Amour et sexe

L’âme soeur existe-t-elle?

Istock.com Photographe : Istock.com Auteur : Elle Québec

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L’âme soeur existe-t-elle?

L'âme soeur: un mythe?

Est-ce le bon? Est-ce la bonne? De nos jours, cette angoissante question taraude toutes les personnes qui se lancent dans une relation amoureuse - et aussi, parfois, celles qui sont déjà en couple! Derrière cette quête de la «bonne personne» apparaît un mythe vieux comme le monde: celui de l'âme sœur, une âme qui répondrait à toutes nos attentes. Si certains chanceux ont trouvé cette perle, d'autres consacrent leur vie à la chercher.

Mais existe-t-elle vraiment? Se pourrait-il qu'elle ne soit qu'une chimère, douce mais nuisible? Dans son nouveau livre, Tout pour plaire... et toujours célibataire - Rencontrer l'amour (Albin Michel), qu'elle a écrit avec la journaliste Sophie Guillou, la psychanalyste Sophie Cadalen explore ce mythe fascinant et nous aide à mieux comprendre pourquoi tant de gens multiplient les relations sans lendemain. Entrevue.

 

Le mythe de l'âme sœur est-il plus présent aujourd'hui qu'autrefois?

En raison de la très grande liberté de choix qui caractérise l'époque actuelle, le désir de trouver le conjoint «idéal» est amplifié chez plusieurs personnes. Auparavant, le mariage était une institution qui ne laissait pas de place aux sentiments. Aujourd'hui, la possibilité de choisir à loisir son partenaire ravive l'obsession pour la «bonne personne». Le succès des sites de rencontres, sur lesquels on se livre à un véritable casting amoureux, en témoigne. Cette liberté constitue un progrès indéniable, mais c'est aussi la source de beaucoup d'angoisse. Certaines personnes s'engagent dans une quête compulsive et elles ne peuvent plus être satisfaites.

Lire la suite: Le risque à vivre dans la recherche de l'âme soeur

 

La recherche du conjoint idéal n'est cependant pas nouvelle. Dans Le banquet, Platon raconte un mythe qui remonte à des temps immémoriaux et est présent dans les littératures du monde entier: jadis, les humains, munis de quatre bras et de quatre jambes, jouissaient d'une force extraordinaire. Mais pour avoir défié les dieux, ils ont  été condamnés à être coupés en deux. Depuis, ces pauvres créatures tentent de retrouver leur moitié perdue, de mettre la main sur cette pièce unique du puzzle qui aurait le pouvoir de les délivrer de l'insatisfaction chronique dont souffre leur âme...        

Comment expliquer cet état de manque?

L'être humain est fondé sur le manque. C'est ce qui lui permet d'éprouver du désir: désir sexuel, désir d'être vivant, de faire de nouvelles expériences. Le meilleur exemple est l'appétit: on ne peut le ressentir que s'il y a un vide en nous.

Le problème, c'est que ce manque nous terrifie aussi. En fait, on oscille constamment entre l'instinct de conservation et l'instinct de vie, entre le désir de ne plus bouger et celui de nous jeter dans la mêlée. Le fantasme de l'âme sœur, c'est l'envie de trouver  le partenaire qui nous remplirait une fois pour toutes, pour qu'on ne souffre plus, qu'on ne tangue plus sur les vagues du désir.

Est-ce un désir compréhensible?

Oui, mais il est malheureusement impossible à combler. À trop rêver de l'âme sœur, on adopte une posture figée, presque mortifère. On attend une concordance parfaite, un amour pour toujours, ce qui est contraire à la vie qui, elle, est mouvement. Une relation réclame des efforts, se transforme. En croyant en l'âme sœur, on est à l'abri de l'idée de mouvement. On se dit qu'on réussira à reconnaître l'autre personne, qu'on s'accordera avec elle et qu'on vivra dans une entente perpétuelle pour la vie. Ça excite nos fantasmes les plus profonds: atteindre une rassurante immobilité, ne plus se poser de questions.

Quel risque court-on à vivre dans la recherche perpétuelle de l'âme sœur?

