Amour et sexe
30 sept. 2010

«Je suis tombée amoureuse en voyant ses yeux dans le rétroviseur»

Par Marie-Claude Marsolais

Soledad Auteur : Elle Québec Crédits : Soledad

Amour et sexe
30 sept. 2010

«Je suis tombée amoureuse en voyant ses yeux dans le rétroviseur»

Par Marie-Claude Marsolais

Le 1 juillet 2006, à 1 h du matin, j'étais dans une voiture de police. Je venais de heurter un chevreuil sur une autoroute de la Rive-Sud de Montréal. En réponse à mon appel d'urgence, deux agents de police étaient venus sur les lieux de l'accident et m'avaient demandé de m'installer sur la banquette arrière de leur véhicule, le temps de prendre ma déposition.

Pendant que le policier occupant le siège du passager recueillait mon témoignage et remplissait un rapport, je regardais son collègue assis derrière le volant. Tout ce que je pouvais voir, c'étaient ses yeux dans le rétroviseur. À part les quelques blagues qu'il avait lancées pour m'apaiser après l'accident, il ne m'a quasiment pas adressé la parole. Il ne s'est pas non plus retourné vers moi. Seuls nos yeux se croisaient dans ce fameux rétroviseur et, bizarrement, c'était assez pour me charmer.

Pourtant, je n'avais pas le coeur à flirter. Mon père était mort subitement quelques mois plus tôt, et je revenais du quarantième anniversaire de mariage de ma tante. Cette soirée familiale m'avait rendue un peu triste.

Malgré mon humeur mélancolique, ou peut-être justement à cause de celle-ci, la force tranquille que ce policier exprimait, dans son regard et dans sa voix, me rassurait et m'attirait. À un moment, j'ai eu envie de lui glisser mon numéro de téléphone dans le porte-document qui traînait sur la banquette. Je ne l'ai pas fait. Je me suis dit que l'émotion qui me submergeait quand je regardais cet inconnu était sans doute un effet secondaire de l'accident, qui m'avait ébranlée. L'entretien s'est terminé, et je suis retournée à ma voiture pour rentrer chez moi, à Montréal.

 

Les jours ont passé. De temps en temps, je repensais au regard du policier, sans plus. Et puis, un mois après l'incident, j'ai rêvé de lui. Pourquoi ce songe m'a-t-il marquée? Je ne saurais le dire, surtout que je ne me souvenais pas vraiment de son contenu... Tout ce que je sais, c'est que j'en ai conclu qu'il fallait absolument que je revoie cet homme. J'étais consciente du fait que ma démarche était plutôt inusitée et pas très raisonnable: il s'agissait d'un étranger, et je n'avais vu que le reflet de ses yeux dans un miroir! N'empêche... J'ai décidé d'écouter mon coeur et de partir à sa recherche.

Je ne connaissais pas son nom, mais j'avais la carte professionnelle de son collègue André, qui avait pris ma déposition. J'ai donc téléphoné au poste de police pour communiquer avec lui. Il n'était pas là. J'ai alors demandé qu'on me transfère à son coéquipier, dont j'ignorais le nom. La réceptionniste m'a répondu que les équipes de patrouilleurs changeaient fréquemment et qu'il lui était difficile d'identifier la personne que je souhaitais retracer.

Au lieu de laisser tomber, j'ai insisté. J'ai dit que je voulais joindre le collègue avec lequel André travaillait le plus souvent. «Dans ce cas, il s'agit peut-être de Christophe. Il arrive au bureau à 15 h. Voulez-vous lui laisser un message?»

Sans savoir si Christophe était le policier qui m'avait charmée, je lui ai laissé un message, lui demandant de me rappeler. À 15 h 05, mon téléphone a sonné. C'était lui! Afin d'être certain de mon identité, il m'a demandé quel type de voiture je conduisais, et nous sommes revenus brièvement sur les détails de l'accident avec le chevreuil. Pas de doute, Christophe était bel et bien l'homme que je cherchais!

Je lui ai dit que je l'appelais à titre personnel: «J'aimerais t'inviter à dîner.» Il a d'abord eu l'air surpris de ma proposition, puis m'a répondu qu'il avait une conjointe. J'avoue avoir été déçue, même si j'avais envisagé cette possibilité. Puis nous avons parlé un peu, de tout et de rien, et avant de raccrocher, j'ai lancé: «On ne sait pas ce que l'avenir nous réserve. Si tu changes d'idée, appelle-moi.»

