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Rencontre avec le couturier Hervé L. Leroux

Rencontre avec le couturier Hervé L. Leroux

-- Auteur : Emmanuelle Martinez-Curvalle Crédits : Ali Mahdavi Source : ELLEQuébec.com

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Rencontre avec le couturier Hervé L. Leroux

Plus de deux décennies après la naissance de sa mythique robe à bandes, Hervé L. Leroux continue de sublimer le corps de la femme. Rencontre avec un créateur qui s’insurge au passage contre une mode qu’il juge plus surexposée que flatteuse.

Vous avez commencé dans la coiffure et la création de chapeaux, passant ainsi de la matière vivante au textile. Comment en êtes-vous arrivé à la mode?

La transition s’est faite naturellement. Je confectionnais des chapeaux pour un créateur qui m’a dit: «Écoute, mon défilé est dans trois jours, mon atelier est super booké, est-ce que tu peux me faire trois robes?» Je n’en avais jamais confectionnées avant, mais il m’a donné les croquis; j’ai réalisé les robes et je n’ai plus jamais arrêté!

Parlons un instant de votre mythique robe à bandes. Comment est-elle née?

À mes débuts, je travaillais sur une collection et j’avais envie de clore le défilé avec une pièce un peu spéciale. J’étais dans une usine de tricots lorsque j’ai aperçu des bandes de lurex qui traînaient dans un carton. Quand j’ai appris qu’elles étaient destinées à être jetées à la poubelle, j’ai demandé si je pouvais m’en servir. Puis, comme on moule un chapeau, je les ai moulées sur un mannequin en bois... Le reste appartient à l’histoire!

Vous vous êtes un temps consacré à la création de costumes pour les danseurs sous la direction du grand chorégraphe Roland Petit.

Oui, c’est d’ailleurs lui qui m’a contacté, bien que je ne sois pas costumier. J’ai accepté parce que c’était lui, un virtuose de son art.

En quoi cette expérience a-t-elle changé votre conception du vêtement?

On ne peut pas aborder la confection d’un costume de la même façon qu’on aborde celle d’une robe de prêt-à-porter, par exemple. C’est un processus complexe qui demande vraiment du métier. J’ai eu la chance de travailler avec les artisans très doués des ateliers de l’Opéra de Paris, qui ont su retranscrire l’esprit de mes croquis et les adapter parfaitement à la scène.

Aujourd’hui, vous avez créé un autre style de robe, tout en drapé, toujours très sensuelle et près du corps. Quel est votre rapport au corps?

J’ai toujours été fasciné par le corps de la femme, lequel est à la base de mon travail. Je trouve qu’aujourd’hui, dans le domaine de la mode, on n’en a plus tellement conscience. Personnellement, ma seule préoccupation est de faire en sorte que les femmes se sentent belles. Les femmes ont toutes envie de séduire, peu importe leur âge, et je pense que ça explique pourquoi mes clientes ont entre 16 et 70 ans. J’ai mes secrets de confection pour remodeler le corps et le mettre en valeur.

Quelle est, selon vous, la pire faute de goût?

On est à Paris, au mois de juillet [au moment de l’entrevue] et j’ai l’impression d’être au camping! Il y a une espèce de confusion entre le jogging, le vêtement de sport, le pyjama... On a dépassé le stade de la décontraction pour frôler le laisser-aller. Je ne suis pas coincé du tout dans la vie, mais je trouve quand même que les shorts des filles sont très courts cet été! (rires) À la plage, ça va, mais en ville...

Vous vous êtes spécialisé dans la conception de pièces sur mesure pour une clientèle triée sur le volet. Qu’est-ce qui vous guide dans cette voie?

Aujourd’hui, ce qui me désole, c’est de voir que le propos majeur de la mode est de générer de l’argent. C’est devenu une obsession, et il y a tellement de surmédiatisation, de publicité, que je pense que les femmes en ont marre. Les magazines branchés présentent tous les mêmes vêtements qu’on voit ensuite sur des stars qui ne les ont même pas payés. Or, je remarque, à l’inverse, que certaines femmes sont prêtes à investir de l’argent pour porter des pièces que l’on ne voit pas partout, qui leur vont et qui leur donnent le sentiment d’être uniques. C’est ce qui me guide.

Où vous situez-vous dans cette logique de profitabilité de la mode?

Je pense qu’il est urgent de réfléchir à une autre façon d’aborder la mode, à une approche plus exclusive, plus discrète, un peu plus intimiste peut-être? C’est antimarketing, j’en suis conscient, mais c’est l’idée qui me taraude: revenir à quelque chose de plus pur, de plus authentique. Arrêter de vouloir vendre à tout prix. Personnellement, je ne laisserais jamais sortir une cliente de ma boutique avec une robe qui ne lui va pas. Il faut être honnête avec le vêtement et avec la femme qui le porte.

 

 

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