Roy Dupuis parle avec ses tripes: de son statut de sexe-symbole, de sa passion pour la voile, de la mort de son père et du sens de l'existence. Rencontre surprenante avec le moins verbomoteur des acteurs.
Le tout premier personnage que Roy Dupuis a interprété sur une scène était le Renard du Petit Prince, son livre fétiche. «J'étais en maternelle et ma mère avait cousu mon costume, raconte-t-il avec un plaisir évident. C'est moi qui disais: “On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. Apprivoise-moi''.»
Le comédien n'a pas changé avec les années: son attitude souvent désabusée a beau laisser croire le contraire, il y a toujours en Roy Dupuis un ti-cul qui dit «apprivoise-moi». En personne, l'homme dégage à la fois un je-m'en-foutisme froid et une émotivité troublante. Tantôt l'un. Tantôt l'autre. Si bien que devant lui on se sent toujours en équilibre sur un fil.
Avachi sur une chaise dans un appartement du Plateau Mont-Royal – notoriété oblige, il fuit les lieux publics –, il m'attend en tirant sur sa cigarette. Il est moins grand que je ne l'imaginais. Mais de son corps solidement charpenté irradie une puissance insoupçonnable à l'écran. Un chapeau à large bord fait de l'ombre à son regard vert. Pantalon de coton sable, chemise en denim délavé entrouverte sur sa peau bronzée, barbe juste ce qu'il faut: son look est 100 % cow-boy Marlboro. Visiblement, le beau gosse du Québec est très à l'aise avec son image: «J'ai un certain charisme. C'est une part de moi. Pas le portrait complet.» Sexe-symbole? Il fait la moue. «Ouais bon, on le dit encore, parfois.» Non, on le dit tout le temps. Ici. Partout. Aux États-Unis, un fan-club de «Royettes» se consume pour lui. Et son interprétation de l'énigmatique Michael dans la série télévisée La femme Nikita- qui l'a fait vivre quasi à temps plein à Toronto, de 1997 à 2001- a décuplé ses groupies dans des dizaines de pays.
Pause, soupir. «Les gens retiennent de moi ce qu'ils veulent. Mais les choses se clarifient; on commence à me connaître de plus en plus, je crois. Peut-être à cause de films plus personnels, comme Manners of Dying et Mémoires affectives (pour lequel il a remporté le Jutra du meilleur acteur en 2005). Ce sont ceux-là que je préfère, d'ailleurs», dit celui qui a enfilé une trentaine de longs métrages, une vingtaine de séries télévisées et une dizaine de pièces de théâtre depuis sa sortie de l'École nationale de théâtre en 1986, et qui, à 42 ans, incarne le fulgurant joueur des Canadiens, Maurice «Rocket» Richard.
Photo: Jean-Claude Lussier




