Société
14 mars 2013

Ça fait rire les oiseaux

Par Chantal Tellier
Elle Québec
Société
14 mars 2013

Ça fait rire les oiseaux

Par Chantal Tellier

[caption id="attachment_5245" align="aligncenter" width="425" caption="Crédit: IStock"] [/caption] Dans notre société atteinte de jeunisme en phase avancée, la mort est l’ultime tabou. Elle détonne. Elle dérange notre planning hyper booké. On se dépêche de faire nos adieux à l’être cher. Le corps a à peine eu le temps de refroidir que déjà il est brûlé. Puis les cendres sont déposées dans une petite urne et la cérémonie est expédiée en moins de deux. Hop! Direction columbarium. Et on passe à un autre appel (ou à un autre texto…). Il n’en a pas toujours été ainsi. J’ai vu comment c’était avant. Avant le « speed-burning» . Non, je ne vous parle pas du temps où le mort était veillé dans sa maison pendant des jours. Je ne suis pas si vieille que ça! Je vous parle de ce qui se passait il y a à peine une vingtaine d’années. J’ai eu le privilège d’assister à un enterrement vintage il y a quelques semaines. Où le défunt, l’oncle d’une amie, reposait dans une tombe, et non dans une urne. C’est impressionnant, une tombe. On ne peut oublier que c’est un corps humain qui se trouve à l’intérieur. La cérémonie se déroulait non pas dans un complexe funéraire ultradesign, mais dans une église (vous savez, ces grands bâtiments qu’on transforme en condos de luxe?). Le village de Lanoraie au complet y était rassemblé pour rendre hommage à Maurice, un des piliers de la communauté. On a même célébré la messe (si, si), une vraie de vraie, où tout le monde savait quand se lever, quand s’asseoir et quand s’agenouiller, quoi dire et quand. C’était surréaliste – je n’avais pas vu ça depuis longtemps – et terriblement touchant de voir tous ces gens partager un même rituel. Qu’ouïs-je? Que cela devait être long? Eh bien, la messe a bien dû durer une heure, peut-être même un peu plus. Mais personne n’a eu envie de twitter. Les seuls gazouillis qu’on a entendus étaient ceux des oiseaux de La Compagnie créole. Car à la demande de Maurice, sa chanson préférée, Ça fait rire les oiseaux, a joué à la fin de la cérémonie. Après avoir pleuré quelques instants plus tôt durant l’hommage que sa nièce et sa petite-fille lui ont rendu, les gens ne pouvaient s’empêcher de taper du pied et de chantonner. Même le prêtre a esquissé quelques pas de danse! Prendre le temps de faire les choses ne rime pas nécessairement avec église et Compagnie créole. À chacun de trouver ce qui lui convient. Mais rappelons-nous qu’à trop vouloir occulter la mort, c’est à la vie elle-même qu’on enlève du sens.
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