tout de même un message d’espoir. Récit.

Entre mon chum et moi, ça a été un énorme coup de foudre. Trois mois après notre rencontre, fous l’un de l’autre, on a décidé de faire un enfant. Presque au même moment où je suis devenue enceinte, j’ai dénoncé mon patron pour agression sexuelle et on m’a renvoyée. Puis, j’ai dû passer mon premier trimestre au lit, aux prises avec d’intenses nausées. Je faisais face à beaucoup d’insécurité financière, à un intense sentiment d’isolement et à de difficiles fluctuations hormonales. Déprimée, mais amoureuse, j’avais très hâte d’accoucher. J’étais loin de me douter que les choses ne feraient qu’empirer.

Une nuit, je me suis réveillée dans des draps trempés. Mon chum et moi sommes partis en vitesse à l’hôpital, où mon fils naissait 24 heures et une césarienne d’urgence plus tard. Il était en position transverse. Mon accouchement, du début à la fin, a été très difficile. Je n’avais pas dormi ni mangé depuis plus de 24 heures et on m’avait, à trois reprises, enfoncé un bras dans le vagin pour tenter de retourner le bébé, avant de finalement m’opérer d’urgence. Une heure seulement après qu’on m’ait recousu le ventre, alors que j’étais toujours désorientée et sous l’effet du Fentanyl, deux infirmières sont entrées dans ma chambre et m’ont réveillée pour que j’allaite mon bébé. J’ai eu mal lorsqu’elles l’ont déposé sur moi, sur mon abdomen fraîchement refermé. Elles appuyaient fort sur mon sein, le petit tétait dans le vide et j’étais exténuée. Durant les jours qui ont suivi, même si je les suppliais de me laisser dormir un peu, elles revenaient régulièrement mettre le bébé sur mon ventre meurtri, presser mes seins et le laisser hurler près de moi. J’étais désemparée. Je me sentais très coupable de ne pas arriver à l’allaiter et elles refusaient de lui donner un biberon. Quatre jours après sa naissance, il avait perdu tant de poids qu’il a failli être hospitalisé. Finalement, une infirmière lui a donné de la préparation pour nourrissons et il a bu comme un affamé. Le lendemain, il avait repris assez de poids pour qu’on puisse rentrer à la maison.

De retour chez moi, j’étais comme dans un cauchemar. Je me sentais complètement déconnectée de la réalité, comme si le monde autour de moi bougeait au ralenti. Le traumatisme de l’accouchement, la douleur, la fatigue et la pression que j’avais subie avaient ruiné mon lien avec mon fils. Quand je posais mes yeux sur lui, je ne ressentais rien. Je me sentais à la fois vide et coupable de ne pas parvenir à l’aimer. Ma cicatrice de césarienne était toujours très douloureuse. J’ai dit à l’infirmière qui venait faire le suivi à la maison que j’avais l’impression qu’on me poignardait dans le ventre, mais elle me répétait que tout semblait normal: «C’est la plus belle cicatrice que j’ai jamais vue!» Une semaine plus tard, ma plaie s’est rouverte, et j’ai dû me rendre à l’urgence.

J’ai attendu 24 heures avant d’obtenir une consultation, et 30 heures avant d’être enfin vue par un gynécologue. Alors que j’étais dans la salle d’attente, le ventre ouvert, dégoulinante de sang et de pus, on m’a regardée avec pitié et empathie pour la première fois depuis mon accouchement. Je suis restée quatre jours à l’hôpital. Branchée sur le soluté, j’ai enfin pu dormir, manger et me détendre. Je crois sincèrement que ce séjour à l’hôpital m’a sauvé la vie. Je ne suis pas certaine que j’aurais survécu à la semaine suivant mon accouchement sans ces quelques jours de répit. Je crois que j’aurais pu me faire du mal.

Il m’a fallu environ un mois avant de regarder mon fils avec tendresse. Progressivement, les choses sont devenues plus faciles. Mes règles sont revenues, mes hormones se sont stabilisées; les pensées invasives, la dépression et le TOC que j’avais développé se sont atténués. J’ai tranquillement repris le dessus, on a trouvé notre rythme et, surtout, j’ai repris confiance en moi. Aujourd’hui, mon bébé a six mois et les choses vont beaucoup mieux. Je suis contente qu’il fasse partie de ma vie et je l’adore.

Nous voulons d’autres enfants, mais je ne revivrai un tel enfer et ne laisserai quiconque décider à ma place de ce qui est bon pour moi. Je vais respecter mes limites, faire un plan de naissance détaillé pour me protéger et vivre mon accouchement à MA façon.

À mon avis, la culture actuelle de la grossesse et de l’accouchement doit changer. J’ai senti qu’elle culpabilisait les femmes et leur faisait miroiter l’illusion de l’accouchement «idéal» – assez douloureux pour inspirer le respect, surmonté sans péridurale et suivi d’une expérience d’allaitement magique en parfaite communion avec leur enfant – laissant sous-entendre que celles qui le vivent autrement échouent la maternité avant même de l’avoir vraiment vécue. On m’a infantilisée et déresponsabilisée, et on n’a pas laissé suffisamment de place à mon instinct. On m’a envoyé le message qu’une bonne maman doit s’oublier complètement, alors que pour être présente pour mon bébé, je devais d’abord et avant tout prendre soin de moi et me sentir épaulée.

Je partage aujourd’hui mon expérience dans l’espoir de rejoindre les mères qui se sentent isolées et au bout du rouleau. J’aimerais leur dire que ça finit par passer. Je veux qu’elles sachent qu’elles survivront. Et qu’elles ne sont pas seules. 

 

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