Amour et sexe

«Je me mariais pendant que ma soeur mourait»

Istockphoto.com Photographe : Istockphoto.com Auteur : Elle Québec

Amour et sexe

«Je me mariais pendant que ma soeur mourait»

Quand mon amoureux m'a demandé de l'épouser en janvier 2009, ma soeur, Noémi, était presque plus excitée que moi. Ce n'était pas étonnant, nous avions toujours été très complices toutes les deux. De nous trois, mon frère aîné, elle et moi, c'était elle qui déplaçait le plus d'air, qui prenait le plus de place. Il n'empêche que je souhaitais la voir s'impliquer autant qu'elle le voulait dans mon mariage. Elle, ma mère et moi nous sommes donc plongées dans les préparatifs. Noémi était à mes côtés pendant le moment le plus magique: le choix de ma robe. Il fallait la voir. Elle était tellement emballée par cette robe qui m'allait comme un gant! Elle disait qu'elle n'avait qu'une hâte: me voir la porter dans l'allée de l'église. Hélas, elle a été la première à se rendre à l'église, dans un cercueil, deux petits mois à peine avant mes noces.

Pourtant, au moment de la grande demande, rien ne laissait présager un tel scénario. Ma soeur était en rémission complète d'un cancer du col de l'utérus, qui avait été diagnostiqué en février 2008.

Elle n'avait que 27 ans à l'époque, et elle avait trouvé le diagnostic de cancer difficile à encaisser. Noémi était déboussolée. De mon côté, je ne supportais pas de la voir aussi abattue. Mais dans notre famille, nous sommes très positifs. Elle a donc suivi tous ses traitements de chimiothérapie en étant convaincue qu'elle guérirait. Elle avait raison. En août 2008, les médecins le lui ont confirmé. Enfin, cette mauvaise passe était terminée! Sa maladie n'avait été qu'un fâcheux accident de parcours, et les choses reprenaient leur cours, tout simplement.

 

Noémi a donc recommencé à profiter de la vie. Elle était heureuse de sa carrière de météorologue et elle avait un chum qu'elle adorait. Elle l'avait rencontré trois mois avant d'apprendre qu'elle avait le cancer. Il l'avait grandement soutenue. Ensemble, ils filaient le parfait amour et, en octobre 2009, ils ont fait leur premier voyage en couple. Destination: la Californie!

Malheureusement, l'escapade a pris fin abruptement: ils ont dû revenir d'urgence. La raison? Noémi s'était rendue dans un hôpital californien parce qu'elle avait de douloureux maux de tête: elle avait alors appris qu'elle souffrait d'un cancer au cerveau et au poumon. Le choc! Lorsque j'ai appris la nouvelle, je me suis sentie anéantie. Et, bizarrement, j'étais aussi un peu fâchée. J'en voulais à sa maladie d'être revenue alors que je préparais mes noces. Ce sentiment n'a toutefois pas duré. J'étais sincèrement et profondément peinée. Si bien que j'ai décidé d'annuler mon mariage, prévu pour juin 2010. Je me sentais incapable de vivre tout à la fois un si grand moment de bonheur et un si grand moment de tristesse. Aux yeux de ma soeur cependant, il était hors de question que j'annule! Elle me l'a même fait promettre. «Quoi qu'il arrive, ça sera le plus beau jour de ta vie», m'a-t-elle dit.

Loin de baisser les bras, Noémi a affronté les deux opérations qui l'attendaient. Deux interventions difficiles, mais réussies. En moins d'un mois, on lui a enlevé la tumeur au cerveau et on a procédé à l'ablation de son poumon. Nous avons pu célébrer Noël 2009 en famille. J'étais loin de me douter qu'il s'agissait des dernières Fêtes de ma soeur... Comme elle avait entamé des traitements de radiothérapie et qu'elle avait une attitude positive face à la maladie, je me disais que son cancer ne serait bientôt plus qu'un autre mauvais souvenir.

En janvier, les préparatifs battaient leur plein. Il ne me restait que six mois avant le grand jour. Il fallait trouver les robes des demoiselles d'honneur, dont celle de Noémi. Bien qu'exténuée par l'ablation de son poumon et ses traitements, celle-ci nous a accompagnées au cours de notre virée de magasinage. Et elle a fini par dénicher une tenue très originale. Elle allait être magnifique à mes noces!

