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Semaine de mode de Montréal: les tendances printemps-été 2009

Elle Québec
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Semaine de mode de Montréal: les tendances printemps-été 2009

JOUR 2 : Caroline Néron et un designer anti-mode

Quand on est un jeune designer pas très connu et qu'on présente sa collection dans le showroom du Marché Bonsecours pendant la Semaine de la Mode, les chances d'attirer les médias sont minces. Sans défilé: pas de journalistes. Et pour avoir un défilé, il faut allonger les sous. Naco de Paris a quand même réussi à se débrouiller: il a organisé un mini-défilé en pleine rue complètement à l'improviste, avec quelques-uns de ses amis comme modèles. Et il a rajouté une petite formule choc pour être certain de piquer la curiosité : il est « anti-fashion », affirme-t-il.
Photo: l'anti-défilé de Naco de Paris


Simple, mais efficace : il y avait au moins cinq photographes et un caméraman qui mitraillaient de leurs objectifs la joyeuse bande d'amis en caleçons rayés, lunettes de soleil et pancartes gribouillées à la main. « À Paris, faire un défilé coûte très cher, m'a-t-il expliqué plus tard quand je lui ai demandé d'où venait le concept. La rue, c'est gratuit et c'est plus drôle. Pour moi, la mode doit être une histoire de bande d'amis. Pas juste une énorme machine de marketing… »

Photo: un jeune homme en Naco.

Et les vêtements, dans tout ça? J'ai vu des caleçons rayés, des couleurs fluo, des leggings à pois et des t-shirts à logo. Le parfait ensemble du clubbeur dans la vingtaine. C'est Naco lui-même qui le décrit le mieux : «C'est minimaliste avec une punk attitude. »

Photo : Naco de Paris, le designer qui n'aime pas la mode


Caroline Néron
Vers 18h00, je suis allée voir la collection de bijoux de Caroline Néron un peu à reculons. Une heure plus tard, j'étais agréablement surprise. Une chose est sûre : Caroline Néron connaît le showbiz et sait comment monter un bon spectacle. Pour présenter chacune de ses collections intitulées Cléopâtre, La Baronne et Cabaret, des danseuses professionnelles et des mannequins se relayaient pour former des tableaux vivants. Et pour une fois, tout le monde se prenait au jeu. Les mannequins ne défilaient plus à toute vitesse l'air neutre et hyper sérieux, elles se transformaient en nouvelle Cléopâtre ou en baronne décadente, parées de longs sautoirs brillants en argent et en cristal Swarovski.

Photo: Collection Cléopâtre de Caroline Néron

Le clou du spectacle... Quelques chihuahuas et un pug! Portées par les mannequins et accessoirisées des mêmes colliers que leurs maîtresses, les petites bêtes braquaient des regards complètement terrorisés sur l'audience. Je ne sais pas si vous avez déjà vu un Pug orné d'un tour de cou en pierres semi-précieuses, mais c'est très drôle.

Photo: Une mannequin et un Pug aux yeux exorbités.

Les bijoux eux-mêmes sont d'une élégance racée qui se décline des morceaux les plus simples (les pendentifs) aux plus complexes (un collier qui se ramifie sur tout le torse). À porter si on n'a pas peur de briller.

Photo : Une sosie de Marie-Antoinette avec les bijoux de Caroline Néron.

JOUR 1: Le gagnant de Project Runway Canada

À ma première Semaine de la Mode, j'avais 19 ans. Je ne sais même plus comment j'avais réussi à me procurer une passe média. Cette semaine-là, j'ai couru d'un défilé à l'autre, impressionnée à mort et complètement désillusionnée par ma garde-robe.

Sept ans plus tard, j'ai enfin une bonne raison d'avoir une passe média, et ma garde-robe a subi des rénovations. C'est-à-dire que j'ai jeté les morceaux les plus embarrassants (t-shirts avec cravate imprimée par-dessus; chaussures Converse à talons hauts, etc.). La semaine de la mode aussi a changé: on a regroupé les défilés sous un même toit, celui du Marché Bonsecours. Tout est devenu plus organisé, plus professionnel, mieux huilé.

Mais des petites traces de folie créative subsistent encore. Prenez Evan Biddell. À l'Ouest d'Ottawa, son nom est aussi connu que celui d'Andy Thê Anh chez nous. Il a 25 ans, mais c'est déjà une star de la mode. Normal. Il est le gagnant de l'émission Project Runway Canada, une téléréalité où les designers doivent coudre plus vite que leur ombre… littéralement: ils ont douze heures pour accoucher d'une robe cocktail faite de parapluies brisés.

Ce matin, le petit prodige de la machine à coudre nous a présenté un avant-goût de sa collection d'été sous forme de shooting mode. Les mannequins prenaient la pose sur fond blanc, comme elles le feraient dans un studio de photo. Sauf qu'on était nombreux à les épier. Habillées de vêtements vaporeux et transparents dans les tons de bleu, blanc et noir, elles avaient l'air de sortir d'un yacht… ou d'une nuit dans un club sur la plage. Entrevue.

Photo: séance photo d'Evan Biddell
Elle Québec: Quel est l'impact d'une émission comme Project Runway?

Evan Biddell: C'est fou! C'est encore plus fort ici qu'aux États-Unis. Là-bas, le show se termine et le gagnant se perd plus ou moins dans la nature. Ici, on me reconnaît dans la rue. La question, c'est: vers quoi je me dirige maintenant? Je ne peux pas nier que j'ai fait cette émission et qu'ils ont fait de moi un personnage un peu cheesy.

EQ: Comment ça?

