Société
5 nov. 2014

Édito de novembre: «Let’s talk about sex!»

Par mfrappa
Elle Québec
Société
5 nov. 2014

Édito de novembre: «Let’s talk about sex!»

Par mfrappa
Éric Bruneau ELLE Québec novembre 2014Vendredi soir sur la Terre, dans une famille recomposée. C’est la fin du souper, et j’essaie de me tenir au courant de la vie des trois garçons de mon homme, respectivement âgés de 13, 11 et 7 ans. Je passe en revue l’école, les copains, l’entraînement de soccer, etc. Je l’avoue, je poursuis aussi un autre objectif: celui de préparer le terrain pour une conversation un peu plus délicate à propos du recours à la pornographie, chez les adolescents, comme outil d’initiation à la sexualité. Il faut dire que je venais de lire durant la semaine l’excellent papier «Génération porno» (p. 103) et que j’avais dit à mon chum, sur un ton légèrement alarmiste, qu’il fallait absolument parler du sujet le plus rapidement possible avec ses préados. Mon homme entame la conversation en abordant le thème des changements hormonaux chez les jeunes garçons et les jeunes filles au moment de la puberté, changements qui provoquent des transformations physiques, dont l’apparition des poils. Le petit dernier en profite pour souligner le fait que l’aîné, qui a une moustache, est en plein dedans! Tout le monde rit, mais je sens bien qu’on touche à une corde sensible. Plus ça va, plus l’aîné regarde par terre et prie pour que cette conversation finisse au plus vite; le deuxième est mort de rire; et le troisième quitte la table pour aller jouer avec ses camions. Ma-lai-se. Une fois la discussion terminée (elle s’est conclue par: «La pornographie, c’est pas la vraie vie!»), mon chum et moi sommes vidés, et les gamins veulent juste se ruer sur le lecteur DVD pour regarder un film avec Ben Stiller. On est loin de l’explication toute mignonne que j’avais reçue à l’âge de huit ans de ma mère, qui m’avait alors dit comment on fait des bébés: «Tu vois, ma chérie, quand une abeille va polliniser une fleur...» Poétique, certes, mais ça ne m’avait pas beaucoup armée pour ma première expérience au lit... Quand j’étais adolescente, les garçons faisaient leur éducation sexuelle en feuilletant de vieux Playboy. Aujourd’hui, les images auxquelles ils sont exposés sont nettement plus salées qu’avant et faciles à obtenir. Je ne vous apprendrai rien: la technologie a tout changé. On a accès à tout et à son contraire, au meilleur et au pire. Tout a changé. Je dirais même, comme ma collègue Chantal, bouddhiste à ses heures: tout est impermanence. Notre numéro de novembre en témoigne. Ainsi, les héros des téléséries ne sont plus ce qu’ils étaient. Ils sont maintenant affreux, sales et méchants, peut-on lire dans l’article «Les antihéros de la télé». Les hommes acceptent de poser en talons hauts ou avec d’autres accessoires féminins sans craindre le qu’en-dira-t-on, comme on le voit dans le reportage «Le beau sexe», visuellement époustouflant. Et certains créateurs, dont Alexander Wang, nous incitent même à porter des vêtements qui étaient jusqu’ici réservés au gym. Les papas sont plus poules que jamais, et je suis secrètement tombée amoureuse de l’acteur Patrice Godin après avoir lu la magnifique lettre qu’il a écrite à ses filles (p. 99). Bref, tout change. Même notre équipe de rédaction et notre travail. Après m’être occupée pendant trois ans de la section Beauté de ELLE QUÉBEC, je signe ici mon premier édito en tant que rédactrice en chef. Notre équipe, composée de journalistes chevronnés habitués à écrire pour un média imprimé, est de plus en plus présente sur le Web et les médias sociaux grâce au blogue du magazine. D’ailleurs, je vous conseille vivement de lire nos savoureux billets. En revanche, il y a une chose qui, à mes yeux et à ceux de nombreuses lectrices, n’est pas près de changer: c’est le charme fou des gens qui posent pour nos couvertures mois après mois. On le constate encore en regardant la une du présent numéro: Éric Bruneau est beau comme un dieu! Foi de fille qui a assisté à la séance photo, un sourire un peu niais accroché aux lèvres.
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