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Êtes-vous brainwashée, vous aussi?

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Êtes-vous brainwashée, vous aussi?

blogue-violaine-getty Récemment, j’ai été invitée à une émission de télé pour parler d’un article publié dans ELLE QUÉBEC. Pendant des jours, j’ai angoissé à l’idée de me mettre à bafouiller, ou encore d’avoir un blanc en ondes, d’autant plus que la chronique était en direct… Lorsque j’ai regardé l’émission par la suite, je ne me suis pas demandé si, finalement, j’avais su bien contrôler ma nervosité et rendre justice aux propos de l’article. Non, ma première réaction a été plutôt de dire: «Mon dieu, je suis énorme!» Puis, réalisant l’énormité (!) de ce que je venais de dire, j’ai ajouté: «Ouain, je suis vraiment brainwashée…» Et je ne suis pas la seule… Je suis entourée de filles qui s’entraînent religieusement au gym (parce qu’elles veulent être en santé, bien sûr!), de minces qui surveillent tout ce qu’elles avalent, de beautés qui ne sortent pas de chez elles sans maquillage et… de filles, comme moi, qui affirment accorder peu d’importance à leur apparence, mais dont le cerveau est parfois court-circuité par une idée du genre: «Je ne suis pas assez grande, je ne suis pas assez mince, je ne suis pas assez belle». La raison de notre névrose collective? Nous sommes constamment bombardées d’images de femmes correspondant à un modèle de beauté unique: soit de jeunes caucasiennes, grandes et minces. La psychothérapeute britannique Susie Orbach est convaincue que ce flux ininterrompu d’images a un impact sur notre cerveau. Dans son fort intéressant essai Bodies, elle écrit: «Je suis préoccupée par l’homogénéité des images qui sont produites par des industries qui capitalisent justement sur les insécurités que nous entretenons face à notre corps et qui causent de l’angoisse chez tant de gens face à leur apparence.» Cette spécialiste affirme que, jamais au cours de l’histoire, nous avons voulu à ce point contrôler, modifier, sublimer l’enveloppe charnelle qui nous a été donnée à notre naissance. Notre corps est désormais considéré comme un canevas que nous devons modeler – par le sport, l’alimentation, les cosmétiques ou la chirurgie plastique – afin qu’il corresponde à cet idéal de beauté. Je travaille pour un magazine qui glorifie la beauté, qui donne mille et un conseils pour être plus belle… Et qui tire ses revenus des publicités produites par les industries de la mode et des cosmétiques. Au risque de paraître inconséquent aux yeux de certains, ELLE QUÉBEC a toutefois choisi de prendre part à cette réflexion sur l’importance de présenter différents modèles de beauté, une réflexion qui trouve de plus en plus d’écho dans notre société. C’est la raison pour laquelle, ce mois-ci, on peut lire dans nos pages La révolution des blogueuses XL, un article sur le lobbying acharné que ces filles exercent pour avoir accès à des vêtements stylés dans des tailles de 14 ans et plus. Mais aussi l’article Et si la pub s’adressait aux femmes différemment?, qui porte sur les idéaux de beauté inatteignables que l’industrie des cosmétiques présente pour vendre ses petits pots de crème. Dans ce texte, il est notamment question de la fameuse campagne Dove pour une vraie beauté. On y raconte, qu’à l’époque, Dennis Lewis, directeur création pour le compte de Dove, ne voyait pas la pertinence d’avoir recours à de «vraies» femmes plutôt qu’à des mannequins pour les publicités de la marque de savon. Ce qui l’a convaincu? Une collègue qui lui a dit: «Imagine que tu te demandes chaque jour si ta queue est assez grosse. Contrairement aux femmes, les hommes ne sont pas constamment matraqués d’images qui bousillent leur confiance en eux.» Voilà qui dit tout. Photo: Getty Images
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