C'est mon histoire
26 sept. 2012

C'est mon histoire: «J'ai découvert que mon chum visitait des sites pornos...»

Par Martha de Tena

IStock Auteur : Elle Québec Crédits : IStock

C'est mon histoire
26 sept. 2012

C'est mon histoire: «J'ai découvert que mon chum visitait des sites pornos...»

Par Martha de Tena

Je n'ai jamais surveillé les faits et gestes de mon amoureux. Je suis très respectueuse de l'intimité des autres parce que je ne supporte pas qu'on ne respecte pas la mienne. Je n'avais jamais été tentée de fouiller dans son portable, de lui faire les poches, encore moins de craquer le mot de passe de son courriel... Chacun de nous a son compte en banque, ses papiers, son ordi... Bref, nous n'avons rien à voir avec les couples fusionnels qui disent «nous» au lieu de «je» et qui répondent au téléphone de l'autre sans se poser de questions.

Seulement, voilà, un samedi, mon ordinateur est tombé en panne et je suis allée consulter mon compte Facebook sur celui de Benjamin. Et... vlan, dans les gencives, je suis tombée sur la page d'accueil d'un site de vidéos pornos. Sans réfléchir, j'ai cliqué et j'ai regardé. Aïe, aïe, aïe... Je vous épargne les détails... J'ai consulté l'historique de son navigateur et j'ai découvert une vingtaine d'entrées de films X. L'horreur. Je me suis éloignée de l'ordinateur comme si c'était un nid de serpents, affolée. Que se passait-il dans la tête de mon chum? Est-ce qu'il s'ennuyait au lit? Est-ce que j'étais trop sage, trop conventionnelle, trop sainte nitouche pour lui? Pour la première fois en cinq ans de relation et trois de vie commune, je me suis mise à douter de moi et de son désir pour moi. Est-ce que j'étais bien sûre de satisfaire mon homme? Nous avions une vie sexuelle normale, si tant est que ça existe, avec des hauts et des bas, comme tout le monde, je crois... Nous faisions l'amour avec ce que j'appellerais une complicité conjugale, avec du plaisir et des rires.

 

Le plus simple aurait été de lui poser la question directement, n'est-ce pas? Sauf que ce n'était pas aussi simple que ça. D'une part, il fallait que j'explique que je l'avais «espionné », et j'étais si honteuse que je n'arrivais même pas à m'imaginer le lui dire. J'aurais gueulé comme une hystérique s'il m'avait avoué qu'il avait fait la même chose. Ensuite, j'avais peur d'apprendre que, en effet, il s'ennuyait avec moi et de devoir en tirer des conclusions que je ne me sentais pas capable d'affronter... Donc, j'ai gardé mes doutes et mes questions pour moi, j'ai nettoyé le frigo, parce que je suis maniaque et que ça me calme, et je n'ai rien dit à Benjamin. J'ai tenté de faire comme si de rien n'était.

Mais le ver était dans le fruit. Je me suis retrouvée pour la première fois de ma vie à fouiller dans ses affaires, juste pour voir. J'inspectais les poches de ses vestes, je lisais ses textos quand il était sous la douche, je cherchais le parfum d'une autre femme sur ses vêtements... Et lorsque j'étais seule à la maison, j'allumais son ordinateur pour voir les vidéos qu'il consultait. Certaines étaient franchement hard et je n'arrivais pas à comprendre ce que Benjamin pouvait trouver d'excitant là-dedans. Mon compagnon, si drôle, si sensible, si prévenant, aimait donc regarder des filles - même pas belles pour certaines - se faire prendre sous toutes les coutures. Peut-être même se masturbait-il devant ces scènes? Mais qui était donc l'homme avec qui je vivais? 

D'ordinaire, quand quelque chose ne va pas, nous en parlons assez facilement. Nous ne sommes pas d'accord sur tout, loin de là, mais ce n'est pas dans nos habitudes d'entretenir les non-dits. Je n'aime pas perdre mon temps, et bouder en silence est pour moi une des façons les plus stupides de gâcher la joie de vivre. Mais là, j'étais incapable d'oublier ce que j'avais sur le coeur. D'ailleurs, qu'est-ce que j'avais à dire au juste? Quel était le problème? Mes doutes sur ses éventuelles infidélités ne résistaient pas à l'épreuve des faits, ou plutôt au manque de preuves. Je ne voyais ni quand ni comment il aurait trouvé le temps de me tromper. Et je ne pouvais pas non plus lui reprocher de ne pas avoir envie de moi. Au contraire, c'était moi qui bloquais. J'étais mal à l'aise au lit; chaque fois qu'il me touchait, je voyais défiler des images pornos et je croyais que c'était pareil pour lui. Je craignais de ne plus le satisfaire, et puis, j'étais jalouse parce qu'il regardait d'autres femmes faire l'amour sur Internet. Bref, j'étais perdue, vraiment perdue...