Christophe ne m'a pas confié grand-chose au cours de notre conversation. Il a surtout omis de me révéler quelques éléments importants de sa vie, dont le fait que sa conjointe et lui étaient en pleine rupture. Drôle de hasard, elle a quitté la maison la semaine même où j'ai téléphoné à Christophe. Il ne m'a pas dit non plus que, le soir de l'accident, lorsque j'étais retournée à ma voiture après avoir fait ma déposition, il avait avoué à son collègue que j'étais son type de femme. J'ai su plus tard que, au lieu de me raconter tout ça, il avait préféré s'accorder du temps pour mettre un terme à sa relation.

Les mois ont passé. Fidèle à moi-même, je collectionnais les relations désastreuses et remplies de mensonges avec des hommes qui ne voulaient pas s'engager. Et puis, un soir de décembre, le vent a tourné. Quand je suis revenue du boulot, il y avait un message particulier sur mon répondeur. «Si ton invitation tient toujours, j'aimerais bien te rencontrer.» Quelle surprise! C'était Christophe qui téléphonait après cinq mois de silence. J'étais tout excitée!

Je l'ai rappelé, et nous avons convenu de nous voir le samedi soir suivant. J'étais très curieuse de faire sa connaissance. Après tout, c'était une sorte de blind date, car Christophe était un inconnu pour moi. Je n'avais vu que ses yeux, il y avait déjà des lustres de ça. D'ailleurs, le soir de notre rencontre, je ne l'ai même pas reconnu! Pas plus qu'il ne m'a reconnue. Il s'attendait à voir une fille aux cheveux bouclés, alors que les miens sont ultraraides.

À notre premier rendez-vous, nous étions tous les deux un peu intimidés. Ça ne nous a pas empêchés de beaucoup parler. Nous nous sommes présentés l'un à l'autre, et j'ai découvert que Christophe n'était pas du tout le type de gars que je fréquentais habituellement. Il était plutôt strict, autant dans son habillement que dans son mode de vie. Propriétaire d'une maison sur la Rive- Sud de Montréal, il n'avait aucune envie de s'établir en ville. De son côté, il a constaté que j'étais du genre bohème. J'étais serveuse dans un bar à temps partiel et je travaillais aussi dans le domaine de la mode; je n'avais pas une vie très rangée et je n'étais pas prête à quitter mon cher Plateau-Mont-Royal. Quoi qu'il en soit, ça été une soirée réussie. Sans avoir eu le coup de foudre, je me suis sentie bien avec lui. Il était terre-à-terre et authentique. Ça me changeait des artistes torturés que je côtoyais généralement. À la fin de la soirée, nous avons convenu d'un autre souper, puis il est rentré chez lui.

De fil en aiguille, les rendez-vous sont devenus réguliers. Nous avons appris à nous connaître en profondeur et à nous apprécier. Tout s'est fait lentement, mais sûrement.

Quatre ans ont passé depuis l'incident du chevreuil, et je suis encore surprise par cette histoire, qui est pourtant la mienne. Grâce à Christophe, j'ai enfin abandonné mes amours tumultueuses. Pour la toute première fois, je profite d'une vie de couple simple, sans ambigüité ni mensonge. J'habite encore sur le Plateau-Mont-Royal, et lui, dans sa maison à la campagne, et nous sommes parfaitement bien ainsi.

Je suis heureuse d'avoir fait l'effort de retracer Christophe. Je suis surtout contente d'avoir osé aller vers un homme aux antipodes de ceux que j'avais fréquentés auparavant et qui me rendaient si malheureuse. Nous sommes très différent l'un de l'autre, mais je me vois tout à fait vieillir auprès de Christophe. Je suis quelqu'un de spirituel, d'émotif. Lui, c'est un homme de raison, très cartésien. Ensemble, nous atteignons un équilibre parfait. Nous avons le coeur et la tête, quoi! Nous avons surtout, qu'importe nos différences, un immense respect l'un pour l'autre. N'est-ce pas la clé d'une relation saine?

Et puis, il y a notre passion commune pour la voile qui nous rapproche. Nous prévoyons, d'ici quelques années, faire le tour du monde en parcourant les océans. Notre histoire a commencé dans une voiture de police; elle se poursuivra sur un voilier, dans les Caraïbes et dans mille autres endroits exotiques. Dire que j'aurais pu passer à côté de ce conte de fées si je ne m'étais pas écoutée!

 

Vous vivez une histoire particulière et aimeriez la partager avec nos lectrices? Un journaliste recueillera votre témoignage. Écrivez à Kenza Bennis, ELLE QUÉBEC, 2001, rue University, bureau 900, Montréal (Québec) H3A 2A6. Courriel: kbennis@ellequebec.com.

 

 

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