Mon enchantement n'a toutefois pas duré. Quelque temps après, Noémi a passé de nouveaux scans en attendant de commencer ses traitements de chimiothérapie. On a diagnostiqué des tumeurs au foie. Pire, sa tumeur au cerveau était revenue. À la mi-février, son oncologue lui a annoncé que rien ne pourrait la guérir. C'est ce jour-là que nous avons appris qu'elle allait mourir. Mais personne ne savait quand. C'était d'autant plus difficile à dire qu'elle paraissait relativement bien à ce moment-là. Serait-elle des nôtres en juin pour mon mariage? Je lui ai envoyé un faire-part tout en sachant qu'elle risquait de ne pas y être. C'était un sentiment horrible.

Peu de temps après, en mars, Noémi a dit qu'elle n'en pouvait plus. Elle voulait être admise aux soins palliatifs. Ç'a été, je crois, le moment le plus difficile, car la prochaine étape, c'était la mort. Sur le coup, j'ai été fâchée contre elle. J'aurais tant voulu qu'elle se batte encore!

Je visitais régulièrement ma soeur. On parlait beaucoup, et je lui faisais le compte rendu des préparatifs. Ça lui changeait les idées. Et moi, je dois avouer que d'être si occupée m'aidait grandement à calmer ma peine. Je me demandais toutefois si les gens allaient penser que j'étais égoïste de me marier tandis que ma soeur était mourante. Mon copain, hyper compréhensif, m'a souvent proposé de repousser la date si je le souhaitais. Mais j'ai toujours respecté le voeu le plus sincère de ma soeur: les noces devaient avoir lieu fin juin, quoi qu'il advienne. À ce stade, je savais toutefois qu'elle ne serait pas de la fête. Soit elle ne serait plus de ce monde, soit elle n'aurait plus la force de quitter sa chambre d'hôpital. Je me suis résignée à annuler l'achat de sa robe, qui venait d'arriver au magasin. «Pour quelle raison?» m'a demandé la vendeuse, cassante. «Une de mes demoiselles d'honneur va mourir», ai-je répondu.

Pendant que je préparais mon mariage, ma soeur préparait donc ses funérailles. Elle choisissait l'église (la même que celle où mes noces allaient avoir lieu), le genre de cérémonie... C'est fou comme l'organisation de funérailles ressemble à celle d'un mariage...

Le 25 avril 2010, Noémi s'est éteinte, entourée de mes parents, de son amoureux, de mon fiancé et de moi. C'était un superbe dimanche matin. Ç'a été comme une délivrance: enfin, elle allait être libre, et la vie reprendrait son cours normal. Elle a eu de belles funérailles. L'église était pleine à craquer. C'était étrange: je savais que j'allais me retrouver dans le même lieu deux mois plus tard, entourée quasiment des mêmes personnes, du même curé et de la même chanteuse, ma belle-soeur.

Évidemment, j'aurais préféré que ma soeur ne meure jamais. Mais je me dis que son départ est survenu au moins mauvais moment. Elle aurait pu être aux soins palliatifs pendant mon mariage. Je n'arrive pas à imaginer comment nous aurions pu vivre ça. Nous aurions été incapables de nous amuser pendant que ma soeur s'éteignait dans sa chambre. En partant deux mois plus tôt, elle nous a donné l'impression de nous quitter quand il le fallait, pour me laisser toute la place pour mon grand jour.

J'ai eu des noces magnifiques. J'ai senti Noémi à mes côtés toute la journée. D'abord le matin, lorsque ma mère m'a remis une carte que Noémi avait écrite avec l'aide d'une infirmière. «Je serai ton petit ange gardien, qui veillera sur toi, ma soeurette adorée. Ton ange et soeur qui sera toujours là. Je t'aime.» Ç'a été un grand moment d'émotion; j'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, et ça m'a donné une grande force pour profiter pleinement de mon mariage. Noémi m'avait promis qu'il s'agirait de la plus belle journée de mon existence. Elle avait raison. Contrairement à ce qu'on aurait pu croire, ç'a été un évènement rempli de vie et de bonheur. Les gens avaient le goût d'avoir du plaisir, de profiter de la vie, d'aimer, comme ma soeur l'aurait souhaité.

Aujourd'hui, moins d'un an après sa mort, j'ai décidé d'être heureuse. Et en choisissant le bonheur, j'accomplis ses dernières volontés. Elle n'est peut-être plus là physiquement, mais elle est à tout jamais dans mon coeur.

Vous vivez une histoire particulière et aimeriez la partager avec nos lectrices? Un journaliste recueillera votre témoignage. Écrivez à Martina Djogo, ELLE QUÉBEC, 2001, rue University, bureau 900, Montréal (Québec) H3A 2A6. Courriel: mdjogo@ellequebec.com.

 

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