 

Du coup, mon corps s'est mis à crier ce que je n'arrivais pas à exprimer. J'ai inventé une série de symptômes à la noix: une cystite un jour, une mycose la semaine d'après. De quoi garder Ben à distance. De son côté, il prenait ça avec beaucoup de patience et me préparait des tisanes en disant: «Tant pis, on sera sages, alors.» Et moi, je me sentais encore plus nulle. Mais pourquoi étais-je donc allée fouiller? Puis, un soir que nous étions chez des amis, un copain a évoqué sans aucune gêne sa passion pour le porno: il fallait l'entendre disserter sur la DP (double pénétration, je l'avais appris récemment malgré moi), l'éjaculation faciale (ça se passe d'explication), et d'autres variantes du genre gang bang, gokkun, gaping (pour en savoir plus, consultez Wikipédia)... À la fois honteuse et soulagée, je m'attendais à ce que Benjamin s'exprime sur le sujet, mais il s'est bien gardé de dire quoi que ce soit. Bizarrement, ça m'a mise super en colère contre lui. Le fait qu'il garde son sale petit secret a renforcé mon impression d'être trompée. S'il n'assumait pas en public, ça voulait forcément dire qu'il avait besoin de penser à des trucs salaces pour coucher avec moi! «Hypocrite, menteur, manipulateur», voilà ce que je me disais dans ma tête alors que nous rentrions à la maison. Ce soir-là, je me suis cramponnée à mon bouquin quand il m'a caressé le ventre et je me suis roulée en boule en lui tournant le dos.

Le lendemain matin, je n'étais pas levée depuis cinq minutes que Benjamin m'est tombé dessus. «Bon, tu vas faire la gueule encore longtemps? Ça fait un mois que tu boudes et j'aimerais bien savoir pourquoi.» Mon chéri a beau être compréhensif, je le connaissais suffisamment pour savoir qu'il ne lâcherait pas l'affaire. J'ai donc vidé mon sac. J'imaginais qu'il allait être un peu embarrassé. En fait, il a trouvé toute la situation plutôt drôle.

 

«Mais que t'es bête! Ça n'a rien à voir avec toi! Je n'ai pas besoin de regarder des films de cul pour te faire l'amour. Tu sais, la libido des gars, c'est moins simple que ce qu'on veut nous faire croire. On est très visuels, c'est vrai, mais bon, va savoir pourquoi le porno nous fait autant d'effet... C'est un peu comme les films d'action: tu l'as dit plein de fois, tu ne comprends pas qu'un type aussi pacifique que moi adore regarder des enchaînements de bagarres ou de fusillades. Ça m'amuse, ou ça m'excite plutôt, de regarder du porno sur Internet, et c'est vrai que je ne pense pas à toi ou, enfin, pas toujours, quand je me masturbe. Et si je n'en parle pas en public, c'est que je n'ai pas envie de partager ça avec des gros colons parce que ça ne regarde personne d'autre que moi. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle ça un plaisir solitaire. Mais si tu te sens exclue, tu n'as qu'à en regarder avec moi.»

Il était si calme, si relax que je me suis sentie vraiment cruche. Et nous avons fait l'amour toute la matinée, volets fermés, en regardant un film sur un site de «porno chic», moins trash que ceux que j'avais vus, avec de belles filles bien filmées, qui ne ressemblaient pas à des bouts de viande, mais à des femmes sûres d'elles qui savaient ce qu'elles voulaient...

Depuis, ça nous arrive encore de temps en temps de faire l'amour avec un film porno qui joue en sourdine. Je ne suis pas pour autant devenue fan. Mais je laisse Ben faire ce qu'il veut. C'est son jardin secret. Après tout, je n'ai jamais raconté, ni à lui ni à personne, ma folle aventure avec le chanteur Charlie Winston... qui n'a lieu que dans ma tête, quand je m'ennuie dans les embouteillages.

 

Vous aimeriez partager une histoire particulière avec nos lectrices? Une journaliste recueillera votre témoignage. Écrivez à Martina Djogo: mdjogo@ellequebec.com ELLE QUÉBEC | 1100, boul. René-Lévesque Ouest, 24e étage, Montréal (Québec) H3B 4X9.  

 

 

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