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Chantal Hébert: lucide, parfois acide, jamais candide

Elle a un look bien à elle et un style percutant, qui fait trembler les politiciens. Chroniqueuse notamment au Devoir et au Toronto Star, Chantal Hébert se révèle pour la première fois. Entretien.

Par
Danielle Stanton
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Chantal Hébert: lucide, parfois acide, jamais candide

Elle parle de sa passion pour le vélo, de ses deux garçons adultes, de ses plaisirs coupables et même de son genre d'hommes.

Elle est arrivée à notre rendez-vous angoissée. La chroniqueuse politique peinait-elle sur son prochain texte en gestation? Aucunement, Chantal Hébert s'inquiétait de trouver un lieu sûr pour garer son vélo!

Se faire chiper sa bécane semble être la seule chose au monde susceptible d'inquiéter cette journaliste, dont les analyses percutantes sur les grandeurs et les misères de la vie politique d'ici font notre bonheur. «Je roule en vélo de mars à décembre. Mon équilibre mental en dépend», explique-t-elle, convertie depuis quelques années aux vertus antistress de l'exercice. «Je serais moins paranoïaque à Ottawa, poursuit-elle en accrochant l'engin à la clôture qui jouxte la terrasse du café. Sauf que j'habite Montréal... Mais j'aime les grandes villes; l'anarchie qui y règne me convient.»

Très peu de choses dérangent effectivement Chantal Hébert, mis à part le sort de ceux qu'elle aime, comme ses fils, Bruno (28 ans) et Antoine (24 ans), «ce que j'ai réussi de mieux dans ma vie, et tant pis pour le cliché!» Elle-même ne semble aucunement troublée par les remous que ses propos parfois cinglants provoquent. C'est connu, Chantal Hébert ne fait pas dans la dentelle. Son jugement plus coupant qu'un laser inquiète d'ailleurs plus d'un politicien. À l'émission Tout le monde en parle, l'hiver dernier, la journaliste a visiblement insulté Mario Dumont, le chef de l'Action démocratique du Québec, en lui reprochant le «vide» de son programme et en disant que l'ADQ était un one man show. Et vlan! Ce soir-là, le Fou du roi, Dany Turcotte, l'a surnommée la Louve des SS.

«Deux partis politiques m'ont déjà sollicitée pour joindre leurs rangs. Vous devinerez que l'ADQ n'est pas du nombre!» souligne-t-elle en rigolant. Alors lesquels? «Même mes fils ignorent mes convictions politiques profondes. Ils savent par contre que je suis une électrice volage, et ça les décourage beaucoup.»

Une louve, Chantal Hébert? Plutôt un animal solitaire qui fuit la meute. «Je mets rarement les pieds dans les salles de nouvelles des médias pour lesquels je travaille. Je préfère opérer seule. Entre autres pour éviter d'être influencée dans mes positions.»

Elle glisse ses doigts dans ses cheveux courts, un automatisme. Résultat: les voilà encore plus en bataille. Elle s'en fout. Plus naturelle que Chantal Hébert, tu meurs. Son look minimaliste, quasi masculin, est célèbre. Et il en intrigue plus d'un... «C'est la première fois qu'on me questionne directement sur mon apparence!», dit-elle en riant et en se prêtant au jeu. «Je n'aime pas le maquillage; j'y suis allergique, au sens propre. Les cheveux courts, c'est pour le côté pratique. Le pantalon? En raison d'une fragilité aux chevilles, je ne peux pas porter autre chose que des souliers de course ou des sandales plates; une robe avec de telles chaussures, ce n'est pas génial. Mais c'est aussi une question de crédibilité.

À la télé, dans le métier que j'exerce, l'important, ce n'est pas tant l'image qu'on adopte que le fait de s'y tenir. Si on change continuellement de look, les téléspectateurs sont distraits, et notre apparence prend le dessus sur notre propos.» Cela dit, elle a déjà essayé de porter des vêtements différents, un peu plus chics. «Mais mes fils et des amis m'ont dit: “Ça ne te ressemble pas.” J'ai trouvé ça un peu vexant, mais j'ai compris.»


L'université à 17 ans
Je la pensais enveloppée; la femme devant moi est mince, dans son pantalon sport et son chemisier aux manches roulées. Je savais qu'elle avait 53 ans; on lui en donnerait facilement moins. J'imaginais un visage neutre; il est au contraire expressif. En prime, Chantal Hébert a beaucoup de charme quand elle rit comme une petite fille.

Tout cela n'est pas incompatible avec un solide ego. Et il en faut un pour afficher un CV comme le sien. Depuis 1975, la journaliste a occupé des postes à la télé régionale et à la radio nationale de Radio-Canada, à Toronto. Elle a été chef du bureau parlementaire pour Le Devoir et La Presse, et chroniqueuse invitée au Ottawa Citizen et au National Post. Aujourd'hui, on peut la lire dans Le Devoir et le Toronto Star, et la voir ou l'entendre au téléjournal The National (CBC), à C'est bien meilleur le matin (Radio-Canada) et à Bazzo.tv (Télé-Québec).

Au chapitre des récompenses, elle a reçu en 2006 le Pinnacle Achievement Bryden Award, de l'Université York, et le prestigieux prix Hyman-Solomon pour l'excellence journalistique dans le domaine des politiques publiques. Son coup de maître: avoir fait carrière dans les deux solitudes en suscitant le respect des deux côtés. Son identité bicéphale l'a bien servie.

Elle a grandi à Hull. À 12 ans, elle déménage avec ses parents et ses quatre frères et soeurs, plus jeunes, à Toronto: «Mon père y avait obtenu un poste de réalisateur à Radio-Canada.» L'anglais? Elle le parlait à peine, et ça lui suffisait. «Je n'étais pas du tout intéressée à l'apprendre», se rappelle-t-elle.

Ce qui ne l'empêche pas d'entrer à 17 ans – après avoir sauté quelques années – à l'Université York, à Toronto. «J'étais encore trop jeune pour être prise au sérieux dans un média, mais je ne rêvais que d'une chose: pratiquer le journalisme.» Mégadéfi pour la «timide maladive» qu'elle était: «J'ai fait mon bac en sciences politiques sans adresser la parole à personne.»

Du journalisme, elle voulait tellement en faire qu'elle y a laissé son nom. En début de carrière, un patron de Radio-Canada demande à Chantal St-Cyr si elle accepterait de prendre le nom de son mari à l'époque, Hébert, pour éviter d'être identifiée à son père, qui travaille également à Radio-Canada. Elle dit oui sans hésiter.

À 18 ans, c'est le choc. Lorsqu'elle mentionne à son père qu'elle veut faire venir son certificat de naissance du Québec («pour pouvoir entrer dans les bars»), il lui suggère d'acheminer plutôt sa demande... en Ontario. «Je l'ignorais complètement, mais ma mère avait accouché à l'hôpital Montfort, à Ottawa. Ontarienne, moi? On m'aurait annoncée que j'étais adoptée que je n'aurais pas été plus surprise.»

Elle s'en est remise. «J'ai cessé de me poser des questions sur mon identité. J'appartiens à la communauté où je vis et où je paie des impôts: je suis Montréalaise, c'est tout. On est chez soi là où on veut l'être.» D'autant plus que cette double appartenance est devenue son atout. «Je déstabilise les politiciens parce qu'ils ne savent pas où me caser. Donc, où m'attendre. C'est plutôt intéressant.»

Photo: Carl Lessard

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