Amour et sexe

Relations abusives: 5 signes qui devraient sonner l’alarme

Relations abusives: 5 signes à surveiller

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Relations abusives: 5 signes qui devraient sonner l’alarme

On ne reconnait pas une relation abusive qu'aux coups et aux cris. Pour en savoir plus sur cet épineux sujet, on s'est entretenu avec la psychologue Caroline Cohen. 

Je suis entourée de gens intelligents, forts et indépendants. Pourtant, plusieurs de mes connaissances se sont fait prendre dans les filets d’un partenaire au comportement abusif. Je me considère moi-même comme une fille pas trop niaiseuse, et j’ai pourtant déjà été au coeur d'une tempête relationnelle dont je suis sortie plutôt amochée. A-bu-sif . Le mot fait peur, non? On s’imagine des coups, des cris. Pourtant, c’est souvent beaucoup plus insidieux. La violence peut revêtir plusieurs formes: physique, oui, mais aussi verbale, sexuelle, économique ou psychologique. Et elle peut causer autant de dommages que des poings.

Parce que non, même si la culture populaire tente de nous le faire croire (allô Fifty Shades of Grey!), la jalousie et le contrôle, ce ne sont pas des comportements «cute» ou «romantiques». La passion, ce n’est pas des excès de colère et des cris. L’amour, ce n’est pas d’accepter l’inacceptable. Tout ça, ce sont des comportements malsains et nocifs qui n’ont pas lieu d’être au sein d’une relation amoureuse mature, dans laquelle chacun des partenaires peut trouver la place de s’épanouir.

Pour y voir plus clair, je me suis entretenue avec la psychologue Caroline Cohen (carolinecohen.ca) afin de déterminer quelques-uns des signes qui caractérisent les relations abusives. Évidemment, c’est un sujet complexe qui ne peut être entièrement résumé en cinq points. Mais, quoi qu’il en soit, si vous reconnaissez votre partenaire dans l’une de ces descriptions (ou si vous reconnaissez certains de vos propres comportements) il est certainement temps de vous questionner sur la nature de votre relation.  

Vous êtes peut-être dans une relation toxique...

... si, au départ, c’est trop beau pour être vrai

Les relations abusives, en général, commencent toutes de la même façon; c’est à dire bien. Très bien, même. Un peu comme à la pêche, il faut savoir bien appâter son poisson avant de le faire cuire sur le BBQ. «L’abuseur va d’abord s’assurer de créer un lien, un attachement. Puis, l’abus et la manipulation arriveront de façon très insidieuse et très progressive, affirme Caroline Cohen, psychologue. Cette manipulation peut être consciente ou non, mais elle devient de plus en plus présente dans la relation au fil du temps.» Les débuts de relation, c’est toujours l’fun (ou presque)! Mais si votre nouveau partenaire dit et fait toujours ce qu’il faut, quand il le faut, s’il veut que vous vous engagiez très rapidement, s’il semble toujours vouloir vous faire plaisir, s’il vous couvre d’attentions et de cadeaux, s’il ne se consacre qu’à vous... bref, s’il vous flatte toujours dans le sens du poil, posez-vous quelques questions. Sans être défaitiste, habituellement, quand c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est trop beau pour être vrai!

... si vous acceptez l’inacceptable

Dans une relation abusive, la victime peut, à force d’être manipulée, déresponsabiliser son partenaire et lui pardonner des choses qu’elle ne pardonnerait pas à qui que ce soit, dans un autre contexte. Du manque de respect aux crises de jalousie en passant par le mensonge, les excès de colère, l’infidélité, la consommation problématique et même les coups. «Oui, mais c’est parce qu’il aime fort...», «Oui, mais c’est parce qu’il est vraiment stressé, ces temps-ci...», «Oui, mais c’est parce qu’il n’aime pas quand je...», «Oui, mais c’est parce qu’il est déprimé...»... Si vous vous êtes déjà entendu dire des excuses de la sorte, il y a peut-être un problème au sein de votre couple. «L’abuseur va faire en sorte que, peu importe la situation, la victime porte toujours le blâme, ce qui peut créer beaucoup de culpabilité chez elle. C’est un sentiment extrêmement oppressant et très lourd à porter», observe Caroline Cohen.

