Amour et sexe
2 juil. 2014

La vérité derrière nos «je t’aime»

Par Marie-Claude Élie Morin

Tim Zaragoza / thelicensingproject.com Auteur : Elle Québec Crédits : Tim Zaragoza / thelicensingproject.com

Amour et sexe
2 juil. 2014

La vérité derrière nos «je t’aime»

Par Marie-Claude Élie Morin
Marlène croyait, en tombant amoureuse de Simon, qu'ils cherchaient tous deux la même chose dans le couple. Pour Marlène, «je t'aime» signifiait «tu es l'âme soeur avec qui je veux partager mes pensées les plus intimes, bâtir des projets à long terme, fonder une famille et passer des étés à la campagne». Simon, pour sa part, lui répondait «moi aussi» en croyant qu'il avait trouvé, oui, une complice à qui ouvrir son coeur, mais surtout une copilote qui serait toujours partante pour l'accompagner dans une aventure nouvelle, que ce soit un weekend impromptu à San Francisco ou un tango amateur dans un parc, sans trop penser à demain. On devine la suite: Marlène a fini par être déçue du manque d'engagement de Simon, qui, de son côté, en est venu à trouver que son quotidien avec Marlène manquait sérieusement de piquant.

Marlène et Simon sont des personnages fictifs, mais ils ressemblent beaucoup aux centaines de couples observés au fil des ans par Robert J. Sternberg, professeur de psychologie à l'université Cornell, dans l'État de New York, reconnu comme un des théoriciens de l'amour les plus influents d'Amérique du Nord. Et surtout, ils incarnent parfaitement les fausses croyances que nous entretenons à propos du sentiment amoureux.

Passion ou engagement?

Comme l'explique Robert J. Sternberg, quand on échange des «je t'aime», on tient pour acquis que ces mots ont la même signification pour l'être aimé que pour nous. Or, les recherches en psychologie révèlent qu'on a souvent tout faux et que cela mène à bien des relations insatisfaisantes.

Couple: partagez-vous le même idéal de l'amour?

Selon le chercheur, l'amour serait constitué de trois pôles: l'intimité, la passion et l'engagement, d'où la théorie du «triangle de l'amour». Le pôle de l'intimité englobe par exemple l'amitié, la confiance, la communication, l'attachement et l'empathie. Celui de la passion comprend l'exaltation, l'excitation et l'attraction irrésistible qu'on ressent envers quelqu'un. Enfin, celui de l'engagement implique le désir de maintenir la relation à long terme, et peut-être même pour toujours.

 

Sans ces trois éléments, il n'y a pas d'amour possible. Toutefois, comme les ingrédients d'une recette, ils peuvent se décliner de plusieurs façons et donner des résultats différents. Par exemple, une grande part d'intimité et d'engagement avec une faible dose de passion, ça donne un «amour compagnonnage». À l'inverse, une grande passion conjuguée à un fort engagement mais à peu d'intimité est qualifiée «d'amour fou». Et de la passion mêlée à beaucoup d'intimité mais à un faible engagement? Ça crée un «amour romantique». Enfin, une relation où les trois composantes sont fortes et équilibrées est considérée comme «complète» ou «accomplie », donc pas loin de la perfection.

Le hic, c'est que l'amour se joue à deux et que, en fonction de son histoire familiale et de sa personnalité, chacun accorde une importance différente à l'intimité, à la passion et à l'engagement dans une relation. «Même sans connaître cette théorie, la plupart des individus savent à peu près où ils se situent par rapport à chacune des pointes du triangle. Par contre, ils ont souvent de la difficulté à identifier les préférences de leur partenaire», explique Robert J. Sternberg.

> Dépendance affective: la clé du couple?

Il est en effet assez rare que les tourtereaux se posent des questions explicites sur le sujet en début de relation. «Toi, tu préfères l'intimité ou l'engagement?» se demande plutôt mal autour d'une bière, à la deuxième date...

Le spécialiste du couple remarque aussi que nous avons tendance à choisir notre partenaire en fonction surtout de son apparence physique et des intérêts et des croyances qu'il a en commun avec nous. Aux yeux de la plupart des gens, un joli minois et une passion partagée pour le ski, par exemple, auraient plus de poids que des aspirations profondes communes. «Mais après un certain temps, dit-il, si les triangles de chacun sont trop différents, la relation se détériore, car les deux partenaires s'aperçoivent qu'ils ne recherchent pas la même chose.»

Il faut aussi savoir que, en général, l'importance que prennent la passion, l'engagement et l'intimité dans le couple fluctue au fil du temps. La passion étant la variable la plus susceptible de s'émousser, faut-il en faire le deuil? «Pas nécessairement, affirme le chercheur. Les couples qui fonctionnent à long terme sont ceux qui sont prêts à faire des efforts pour maintenir un certain degré de passion. On peut transformer la passion initiale en une passion plus profonde - quelque chose de plus grand qu'une sexualité torride. Il s'agit de se sentir enthousiaste à l'idée qu'on ne pourrait pas vivre la même relation avec quelqu'un d'autre.» Une bonne nouvelle, non?

L'amour au quotidien

Nos besoins et nos désirs inconscients ne sont pas les seuls garants du succès de notre couple. Il y a aussi nos comportements qui comptent, au-delà de la théorie du triangle de l'amour. Le psychologue et spécialiste du couple Robert J. Sternberg définit quatre attitudes - à la portée de tous - qui prédisposent à des amours heureuses:

  • Accepter que la relation évoluera au fil du temps; qu'elle ne restera pas toujours comme au début.
  • Avoir la volonté d'accepter son partenaire comme il est plutôt qu'essayer de le changer.
  • Être prêt à chercher des terrains d'entente et à faire des compromis.
  • Apprendre à se concentrer sur les aspects positifs de la relation au lieu de s'attarder aux choses qui nous déplaisent.

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