C'est mon histoire
1 déc. 2015

C'est mon histoire: «J'ai eu le coup de foudre pour un mafieux»

Par Nicolas Gisiger

-- Auteur : ELLE Québec Crédits : Soledad

C'est mon histoire
1 déc. 2015

C'est mon histoire: «J'ai eu le coup de foudre pour un mafieux»

Par Nicolas Gisiger
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L'été de ses 18 ans, Lily-Rose ne pensait qu'à travailler pour s'offrir un stage à Paris. Elle ne se doutait pas que Cupidon allait lui décocher une flèche et l'amener à fréquenter... le crime organisé.

À 18 ans, certaines filles perdent la tête pour un gars différent tous les mois. D'autres sont effrayées par l'amour et gardent le nez fourré dans leurs livres. Moi, à cet âge, je ne me reconnaissais dans aucune de ces catégories. Je venais de terminer mon cégep en commercialisation de la mode et je consacrais chaque seconde de l'été qui commençait à travailler pour m'offrir un stage de deux mois à Paris à l'automne. J'étais prête à tout pour pouvoir réaliser ce voyage: je collectionnais les heures supplémentaires dans un McDo et, dans mes moments libres, je faisais du porte-à-porte pour vendre du chocolat. Bref, je n'avais pas de temps pour les garçons. Mes frères, eux, se demandaient tout simplement si je n'étais pas lesbienne.

Puis, début juillet, des amis et moi sommes allés à la plage d'Oka. Nous sommes tombés sur un groupe de jeunes Italo-Québécois, avec qui nous avons commencé à discuter. Mon père est italien; alors, comme tous les membres de cette communauté, nous avons cherché des liens entre nos familles, en échangeant des phrases du genre: «Mais oui! je crois que ma belle-sœur est la cousine de ta tante!» J'ai particulièrement connecté avec l'un d'eux: Giovanni Barzini. Il avait trois ans de plus que moi, il était mignon, blond aux yeux bleus, et il s'exprimait bien.

À la fin de l'après-midi, mes amis et moi avons pris le chemin du retour. C'est à ce moment que Cupidon m'a décoché une flèche sous la forme d'une petite voix qui, à chacun de mes pas, se faisait de plus en plus forte. Elle répétait: «Ça n'arrive qu'une fois dans une vie.» Ç'a été plus fort que moi: j'ai rebroussé chemin pour retourner auprès de Giovanni, et on s'est retrouvés nez à nez. Car, oui, lui aussi était parti à ma recherche. Un peu troublés, on s'est dit: «On échange nos numéros?»

Une semaine plus tard, Giovanni m'a envoyé un premier texto, et on s'est mis à s'envoyer des messages de plus en plus longs. Le vendredi, il m'a proposé une sortie avec ses amis. Il vivait à Montréal, et moi, à Brossard, chez mes parents. Il a proposé de passer me prendre en voiture. Le soir même, il est arrivé dans une rutilante Mercedes bleue. J'aimais beaucoup son style, plutôt BCBG: un polo Lacoste, une belle montre, de belles lunettes... Tout au long de la soirée, il a été prévenant, respectueux. Peut-être trop: quand il m'a ramenée, il n'a même pas essayé de m'embrasser.

On ne s'est pas revus tout de suite car, comme moi, il travaillait beaucoup: sa mère lui donnait «des contrats», comme il disait. Puis, une fin de semaine où mes parents étaient absents, j'ai organisé un pool party. Cette fois, Giovanni est arrivé dans une Bentley grise, flambant neuve. Ç'a été une parfaite soirée d'été. Quand tout le monde est parti, il m'a embrassée, et nous sommes restés à parler, côte à côte sur des chaises longues, jusqu'au petit matin.

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C'est à partir de ce moment que notre histoire a vraiment débuté. Alors que, depuis le début de l'été, j'essayais d'être productive à chaque minute, je me surprenais maintenant à passer des heures avec Giovanni sans voir le temps filer. Mes parents aussi sont tombés sous son charme. Giovanni se montrait toujours courtois. Un jour, il a apporté un manteau Parasuco à mon père, qui avait dit en chercher un. Plus tard, il lui en a amené deux autres. Ça peut sembler louche, mais les Italo-Québécois sont souvent comme ça: ils se rendent service et sont très (voire trop) généreux entre eux.

Un soir, après une sortie au cinéma, Giovanni m'a ramenée chez moi - encore une fois dans une autre voiture: une BMW Z4 décapotable. On filait sur la route, cheveux au vent... Je me sentais bien, libre et amoureuse. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on dirait que la vie attend souvent ces moments-là, parfaits et complets, pour nous faire une grande révélation. Tandis que je parlais à Giovanni, j'ai échappé mon cellulaire à mes pieds. Je me suis penchée pour essayer de le retrouver à tâtons, quand ma main a touché un objet lourd, froid, métallique. C'était indubitable: mes doigts étaient en train de caresser le canon et la gâchette d'un revolver. Croyez-le ou non: avant même que je puisse réaliser ce qui se passait, une sirène a retenti. C'était une voiture de police qui nous interpellait. J'étais pétrifiée. Tout se précipitait dans ma tête: les manteaux Parasuco, les voitures de luxe, le pis- tolet... Je me voyais déjà derrière les barreaux d'une prison. Les policiers nous ont demandé nos papiers et... nous ont donné une contravention pour excès de vitesse. Quand ils sont repartis, mes mains tremblaient. Giovanni, lui, était d'un calme imperturbable. Durant le reste du trajet, je n'ai pas pu dire un mot.

