Société
9 mai 2014

Moi, Mélanie F., 36 ans et belle-
maman

Par mfrappa
Elle Québec
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9 mai 2014

Moi, Mélanie F., 36 ans et belle-
maman

Par mfrappa
[caption id="attachment_13824" align="alignnone" width="650"] Melanie Frappa Édito belle-maman Les deux plus jeunes jouent à se tapper dessus sous le regard de leur père[/caption]

Quand j’étais petite et que je m’imaginais à 36 ans, je me voyais avec trois enfants, un beau brun ténébreux d’origine anglaise ou italienne comme mari, un palace en guise de maison, un chien et des vacances trimestrielles dans les Cyclades. La conciliation travail-famille? Aucun souci. D’ailleurs, lorsque je jouais avec ma Barbie, elle gérait les doigts dans le nez son énorme agence de pub et sa relation amoureuse avec Ken! J’avais 9 ans.

Vingt-sept ans plus tard, je partage mon temps entre un appartement à Montréal (où j’habite en colocation avec ma meilleure amie) et la maison de mon amoureux dans les Laurentides. Mon homme est blond, c’est un Québécois de descendance écossaise, il a un petit chat et trois beaux garçons (âgés de 13, 11 et 7 ans) que je qualifierais... de vrais gars! Mettons qu’ils ne comprennent pas du tout ce que je fais avec un masque vert sur le visage le dimanche soir. Dans ma vie, je ne goûte donc pas aux joies d’être mère mais à celles d’être belle-mère. Un terme que je trouve personnellement affreux, car il évoque toujours pour moi l’image de la marâtre de Cendrillon. Pas très sexy comme référence. Lorsque je suis «devenue» belle-mère, je ne me doutais pas de ce que ça impliquait. Je n’avais jamais fantasmé à l’idée de me retrouver dans cette position. J’avais le sentiment que je mettrais trois enfants au monde; je ne pensais donc pas me retrouver un jour avec ceux des autres. Il m’a fallu du temps pour m’adapter et accepter ce rôle. Au départ, j’ai limité ma participation, me disant que je n’étais que le prolongement de l’autorité parentale (traduction: je ne réagissais que lorsqu’un des enfants saignait). Au fil du temps, je me suis laissé séduire par ces chères têtes blondes. Je me suis alors engagée dans une véritable relation avec eux. Si je me lève rarement la nuit pour consoler une terreur nocturne, j’applique mille et un onguents sur leurs lèvres gercées et je tartine généreusement de crème solaire leur peau de blonds. Mais je me réserve aussi le droit d’être un peu givrée (il se peut qu’un soir de semaine les enfants mangent du popcorn pour souper en regardant L’agent fait la farce). Parfois, je me dis que j’ai vraiment la belle vie de maman: tous les avantages et aucun inconvénient. Il m’arrive cependant de trouver mon rôle ingrat. Je me donne à des enfants qui ne sont pas les miens sans avoir la garantie qu’ils vont m’aimer en retour. Et puis, quand bien même ils m’apprécieraient, je ne suis pas du tout assurée de conserver leur amour. La relation que je crée avec eux n’est pas innée, ni naturelle, ni évidente. Elle se construit jour après jour. Aussi, en ce mois de la fête des Mères, j’avoue que je suis un peu jalouse du collier de nouilles et du poème sirupeux que les mamans vont recevoir en cadeau. Oui, j’aimerais bien moi aussi recevoir un collage maladroit assorti d’un petit mot d’enfant. Parfois, j’aimerais que ma mère me donne plus de conseils sur mon rôle. Malheureusement, elle ne peut me donner que des conseils... de mère. Ce qui en soi est déjà extraordinaire. La lecture du dossier «Lettre à ma mère», pour lequel nous avons demandé à trois personnalités d’écrire une lettre à leur maman, m’a encore montré la chance que j’avais d’avoir une mère en vie et en santé. Je me suis bien promis de lui dire le plus souvent possible qu’elle a été la meilleure maman du monde. Elle m’a donné cette capacité (qui s’apparente parfois à de la naïveté) à aimer tout le monde. C’est aussi elle qui m’a donné l’amour des petits pots. Dans une de ses nombreuses vies, où elle n’a eu de cesse de se réinventer, elle a été esthéticienne et a enjolivé mon enfance de teintes de rouges à lèvres, de parfums et de maquillage de scène. Elle aurait été une fabuleuse – et intraitable – jurée du Grand Prix de la Beauté. Et cette année, je vais accueillir le mois de mai avec beaucoup de joie parce que mes parents traversent l’Atlantique pour passer du temps à mes côtés dans ma drôle de famille recomposée. Ce n’est peut-être pas celle dont je rêvais, mais c’est la mienne, et je l’aime. PLUS: Lettre à ma mère, par Monia Chokri Lettre à ma mère, par Rima Elkouri Lettre à ma mère, par Véronique Marcotte
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