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Y’en aura pas de facile !

Elle Québec
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Y’en aura pas de facile !

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Le dalaï-lama n’a rien à craindre pour sa succession. Pourtant, depuis plusieurs semaines, j’étais zen. En forme. Et de bonne humeur. Et patiente. Et compatissante. J’aimais tout le monde. Enfin presque. Faudrait pas exagérer non plus, hein. Les choses qui avaient le don de m’énerver (et elles sont légion), genre l’autobus qui n’arrive pas, mon père qui ne m’écoute pas, les gens qui se plaignent de leur travail, le perroquet du voisin, qui n’arrête pas de pousser des «rouac!» 200 fois par jour (je le sais, je les ai comptés), le ménage à faire, La Presse qui n’est pas arrivée à 5 h 30 (je parle de la version papier), le concert des klaxons aux heures de pointe, le ménage à faire, eh bien, tout cela ne m’atteignait plus. Enfin presque. Faudrait pas exagérer non plus, hein. Je me voyais déjà en réincarnation du dalaï-lama. J’avais atteint l’Illumination. Et puis… tel le moine lévitant dans Tintin au Tibet, je suis retombée sur terre. La dure réalité m’a frappée. Tout m’énervait. J’ai dû me retenir à deux mains pour ne pas me mettre à hurler après deux femmes assises à l’arrière de moi dans l’autobus samedi et dont la conversation était si insignifiante qu’il devrait exister des lois contre ça. (Respire, que je me disais, respire, Chantal.) Le moindre petit geste mesquin du plus parfait inconnu m’exaspérait. (Inspire, expire.) Je me tombais moi-même sur les nerfs. C’est dire. Envolée, la zénitude. Partie, finie, kaput. Et puis, de la fenêtre d’autobus, dimanche, j’ai vu un jeune homme qui promenait son chien. Ils avaient l’air tellement heureux ensemble, le sourire fendu jusqu’aux oreilles (si, si, le chien aussi souriait). Et puis, j’ai vu un enfant qui faisait ses premiers pas sur le trottoir (surveillé de près par sa maman), le regard émerveillé par tout ce qu’il découvrait. Et puis, j’ai vu un père et son fils de six ou sept ans courir pour attraper l’autobus au prochain arrêt et le chauffeur qui s’est arrêté pour les attendre. C’est rare. Et puis, j’ai entendu le garçon dire merci en entrant dans le bus! Son papa aussi. Wow. Je ne prendrai sans doute jamais la place du dalaï-lama (c’est une bonne chose car la robe de moine lui sied mieux qu’à moi). Mais je me suis rendu compte qu’être capable d’apprécier ces instants furtifs, ces petits miracles du quotidien, comme je les appelle, même quand la zénitude semble disparue, ça signifie que quelque chose a réellement changé en moi. Et ça, ça me remplit de joie.
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