À l'arrivée, je l'ai embrassé et je suis rentrée chez mes parents, sans oser leur parler de ce qui s'était passé. Le lendemain, Giovanni m'a proposé de rencontrer sa mère. Avec le recul, je comprends que c'était sa façon de me mettre sur la piste, de mieux me faire accepter ce qu'étaient ses «contrats».

Mme Barzini habitait à Saint-Léonard. C'est quand je suis entrée dans son grand appartement tout blanc - avec des meubles blancs et un gigantesque aquarium où voguaient des poissons exotiques - que le déclic s'est fait. Par terre, près de l'entrée, il y avait une douzaine de télés à plasma, disposées en rangées. Et, à l'arrière de ces télés, il n'y avait aucun autocollant, aucun numéro de série, rien. Mme Barzini s'est montrée très chaleureuse avec moi. Mais, tandis que je sirotais mon bloody caesar, en observant cette femme trop maquillée, en minijupe, qui portait une bague en or à chaque doigt, je ne pouvais m'empêcher de me dire: «Ce n'est pas normal... Dans quoi je me suis embarquée?» Quand on est sortis de chez elle, on s'est assis dans la Z4, et j'ai seulement dit: «Là, tu m'expliques.» Après un silence, il s'est lancé: «OK. Ma mère travaille dans la mafia. Elle vend de la coke.» Il a ajouté: «Elle, elle "récolte". Moi, je suis son garde du corps. Je l'accompagne quand elle rencontre ses clients.» J'étais bouche bée. Je ne savais plus qui était mon chum. Tout ce que j'ai trouvé à lui dire, c'est: «Écoute-moi bien: les cadeaux, c'est fini! Les manteaux, c'est fini! Y a rien qui rentre chez mes parents qui n'a pas de numéro de série, c'est compris?» Et lui, il m'a répondu en toute naïveté: «Tu veux même pas une télé pour ta chambre?»

Une semaine a passé. Comme Giovanni sentait qu'il risquait de me perdre, il m'a fait une proposition: «Je veux te montrer ce que je fais dans la vie. Tu vas voir, c'est pas si pire que ça. Ça va te calmer.» J'ai accepté. Ç'a été notre dernière sortie. On s'est rendus à un bar miteux, quelque part au centre-ville. Quand nous sommes entrés, deux bouncers ont d'abord accompagné Giovanni jusqu'aux toilettes, dont ils sont ressortis quelques minutes plus tard, puis Mme Barzini est venue à notre rencontre. On s'est dirigés vers une table dans un recoin et, tandis que j'allais m'asseoir à la place contre le mur, sa mère m'a lancé: «Non: toi, tu t'assois là!», en me désignant la chaise en face. J'ai appris depuis que, quand on est dans la mafia, on s'arrange pour s'asseoir dos au mur, avec une bonne vue sur la salle. Ça évite les surprises. Pendant une demi-heure, j'ai vu Mme Barzini se lever pour aller voir des clients, échanger des poignées de main, donner des accolades. Et, chaque fois, j'ai vu mon chum la suivre... mais pas comme un fils: il se tenait toujours quelques pas en arrière d'elle, vigilant, comme un garde du corps. Quand on est sortis, j'ai dit à Giovanni que c'était fini.

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Une semaine plus tôt, je me disais que notre histoire était si belle qu'elle continuerait malgré mon stage. Maintenant, mon voyage me donnait l'excuse parfaite pour couper les ponts. Il a pleuré. Je ne l'ai revu qu'une seule fois. Le jour de mon départ, à l'aéroport, tandis que mes parents et moi nous séparions en versant des larmes, Giovanni est arrivé avec un bouquet de fleurs. C'était tout lui: c'était sa façon toute délicate de me montrer qu'il m'aimait, mais qu'il acceptait ma décision...

Aujourd'hui, je me rends compte que c'est grâce à cette histoire que je suis devenue une adulte. Elle m'a fait perdre ma naïveté, ce qui m'a permis d'éviter bien des embûches quand je me suis retrouvée toute seule à Paris. Et, surtout, j'ai compris que les gens sont complexes. Giovanni avait plein de qualités que je n'ai jamais retrouvées chez personne d'autre. Il ne lui en manquait qu'une seule: l'honnêteté.

Quelques années plus tard, j'ai de nouveau eu un coup de foudre. Je suis avec mon chum depuis maintenant cinq ans. Mais, parfois, je ne peux m'empêcher de repenser à la galanterie de Giovanni avec un petit sourire, quand mon amoureux oublie de me tenir la porte...  

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