C'est mon histoire

C'est mon histoire: «J'ai fait ma marque dans un domaine masculin»

C'est mon histoire: «J'ai fait ma marque dans un domaine masculin»

-- Photographe : Davor Nikolic Auteur : Propos recueillis par Véronique Alarie Source : ELLEQuébec.com

C'est mon histoire

C'est mon histoire: «J'ai fait ma marque dans un domaine masculin»

Ancienne décrocheuse et jeune mère monoparentale, Jessika Lelièvre est devenue, en un temps record, une référence à l’échelle internationale dans un domaine traditionnellement masculin.

Si, en 2009, vous m’aviez dit que je deviendrais la vice-présidente d’une firme de technologie du bâtiment et que je jouirais d’une réputation internationale dans ce milieu, je ne vous aurais pas crue. Parce qu’à l’époque j’étais une jeune femme de 22 ans qui avait fui un conjoint violent, qui terminait son secondaire cinq, qui galérait pour boucler ses fins de mois et qui élevait seule son bambin de trois ans. Et pourtant, c’est bien vrai: envers et contre tout, j’ai gravi les échelons de ce milieu peu investi par les femmes, et je suis devenue une référence.

Un jour où je promenais mon petit Mathis en poussette, je me suis arrêtée devant un chantier de construction résidentiel – l’architecture m’a toujours intéressée. J’ai observé longuement les travailleurs, fascinée de les voir à l’oeuvre. Puis j’y suis retournée, encore et encore. J’étais avide d’en savoir plus, de comprendre les rouages de l’architecture, de la ventilation, du chauffage, de l’électricité... J’avais toujours rêvé de gagner ma vie grâce à l’art, tout en nourrissant une passion pour les sciences. Et voilà que je découvrais une carrière où je pouvais combiner mes deux intérêts!

J’avais trouvé ma voie! J’ai alors pris mon courage à deux mains et j’ai fait une demande d’admission en technologie de la mécanique du bâtiment, au Collège Ahuntsic, où j’allais apprendre le fonctionnement de tous les systèmes mécaniques et énergétiques qui avaient piqué ma curiosité. En tant que jeune maman monoparentale, j’ai pu recevoir une aide financière exceptionnelle d’Emploi-Québec, qui m’a permis de me consacrer entièrement à mes études – en tenant les cordons de ma bourse très serrés, je l’avoue. Il n’était pas question que je suive des cours à temps partiel: je voulais parvenir à mes fins, et vite! J’ai été admise au cégep à temps plein, j’ai déniché une garderie pour mon fils, tout près du collège, et j’ai quitté la Rive-Nord pour Montréal, la tête remplie de beaux projets d’avenir.

Mon quotidien d’étudiante était pour le moins épuisant. Je passais mes journées entières au Collège, puis le soir, je m’occupais de mon fils et, après son coucher, j’étudiais et planchais sur mes travaux jusqu’au petit matin. La nuit, je me perfectionnais en apprenant à maîtriser des logiciels spécialisés et novateurs. Quelques mois avant la fin de mes études, j’ai décroché un emploi dans une firme d’ingénierie. J’avais déjà réussi à me démarquer de mes camarades de classe grâce aux compétences que j’avais acquises en autodidacte. On m’a donc offert le poste convoité de chargée d’expertise — une énorme preuve de confiance! J’étais ravie et j’ai sauté sur l’occasion pour montrer aux patrons ce que j’avais dans le ventre. Malheureusement, de nombreux collègues ingénieurs n’ont pas apprécié mon ardeur et m’ont prise en grippe. J’étais jeune, j’étais une femme, et j’étais, à leurs yeux, sous-qualifiée. Impossible que je sois compétente!

On me mettait sans cesse des bâtons dans les roues. On m’intimidait, on me discréditait, on faisait des commentaires désobligeants à mon égard, on évitait de m’adresser la parole... Le message était on ne peut plus clair: je dérangeais, et on voulait me voir partir. Heureusement, je suis entêtée, et, plus ils tentaient de me freiner, plus je prenais de la vitesse. Ce besoin d’avancer l’emportait sur tout le reste: mes peurs, le syndrome de l’imposteur et les critiques virulentes de mes pairs.

Ma motivation a porté ses fruits: on m’a vite mise à la tête d’un service et donné carte blanche pour réorienter le plan d’affaires de l’entreprise. Quelle promotion! J’ai été appelée à gérer de grosses équipes ainsi que des projets de plusieurs millions de dollars. Rapidement, mon nom s’est mis à circuler, et je suis devenue une référence dans le domaine, tant en Amérique du Nord qu’en Europe. Si bien qu’aujourd’hui, j’anime des conférences dans différentes entreprises et dans les universités. L’an dernier, une autre compagnie m’a offert un poste de direction, et j’ai accepté. Je m’apprête à en devenir la vice-présidente. Le rêve!

Je suis incroyablement fière du chemin que j’ai parcouru. Mon itinéraire professionnel a été jalonné d’innombrables épreuves, mais j’ai fait le choix de croire en moi. Encore aujourd’hui, c’est l’approche que je privilégie. On me confie un nouveau projet, et j’ai le sentiment de me retrouver au pied du mont Everest? Je tente le coup quand même! C’est cette confiance en ses propres capacités que je m’efforce d’inculquer à mon fils, qui a aujourd’hui 11 ans et qui a été, à sa façon, une inspiration pendant toutes ces années.

Chaque jour, je lui rappelle l’importance de prendre sa place, d’être structuré, organisé, de réfléchir avant d’agir et de ne pas se laisser abattre. Ce sont d’ailleurs les mêmes conseils que je donnerais aux jeunes filles qui entrent dans un milieu traditionnellement masculin, ou encore aux jeunes mamans sous-scolarisées qui se sentent dépassées par ce que l’avenir leur réserve: soyez déterminées, n’hésitez pas à défoncer des portes, allez au bout de vos capacités, et gardez toujours vos objectifs en tête. Parce qu’aimer son travail, je vous jure, ça donne des ailes!

 

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