Les fans d'Annie et ses hommes la vénèrent, les dramaturges lui font les yeux doux et les cinéastes la réclament. Portrait d'une femme qui sait où donner de la tête et qui joue la comédie sans se raconter d'histoires.
Elle est, sondages à l'appui, l'actrice la plus aimée du Québec. En incarnant le personnage d'Annie, dans Annie et ses hommes, elle propose une image d'héroïne contemporaine à laquelle les femmes peuvent vraiment s'identifier. La comédienne, qui a adopté deux petites Asiatiques de neuf et de six ans, a étudié au Conservatoire d'art dramatique de Québec et a connu la célébrité sur les planches et sous les projecteurs. On l'a vue au théâtre (Durocher le milliardaire, Les voisins, Albertine en cinq temps), au cinéma (Matroni et moi, 20 h 17 rue Darling, La vie après l'amour), et bien sûr au petit écran (La petite vie, Histoires de filles, 4 et demi...).
Aujourd'hui, Guylaine Tremblay est une star. Pourtant, elle s'excuse presque de porter des lunettes noires («Ça n'est pas par snobisme, je vous assure, c'est que j'ai les yeux tellement fragiles.»), elle est d'une gentillesse exquise avec le personnel du restaurant où se déroule l'entrevue, et d'une modestie absolue quand elle parle de son succès.
Née le 9 octobre 1960 à Petite-Rivière-Saint-François, dans Charlevoix, la comédienne qu'on retrouvera cet automne dans la cinquième saison d'Annie et ses hommes et bientôt au cinéma, dans Contre toute espérance, de Bernard Émond (La neuvaine), a grandi à Ville de Vanier, un quartier ouvrier de Québec. «Un environnement fabuleux, qui m'a beaucoup servie, dit-elle. C'est un milieu qui peut être dur, mais aussi très authentique. On n'y joue pas de game. Et j'ai l'impression que ça m'a aidée d'avoir grandi là. Ce que les gens apprécient de moi, du moins à ce qu'on me dit, c'est mon authenticité, autant dans ce que je suis dans la vie que dans ma manière de jouer.» Rencontre, donc, avec une fille... vraie.
ANNIE ET SES FANS
«Annie, c'est un véhicule formidable pour atteindre le cOEur des gens. C'est une femme tellement attachante. Je pense que si elle touche le monde à ce point, c'est parce que c'est une héroïne imparfaite. Moi, les parfaites, ça ne me touche pas. Les gens reconnaissent en elle leurs propres forces, mais aussi leurs faiblesses, leurs interrogations, leurs doutes. Avant, dans les téléromans, il n'y avait que des modèles stéréotypés de femmes: celle qui reste à la maison, celle qui travaille, celle qui couche avec tout le monde... Un personnage comme Annie montre qu'une femme n'est pas seulement une mère, une amante ou une travailleuse. C'est un mélange de tout ça. Annie possède son commerce, elle élève ses enfants, elle a une vie amoureuse, et elle doit jongler avec tous ces aspects de l'existence. C'est ça qui fait d'elle une héroïne contemporaine.»
LE RÊVE AVANT LA RÉALITÉ
«J'ai juste un frère, un peu plus jeune que moi, qui a lui aussi deux filles. Je me souviens que, vers l'âge de cinq ans, on regardait le Théâtre Alcan aux Beaux Dimanches, à Radio-Canada. Je devenais excitée dès que j'entendais les murmures des gens dans la salle, au lever du rideau. Je rêvais d'être comédienne, mais j'étais trop gênée et orgueilleuse pour oser. Mes parents ne m'ont pas découragée, mais ils avaient peur que j'en arrache. J'ai suivi un cours en éducation spécialisée, j'ai obtenu un D.E.C., mais je restais insatisfaite... Aller au conservatoire, c'était mon rêve. J'ai finalement décidé de passer une audition et j'ai été acceptée. À 19 ans, c'était la première fois que je faisais quelque chose juste pour moi. Je me suis écoutée, et ça a changé ma vie. Quand on s'écoute vraiment, c'est rare qu'on se trompe.»
LA VIE AVANT LA CÉLÉBRITÉ
«Petite, je rêvais plus aux applaudissements et aux belles robes qu'au métier d'actrice. Je n'imaginais pas la somme de travail que ça exige, devenir une bonne comédienne. Tu as beau avoir un don au départ, si tu ne le raffines pas, si tu ne relèves pas certains défis en cours de route, ce don-là ne fleurira pas. Quand je suis entrée au conservatoire, c'est la chose la plus importante que j'ai apprise: le travail. Par exemple, pour aborder un personnage aussi contemporain et près de nous qu'Annie, c'est la capacité à s'abandonner qu'il faut le plus travailler. Et ça n'est pas facile.»
Photo: Carl Lessard




