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Je suis tombée en amour au Club Med

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Je suis tombée en amour au Club Med

Sarah Jeanne Beauchesne Fourchette Ma première date, je la connais par cœur. Je l’ai décrite en détails dans mon journal intime avec un stylo rouge. Rouge comme l’amour fou. Ma première date, c’était au Club Med, où ma mère m’avait obligée de l’accompagner. Elle trouvait que j’étais trop blanche, presque translucide, et que du sable et du soleil feraient un peu de bien à ma crise d’adolescence. Elle avait raison. J’avais aperçu un garçon sur la plage au loin, je le trouvais beau dans son maillot de bain trop grand. Il avait la peau aussi blanche que moi et des lunettes pas-de-soleil. On voyait aussi un peu le début de ses fesses quand il jouait au volley-ball. Il m’émerveillait; j’avais le pressentiment qu’il était à la fois doux et maladroit. C’est charmant un gars comme ça au Club Med. Peut-être aussi qu’il était seulement saoul des Piña Coladas gratos, mais ça ne change presque rien. Le premier baiser On a échangé quelques mots gênés sur le volley-ball de plage, le rhum cubain, les jeux d’eau gonflables et les bracelets en cuir qu’on vendait dans le lobby. Rapidement, j’ai eu envie de le frencher. Je lui ai donc donné rendez-vous le soir même. À 22h tapantes, il m’attendait devant la fontaine en forme de sirène. Il portait un t-shirt d’un band que personne ne connaît et des skinny jeans coupés juste au-dessus du genou. Les deux premiers becs sur les joues étaient de petits malaises qui emballent le cœur. Au début de la soirée, j’étais tellement gênée que mes pommettes devenaient rouge Bay Watch à chacune de mes phrases. Il voulait danser le merengue, moi pas, nos maladresses nous faisaient rire. On parlait de mon coup de soleil en forme de chien saucisse et de son tatouage de fille toute nue, de son frère vendeur de voitures chères et de mon chien qui avait seulement trois pattes. On se dégourdissait encore plus avec des conversations un peu trop simples jusqu’à ce qu’on se décide à s’embrasser du bout des lèvres, appuyés sur la machine à slush pour les Piña Coladas. C’était sucré-salé, aigre-doux, pis toute. Soudainement, tout devint plus beau : les algues gluantes dans la mer, les parasols kitsch dans les cocktails, les coups de soleil vraiment rouges qui font mal, les jelly fish. Fallait seulement tomber en amour et se faire mêler les cheveux par les doigts d’un gars pour vraiment apprécier le paradis du tout-inclus. Un amour d’été, un vrai de vrai Après tous les baisers, les verres de rhum qui piquent la gorge et les fous rires nerveux, la nuit était beaucoup trop belle pour dormir. Les vagues faisaient tellement de bruit qu’on n’aurait pas pu de toute façon. En zigzaguant beaucoup, on s’est rendus sur la plage, les souliers dans la sacoche, la robe longue enroulée autour de la taille. La lune éclairait nos faces comme dans les films d’amour. On se voyait bien, on se trouvait beaux, ça paraissait dans nos yeux. Je partais le lendemain matin, lui le surlendemain. Nos bouches ne voulaient rien savoir de se dire bye-bye. On a dormi sur la plage les jambes entremêlées. J’ai attrapé un rhume cette nuit-là, mais on s’en fout. Le cœur plein d’espoir Dans l’avion, mon sourire ne voulait vraiment pas arrêter de sourire. Ma mère ne cessait d’épousseter le sable qui tombait de mes cheveux. En arrivant à Montréal, il faisait froid comme au pôle Nord, mais c’était la canicule dans ma cage thoracique. J’avais son numéro d’écrit dans la main, mais j’avais peur de le perdre. Comme l’encre cheap pâlissait à vue d’œil, je l’ai appris par cœur pour être sûre : 514-Amour-Fou. Ou quelque chose qui ressemble à ça. En me couchant dans mon lit ce soir-là, j’ai repassé ma nuit sur la plage en boucle dans ma tête. J’avais connu un sommeil parfait. L’oreiller le plus confortable du monde est fait en sable de Club Med. Et les meilleures couvertures sont les jambes d’un presque inconnu qu’on sait capable de peinturer de l’amour partout sur notre corps, comme un coup de soleil qui brûle longtemps.
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