Société
3 nov. 2014

La fois où je me suis fait harceler

Par Violaine Charest-Sigouin
Elle Québec
Société
3 nov. 2014

La fois où je me suis fait harceler

Par Violaine Charest-Sigouin
[caption id="attachment_16670" align="aligncenter" width="625"] (c) PeopleImages.com (c) PeopleImages.com[/caption] C’était le soir et j’étais en voiture avec une amie. Nous roulions sur le boulevard Saint-Laurent en discutant tranquillement. Quelqu’un a klaxonné. Je n’avais pourtant fait aucune mauvaise manœuvre. C’était le conducteur de la voiture d’à côté - et ses amis clairement éméchés – qui tentait d’attirer notre attention. Il me semble que nous leur avons souri. Le genre de sourire qui dit: «Ok, c’est beau les gars, on vous a vu.» Et puis, nous avons repris notre conversation. Le problème c’est que 10 coins de rue plus loin, ils nous suivaient toujours. Leurs fenêtres étaient baissées et ils nous criaient toutes sortes d’insanités. Je ne sais pas trop ce qui leur faisait croire que nous allions soudainement nous arrêter au coin d’une rue pour leur proposer de faire un block party. Ils s’amusaient vraiment, mais nous, pas du tout. Et encore moins lorsqu’en tournant sur ma rue, j’ai réalisé que leur voiture était toujours dans mon rétroviseur. Disons que je n’avais pas trop envie qu’ils sachent où j’habitais. J’ai donc essayé de les semer, comme dans les films, en empruntant brusquement une rue, puis une autre. Ce qui, bien entendu, n’a fait que mettre de l’huile sur le feu. Après avoir passé un bon moment à jouer au chat et à la souris, mon amie et moi avons fini par nous réfugier dans un dépanneur. C’est là que nous avons appelé la police. Possible que la peur ait altéré notre jugement et que ces gars n’étaient que de piètres dragueurs. Mais, sur le coup, ils nous sont apparus comme de potentiels agresseurs. J’ai repensé à ce soir-là en voyant la vidéo virale de Hollaback!, un organisme qui dénonce le harcèlement de rue. Publiée il y a à peine six jours sur YouTube, elle a été vue plus de 31 millions de fois. Une caméra cachée filme une jeune femme alors qu’elle se promène dans les rues de New York et se fait lancer de banals «Allo, ça va?», et des commentaires plus agressifs du genre: «Quelqu’un te dis que tu es belle, tu devrais dire merci!». À un moment, un gars la suit pendant cinq bonnes minutes. À la fin de la vidéo, on mentionne que, pendant les 10 heures qu’a duré le tournage, la jeune femme s’est fait interpeler plus d’une centaine de fois. http://youtu.be/b1XGPvbWn0A Certains diront qu’un «Bonjour, comment ça va?» ou un compliment lancé dans la rue n’est pas du harcèlement. Mais ça le devient lorsque la personne qui nous pose la question ne se soucie pas vraiment de savoir comment on va. Lorsque le compliment nous fait sentir bien plus misérable que désirable. Lorsqu’on se sent soudainement nue alors qu’on est pourtant habillée. On est chanceuses au Québec, parce que ce genre d’incident n’est pas si courant. Oui, on s’est toutes déjà fait interpeler dans la rue. Oui, on a toutes, à un moment ou à un autre, détourné le regard, baissé la tête, changé de trottoir, pour éviter de se faire aborder par un gars louche. Mais ça ne nous est pas arrivé 100 fois en une seule journée, comme à cette New-Yorkaise. Et pas même 5 à 10 fois par jour comme Sofie Peeters, une étudiante qui a documenté le harcèlement de rue dont elle a été victime lorsqu’elle habitait un quartier défavorisé de Bruxelles. Ironiquement, la chronique de Stéphane Dompierre porte, ce mois-ci, sur la drague. Selon lui, les Québécois devraient se déniaiser un peu et oser aborder les filles qui leur plaisent. Je suis convaincue qu’une majorité de femmes – moi y compris! – sont d’accord avec lui et seraient plus qu’heureuses de se faire draguer plus souvent. Mais, par draguer, on ne parle pas de se faire apostropher lorsqu’on marche dans la rue. Et encore moins de se faire klaxonner… À DÉCOUVRIR: «J'ai été agressée à 15 ans» Non aux viols sur les campus!
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