Quatre ans qu'on l'aime d'amour, Ariane. Quatre ans qu'on la regarde s'activer derrière un micro, une batterie, et qu'on n'en croit pas nos oreilles. Ariane Moffatt nous parle de sa fibre maternelle, de sa nouvelle féminité, de Madonna, tout ça avec une délicieuse candeur.
En se levant de sa chaise, après la longue entrevue qu'elle venait de nous accorder, Ariane Moffatt s'est mise à sautiller dans ses gros Nike orange et blanc, en esquissant quelques petits gestes vifs des bras et des jambes. On aurait dit un boxeur se réchauffant avant un combat. «Je fais des mouvements de kung-fu quand je suis nerveuse», avoue-t-elle en souriant, un peu gênée.
C'était jour de grande première pour Ariane. Après avoir annoncé les dates de sa nouvelle tournée québécoise, Le coeur dans la tête, elle allait donner dans quelques heures un avant-goût de ses concerts à venir au public de MusiquePlus. On comprend la tension.
Une autre tournée, déjà? Ariane n'a presque pas arrêté depuis la sortie de son premier album, Aquanaute, il y a quatre ans. Ce succès fulgurant lui a valu des centaines de milliers de fans, une pléthore de concerts, trois Félix, de nouveaux amis - dont Guy A. Lepage et le chanteur français M (Matthieu Chédid) -, mais l'a aussi laissée à bout de souffle, avec une peine d'amour en prime.
Heureusement, le copain M l'a «kidnappée» et transportée à Paris l'an dernier, où elle a repris goût au travail. Sorti en novembre 2005, Le coeur dans la tête a servi d'exutoire à ces moments difficiles: «J'ai fait passer la musique avant moi / Et toi, avant la musique / Maintenant, je regarde passer le temps / Les doigts tachés par le fric», chante-t-elle dans Terminus.
«Je n'avais pas pensé que ça retiendrait toute l'attention, déplore aujourd'hui Ariane au sujet de sa blessure. Tout a été dit; les journalistes en ont trop mis, trop parlé. J'aurais voulu freiner ça. Il y a une différence entre écrire un disque pour s'aider à traverser une épreuve, et raconter ça à tout le monde. J'ai du mal à l'écouter aujourd'hui. En même temps, je suis soulagée de voir que ce disque parle aux gens. [N.D.L.R.: Il s'en est déjà vendu plus de 50 000 exemplaires.] J'avais peur qu'il soit trop hermétique, trop “je-me-moi”. Ça fait chaud au cœur de savoir qu'il a été si bien accueilli.»
En cet après-midi, Ariane a la même tête que sur la pochette du Coeur dans la tête, sauf qu'elle ne la baisse plus. Ça va beaucoup mieux, visiblement. Vêtue d'un jean et d'un chandail gris brodé de rose, elle a bonne mine. Il faut dire que, au moment d'écrire ces lignes, l'artiste de 27 ans annonçait qu'elle retournait en France pour faire la première partie du spectacle d'Alain Souchon. Ça fait du bien, quand même! On en a profité pour passer du coq-à-l'âne avec elle, question de s'amuser. Et elle, gamine, nous a répondu en échappant les petits rires secs qu'on lui connaît.
Photo: Lisa Roze




