Quand Elle m’a invité à parler de (RED), j’ai ressenti une grande fierté. Cela me permet de souligner que les femmes sont à l’avant-garde du mouvement visant à stopper la plus grande crise sanitaire des 600 dernières années: l’épidémie du sida.
Toléreraient-elles moins que les hommes un monde où près de 5 500 personnes meurent chaque jour d’une maladie qu’il est possible de prévenir et de traiter? Serait-ce en raison de leur deuxième chromosome X? Je ne sais pas... Nous autres, hommes, aurions-nous un gène qui nous fait détourner la tête devant cette triste réalité? Un gène qui nous donne un pénis, mais pas de conscience morale?
Moi, je ne crois pas au déterminisme sexuel. Je crois que les femmes se sentent plus concernées parce que ce sont elles qui sont le plus atteintes par l’épidémie. En Afrique, 80 % des porteurs du virus du sida sont des femmes. En 2007, en Afrique du Sud, 90 % des nouveaux cas d’infection ont touché la population féminine âgée de 15 à 24 ans. 90 %!
J’ai du mal à me rentrer ça dans la tête, et encore plus à l’en faire sortir. Des statistiques de ce genre, je pourrais en remplir une pleine page, mais avec des statistiques, on dresse des tableaux, on ne raconte rien. Et moi, j’ai envie de vous raconter une histoire. Il y a six ans, j’ai parcouru l’Afrique.
Le sida était alors synonyme d’arrêt de mort sur ce continent. Il ne fauchait pas seulement les plus vulnérables, les jeunes ou les aînés; il emportait aussi des hommes et des femmes dans la force de l’âge: les parents de jeunes enfants, les travailleurs. Des communautés entières étaient décimées.
Elles perdaient leurs enseignants, leurs infirmières, leurs fermiers, leurs agriculteurs, leurs hommes d’affaires, leurs employés du bâtiment; leurs forces vives, quoi. Dans les régions les plus atteintes de l’Ouganda, nous voyions des fillettes de neuf ans élever leurs jeunes frères et soeurs. Imaginez: des orphelins s’occupant d’orphelins. Au 21e siècle!