... si vous vous sentez constamment dévalorisée  

Si votre partenaire vous critique de façon constante et qu’à ses yeux, vous n’êtes jamais à la hauteur, ça devrait sonner l’alarme. Personne n’est parfait, mais dans une relation saine, les amoureux doivent se tirer mutuellement vers le haut. «Lorsqu’on sent qu’on est toujours moins bon que l’autre, moins intelligent, moins... tout, il y a un problème de dévalorisation qui peut s’avérer problématique», explique Caroline Cohen. La dévalorisation n’est pas véhiculée seulement par les insultes, elle peut aussi être une accumulation de critiques constantes: vous vous êtes mal garé, l’épicerie a couté trop cher, vous êtes revenu du travail trop tard, vous n’avez pas envie d’avoir une relation sexuelle, vous n’êtes pas assez reconnaissant, vous n’avez pas répondu à chacun de ses (trop nombreux) messages textes, vous ne l’écoutez pas assez, vous n’êtes jamais assez ci ou toujours trop ça... Bref, si vous avez l’impression de toujours marcher sur des œufs et d’avoir constamment les nerfs à vif, quoi que vous fassiez, vous devriez vous poser de sérieuses questions. 

... si vous ressentez un grand sentiment de culpabilité

«La manipulation peut être consciente, et c’est alors doublement malsain. Mais, habituellement, le manipulateur n’a pas conscience de ce qu’il fait endurer à sa victime. Ça lui vient de façon naturelle, c’est ainsi qu’il fonctionne, explique Caroline Cohen. Ainsi, il se déresponsabilisera beaucoup et tentera d’expliquer ses comportements en faisant porter le blâme à sa victime.» L’abuseur n’est pas jaloux, c’est «vous qui flirtez avec d’autres personnes derrière son dos». Il n’est pas possessif, c’est «vous qui ne lui donnez pas assez d’attention lorsque vous êtes sortie». Il n’est pas violent, c’est «vous qui avez réussi à l’énerver». Il n’est pas menteur, c’est «vous qui n’êtes pas assez à l’écoute». Il n’est pas infidèle, c’est «vous qui ne réussissez pas à combler ses besoins»... Ce comportement, en plus d’être débilitant et toxique, peut mener à une perte totale de confiance en soi et à un sentiment de culpabilité tenace chez la victime, qui se sent constamment inapte à combler les besoins de l’autre. Une relation, ça se bâtit et ça s’entretient à deux. Si votre partenaire essaie de vous faire croire que tout ce qui cloche dans votre vie à deux est de votre faute, il y a décidément un problème. 

... si vous ne vous sentez pas libre de faire ce dont vous avez envie   

Être à deux, c’est faire des compromis. Cependant, dans un couple sain, chacun des partenaires peut s’épanouir de son côté, tant dans sa vie sociale que professionnelle. «Dans une relation abusive, la victime ne se sent pas libre de faire ce qu’elle veut, même si les interdits ne sont pas clairement dits. C’est un contrôle qui s’installe de façon insidieuse.» Si vous commencez à arrêter de faire ce qui vous plaît pour ne pas énerver votre partenaire, ou si vous ressentez le besoin de lui mentir sur certaines de vos activités quotidiennes, vous foncez droit dans le mur. Quelques exemples:

  • Le patron vous demande de faire des heures supplémentaires, mais vous savez que votre partenaire vous accusera tout de suite d’avoir des relations sexuelles avec l’un de vos collègues si vous restez plus tard au bureau, alors vous refusez. 
  • Vos amis sortent pour un 5 à 7, mais vous savez que si vous y allez, vous aurez droit à une pluie de messages textes anxieux et à une crise de colère dès votre retour à la maison, alors vous passez votre tour en prétextant être fatigué.
  • Un collègue vous envoie un innocent message sur Facebook mais vous le supprimez tout de suite, de peur que votre partenaire ne le voie et pique une crise de jalousie.
  • Etc.

Si vous sentez que la plupart de vos décisions sont prises en fonction des réactions de votre partenaire, et que vous vous sentez de moins en moins autonome dans vos actions, il serait sage de remettre votre relation en question.

S'extirper d’une relation abusive, c’est tout le contraire que d’y entrer: c’est difficile. La manipulation peut prendre des proportions beaucoup plus grandes (violence, menaces de suicide, etc.), ce qui rend le départ d’autant plus complexe et émotionnellement confus.  La culpabilité peut suivre les victimes pendant longtemps. Les abuseurs peuvent continuer leur mind games par tous les moyens possibles et imaginables (surtout aujourd’hui, avec Facebook, Instagram, les courriels, etc.). Mais, au final, quand on sort d’une relation du genre, on dort mieux. On vit mieux. On respire mieux. Et on n’a pas envie de revenir en arrière. Parce que personne — per-son-ne — ne mérite qu’on mette en péril notre paix d’esprit et notre santé mentale. Même pas par amour. 

Pour en savoir plus sur les relations abusives ou si vous vivez de la violence conjugale et que vous avez besoin d’aide, cliquez ici.

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