Société
13 juin 2013

Fière de mon père

Par Chantal Tellier
Elle Québec
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13 juin 2013

Fière de mon père

Par Chantal Tellier

Fête des Pères de Chantal Tellier Je ne connais pas mon père. Je sais qui il est – mes parents ont été mariés 50 ans! –, mais je ne le connais pas. Il était marin et partait naviguer pour de longues périodes. Je ne le voyais que de façon sporadique, lorsqu’il venait passer un week-end ou quelques semaines à la maison, avant de repartir. Il a pris sa retraite l’année où j’ai emménagé à Montréal pour mes études. Je n’ai donc jamais vécu avec lui. Je sais peu de choses à son sujet. Il a eu une enfance emplie de deuils. Il s’est engagé très tôt dans la marine. Il a fait la guerre de Corée. C’est un homme de devoir, sur qui on peut compter. Et, comme bien des hommes de sa génération, c’est quelqu’un qui ne parle pas de ses émotions. Ne les exprime pas. Cela se traduit chez lui par une anxiété extrême (qu’il m’a généreusement léguée…), et il a élevé le pessimisme au rang d’art. De grand art. C’était très lourd. C’en était rendu au point où je redoutais le moment de l’appeler. Je le faisais pourtant chaque semaine depuis le décès de ma mère, mais ces appels nous laissaient à tous les deux un goût amer. Lui ne se sentait pas compris et moi, je ne me sentais pas écoutée. Un vrai dialogue de sourds. Je ne pouvais me résoudre à ce que notre relation ressemble à ça jusqu’à la fin. Ça me rongeait. Et puis... j’ai pris mon courage à deux mains – et ma sœur en renfort! – et j’ai parlé à mon père. Je lui ai dit que je ne pouvais pas porter son angoisse en plus de la mienne. Que je comprenais sa souffrance, mais que je n’en pouvais plus de sa propension à ne voir toujours que le mauvais côté des choses, lui qui par ailleurs possède plein de belles qualités, dont un sens de l’humour extraordinaire (qu’il m’a bien sûr légué!). Je lui ai aussi dit que je l’aimais. Que je m’inquiétais pour lui. Que je lui souhaitais tellement d’être heureux, ou à tout le moins plus serein. Qu’il n’était pas trop tard. Ça semble banal raconté comme ça, mais pour des personnes qui expriment peu leurs émotions comme ma sœur et moi (la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre...), cette conversation était une véritable révolution! Mon père a compris des choses. Par amour pour ses enfants, il fait maintenant de réels efforts d’«optimisme». Ça me touche énormément. Sachant à quel point il est difficile de changer, je voulais lui dire que je suis très fière de lui. Bonne fête des Pères, papa.  
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