Celui de passer à côté d'une histoire sentimentale bien réelle! L'âme sœur est parée de toutes les vertus: elle nous donnerait de la force, nous comprendrait, nous complèterait. Évidemment, personne ne peut remplir ces fonctions-là. D'où le risque d'une amère désillusion quand on vit une histoire d'amour concrète. En outre, quand on attend l'âme sœur, on ne se place pas dans une position active, mais passive. On espère que le résultat sera tel qu'on l'a imaginé... et on oublie que l'autre ne peut pas se conformer à nos attentes. Alors qu'une relation authentique perturbe les idées qu'on se faisait de nous-mêmes, de l'amour. Ainsi, on imagine souvent que la rencontre sera facile. En fait, ce n'est pas du tout évident. Quand deux personnes commencent une histoire d'amour, il y a souvent des résistances qui surgissent. «Ce n'est pas le bon moment, cette personne n'est pas faite pour moi, cette relation ne marchera jamais», se met à penser un des conjoints.

Vous voulez dire qu'on ne tombe pas forcément amoureux de la personne dont on rêve...

Tout à fait. Il y a un fossé énorme entre celle qu'on croit vouloir et celle qu'on choisit. Il nous est tous arrivé de nous faire dire: «Je connais quelqu'un de parfait pour toi!» et de constater, lorsque la rencontre a finalement eu lieu, qu'il ne s'est rien passé. Puis, on finit par vivre une vraie histoire d'amour, mais avec la personne la plus inattendue qui soit.

Répétons-le: une relation amoureuse vient toujours nous déranger. Elle se déroule autrement que prévu. Notre partenaire n'est pas celui dont on avait rêvé, on ne se comporte pas comme on s'attendait de le faire. Normal: c'est davantage notre inconscient que notre être conscient qui le choisit.

Lire la suite: Trouver la bonne personne

Trouver la bonne personne

Pourquoi dites-vous que la quête de la «bonne personne» nous fige dans une identité statique?

On se fait toujours une idée assez précise du conjoint idéal. Le portrait type qui s'en dégage correspond finalement à l'image qu'on a de nous-mêmes. Du moins, à ce moi qu'on croit être. Car, comme l'a dit Freud, il n'y a pas plus inconsistant que notre moi. Chaque personne se voit d'une certaine façon, et il suffit d'un rien pour qu'elle se découvre différente. Si elle se considère comme un bloc parfaitement défini,  ayant des goûts et des dégoûts très précis, elle ne pourra pas être disponible, comme le requiert l'aventure amoureuse. Dans une rencontre véritable, chacun des partenaires découvre des choses inattendues sur lui-même. Par exemple, l'un se croit fantasque, artiste, alors que sa partenaire l'aime parce qu'il est rassurant, stable. Ou encore, l'une tire fierté de son sérieux, alors que son partenaire dit que c'est sa drôlerie qui le séduit! En fait, personne n'est aimé pour les raisons pour lesquelles il croit être aimable.

 

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui fonctionnent par casting, qui disent: «Il me faut quelqu'un comme ceci, comme cela...»

Déjà, l'expression «il me faut» ne convient guère au mouvement de l'amour, qui  met à bas tous les «falloir», toutes les idées préconçues. Ce «il me faut» empêche d'entendre ce dont on a envie, envie qui s'oppose toujours, de façon plus ou moins subversive, à ce qu'on pense vouloir. Aussi, faut-il être très à l'écoute de ce qu'on éprouve, ce qui constitue une tâche parfois très ardue. Porter attention au plaisir qu'on ressent, là, maintenant, avec la personne aimée, même si elle nous hérisse, même si elle incarne l'inverse de nos valeurs. Éviter de dire: «Oui, elle est sympa, mais je ne vais quand même pas passer ma vie avec elle...» Pourquoi ne pas se concentrer sur le présent, oublier les anticipations? Si on commençait déjà par voir comment se déroule la journée au lieu de se demander si on va pouvoir vieillir ensemble...

C'est le plus difficile quand débute une relation: freiner les projections, les comparaisons, les évaluations. Essayer de conserver de la curiosité pour l'autre. Car, malgré toutes les défenses qui se dressent en notre for intérieur, si cet autre a suscit notre intérêt, c'est qu'il y a là quelque chose à explorer. Qu'importe si ça ne mène pas au mariage. Ça peut nous entraîner ailleurs. Un petit bout d'aventure peut déboucher sur une plus grande...

 

 

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