Avec son deuxième album, Rose sang, Catherine Major est entrée dans la cour des grands. Tête-à-tête avec une artiste vibrante.
LA MUSIQUE COMME LANGAGE
«Mon père a acheté un piano l'année de ma naissance, en se disant que j'allais peut-être en jouer un jour. J'ai commencé à quatre ans et, assez vite, je m'y suis mise avec ardeur. La musique a été mon premier moyen d'expression. Je sens souvent qu'il n'existe pas assez de mots pour décrire ce qui se passe en moi. Dans les accords, il y a des couleurs qu'on peut associer à des états d'âme. La musique me permet ainsi de nuancer mes émotions, surtout lorsque je n'ai pas envie d'utiliser les mots pour le faire. Je me mets alors à mon piano, comme un peintre devant sa toile.»
L'AMOUR
«Je suis une grande amoureuse. J'ai eu de longues relations parfois tumultueuses. Ce n'est pas un hasard si mes chansons parlent d'amours déçues. Récemment, j'ai fait une rencontre superbe et inattendue avec Moran, lui aussi auteur-compositeur-interprète. Tout a commencé par une chanson que j'avais écrite et qu'on a chantée ensemble. Depuis, on ne se quitte plus d'une semelle. Nos voix concordent, tout comme nos univers. Ensemble, on rêve d'une maison de campagne, avec un studio aménagé dans une grange. J'aspire encore à former un couple uni et à avoir des enfants, même si peu de choses durent de nos jours. Ça me fout la trouille, mais j'y crois toujours.»
LA SCÈNE
«Depuis que j'arrive à me débarrasser de cette fâcheuse tendance à trop me critiquer, c'est un bonheur d'être sur scène. J'en sors avec le sentiment d'avoir pratiqué un bon sport. Par contre, j'ai encore du mal à recevoir l'amour du public. Certaines personnes pleurent quand une chanson les touche, d'autres chantent les paroles. Toute cette attention, ça me rentre dedans. Recevoir des fleurs m'intimide. Je sais tout le bien que la musique peut procurer, mais je considère que mon métier n'est pas plus important que celui du garagiste, et surtout pas que celui du médecin. J'ai la chance inouïe de faire ce que j'aime. En ce sens, c'est loin d'être un exploit. C'est bien d'être reconnue, mais je ne voudrais surtout pas perdre pied.»
LE CLASSIQUE
«Lorsque j'étudiais le classique, j'adorais les envolées lyriques des compositeurs romantiques: Rachmaninov, Chopin, les difficiles! J'ai fait la transition vers la pop en étudiant le piano jazz à l'UQAM. J'ai eu du mal à me défaire des principes rigoureux de l'exécution pour aller vers l'interprétation spontanée. Comme j'avais passé toute ma vie à obéir à une partition, j'étais un peu figée. C'était toutefois un passage obligé puisque je ressentais vraiment le besoin de composer. J'admire ceux qui réussissent à jouer selon les codes d'une autre époque, mais ce n'est plus ma tasse de thé. Je suis un peu trop fougueuse pour ça.»