EV: Je n'arrêtais pas de dire, «fuck this, fuck that» pendant le tournage. Je jurais tout le temps! En tout cas, je leur ai donné du matériel… et ça paraissait au montage! Mais j'assume complètement.

Photo: Evan Biddell et la journaliste d'ELLE Québec

EQ: Préférez-vous travailler avec des contraintes très strictes, comme dans l'émission, ou être totalement libre?

EV: J'adore les contraintes! Quand je suis sous pression, je performe. La petite robe bleu marine que vous avez vue dans le défilé, je l'ai faite hier soir. Tout d'un coup, je me suis dit que les gens étaient plus à la mode à Montréal qu'à Toronto, et qu'il fallait que je les impressionne. Alors, j'ai fait cette petite robe vite, vite.

Andy Thê Anh: le défilé, les tendances, les people

Mardi soir, pendant que le sort du prochain gouvernement se décidait aux urnes, le public de la Semaine de la mode n'en avait que pour le spectacle d'Andy Thê Anh. Andy, c'est l'étoile magnétique du showbiz québécois. Un homme à femmes: elles l'adorent toutes. «Elles», ce sont les Mitsou, Anne Dorval, Suzanne Clément, Hélène Bourgeois-Leclerc, Mariloup Wolfe et Anne-Marie Cadieux qui ont défilé pour lui. Pour lui et pour la société du cancer du sein: le cocktail précédent le défilé-spectacle servait aussi de levée de fonds. Assis à côté de moi en première rangée, le rédacteur en chef du magazine dress to Kill Stéphane Le Duc a glissé: «Si une bombe tombait backstage, il n'y aurait plus de téléromans au Québec.»

Heureusement, les comédiennes ont toutes pu livrer leur texte, saines et sauves. Habillées des sublimes robes sirènes d'Andy, elles ont lu des extraits du récit d'une survivante du cancer du sein. Soufflé, l'animateur de la soirée (Fabien Dupuis, vu dans Virginie) a laissé échapper un «Sont belles, hein?» bien senti. Comme je les avais pourchassées avant le défilé pour les prendre en photo, j'étais d'accord. En personne, Hélène Bourgeois-Leclerc impressionne par sa grandeur et sa beauté très animée, Mariloup Wolfe est menue et spontanée, Karine Vanasse a un profil absolument parfait. Bref, il y a de quoi les détester…

Les tendances

Après les vedettes, le «vrai» défilé a débuté sur une note électrique. Celle du violon électrique de Dr Draw, qui a fait une entrée assez fracassante pour tirer de sa torpeur l'acheteuse japonaise qui somnolait de l'autre côté du podium. Que voulez-vous, le décalage horaire…
Au menu d'Andy, pour le printemps-été 2009? Une nouvelle sobriété dans les coupes et les couleurs. Sa palette printanière se décline dans les tons crème, chocolat et blanc, avec des touches de couleurs vives pour les robes. Le créateur s'est amusé à tricher sur les longueurs des jupes: elles s'arrêtaient quelques pouces en haut du genou pour laisser dépasser un nylon transparent qui encanaillait un peu la silhouette à la Jackie Kennedy. La pièce maîtresse de la collection est une magnifique robe écarlate à voilages transparents, si légers qu'ils flottent vaporeusement à chaque pas. Ils dévoilent les jambes – qu'il faut avoir divines, de préférence – avant de se terminer par une traîne aérienne. Ahhhhh… je fais la danse des sept voiles n'importe quand avec ça!

Photo: Jimmy Hamelin

À SUIVRE : Les stars portent Andy : une galerie photos de vedettes en robes de soirée

JOUR 3 : Denis Gagnon, le maître Quand Denis Gagnon a fermé boutique sur la rue St-Laurent il y a un an, j'ai eu peur. Est-ce qu'on était en train de perdre l'un de nos plus uniques designers? Heureusement, non : Denis Gagnon renonçait peut-être à son cap sur la rue, mais il continuait à faire des collections sur commande dans son atelier à la maison. Quand même, il restait discret. À la dernière Semaine de la Mode, il avait présenté une seule pièce au lieu d'une collection en bonne et due forme. Mais quelle pièce! C'était une grosse doudoune noire matelassée très rock. Rendre une doudoune rock, faut le faire…
Jeudi soir, il est encore allé là où on ne l'attendait pas. Il nous avait habitués à du noir, encore du noir et toujours du noir? Il nous a donné du rouge, du doré, du fuchsia et du cuir crème. Pas le genre de choses qu'on imaginerait pour une garde-robe printemps-été, mais Denis ne fera jamais de robes pastel fleuries. À moins qu'il ne s'agisse de fleurs carnivores…

Photo : défilé de Denis Gagnon


Il fera plutôt des robes-capes amples et drapées où les manches se confondent avec le corps. Où un détail asymétrique, gaufré ou torsadé brise la simplicité trompeuse de la robe, révélant toute l'ampleur du talent du créateur. Parce que Denis fait ce que seulement les plus grands réussissent à faire : des choses très complexes qui paraissent très simples.

Photo: Denis Gagnon printemps-été 2009


Emportée par ma verve lyrique, j'allais oublier de vous dire le plus important : Denis fait des sacs maintenant. Pour la marque Fullum&Holt, une très vieille entreprise montréalaise spécialisée en accessoires de cuir de qualité, il a conçu une première collection très épurée. Des sacs besaces en cuir crème ou noir, des petits sacs banane et des immenses sacs cabas parcourus de bandes de cuir. Chéri, si tu me lis, sache que rien ne me ferait plus plaisir pour Noël.

Photo : Sacs Denis Gagnon pour Fullum&Holt

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