Société
21 févr. 2014

Montréal: de plus en plus dur pour les immigrants?

Par Kenza Bennis
Elle Québec
Société
21 févr. 2014

Montréal: de plus en plus dur pour les immigrants?

Par Kenza Bennis
[caption id="attachment_11346" align="aligncenter" width="650"] Montréal (crédit: iStock) Montréal (Photo: iStock)[/caption] Cette semaine, quand j’ai lu que Montréal était 4e au classement des villes offrant la meilleure qualité de vie en Amérique du Nord (selon la dernière enquête annuelle mondiale de la firme Mercer), j’étais ravie. Après tout, Montréal, c’est ma ville. C’est celle dont je suis tombée amoureuse il y a 17 ans, quand j’y suis venue en vacances, au point de faire mes bagages deux ans plus tard, de quitter famille, pays et doux soleil casablancais pour venir m’y installer. Quinze ans plus tard, j’aime toujours autant Montréal. J’aime ses restos et ses parcs, sa paix, sa vitalité, l’esprit de «vivre et laisser vivre» qui y règne. J’aime aussi qu’on puisse y jouir des avantages des grandes métropoles – une ville cosmopolite et une scène culturelle riche -, tout en profitant de la qualité de vie des villes moyennes. Malgré tout, je ne suis plus aussi dithyrambique au sujet de Montréal, surtout quand mes amis marocains me demandent si je leur conseillerais d’y émigrer. Il y a 15 ans, quand j’ai élu domicile au Québec, je répétais à tout le monde que j’avais enfin trouvé la «méritocratrie» de mes rêves. Cette fameuse Amérique du Nord où on juge les gens sur leur mérite; où on les embauche en fonction de leurs compétences… et non de leur sexe, leur classe sociale, leur nom ou leur couleur de peau. Quinze ans plus tard, je suis bien obligée d’admettre que mes idéaux s’effritent. Cette semaine encore, Radio Canada rapportait qu’en 2013, 162 immigrants (surtout du Maghreb et du Moyen-Orient) ont changé leur prénom à consonance étrangère pour un prénom plus «Québécois» sur leur état civil. C’est comme ça que Youssef est devenu Joseph, et qu’Abdullah s’est transformé en James… Faut dire que c’est plus facile de décrocher un boulot quand on s’appelle Tremblay. Même avec des CV parfaitement identiques, les candidats avec des noms à consonance étrangère ont de 62 % à 65 % plus de risques d'être écartés que les Bélanger et Gagnon, démontrait une étude du professeur de sociologie de l’UQAM, Paul Eid, en 2012. Quand j’observe ces Ibrahim qui se font appeler François; le taux de chômage affolant des Maghrébins récemment immigrés (27 %!, alors qu’ils sont francophones et plus diplômés que les Québécois nés ici); la volonté du Parti Québécois d’interdire aux femmes voilées de travailler dans la fonction publique… je suis bien triste. Visiblement, on ne juge plus les gens seulement sur leur mérite, leurs compétences ou leurs diplômes au Québec; et c’est bien dommage.
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