Santé et forme
28 sept. 2010

Un mois sans vin- et sans devenir fou-, est-ce possible?

Par Martin Bilodeau

istockphoto.com Auteur : Elle Québec Crédits : istockphoto.com

Santé et forme
28 sept. 2010

Un mois sans vin- et sans devenir fou-, est-ce possible?

Par Martin Bilodeau

Un verre de vin, c'est bien; deux, c'est mieux. Zéro, c'est pas beau. Fermée, la porte du cellier. Interdites, les visites à la SAQ. Opportuniste, mon affection soudaine pour les bières importées. Tout aussi soudaine, mon animosité envers les rosbifs et les gigots. Et ma tendresse pour St-Hubert et le fastfood.

Bref, pour moi qui aime suspendre un moment le film d'une vie qui défile trop vite avec un rouge bien charpenté ou un blanc minéral, ce mois sans vin tenait du plus cruel carême. Retour sur les jours malheureux d'un heureux pécheur.

La dernière cène

La veille de mon jeûne (un samedi), j'ai apprivoisé cette petite mort imposée par un souper gargantuesque dans mon restaurant préféré, Joe Beef. Au menu: huîtres assorties, oeuf en pot, côtes levées accompagnées d'un cabernet sauvignon américain trop cher pour mes moyens, le Bergevin Lane 86, dont j'espérais que la longueur en bouche me durerait un mois. C'est beau rêver...

Le jour du Seigneur

Dimanche est chez moi dédié à la popote. J'en consacre une partie à mitonner les plats de la semaine. D'ordinaire, je me récompense à l'apéro, puis au repas, avec une bonne bouteille sortie de mon petit cellier. En ce premier soir de privations, je ne ris pas. Mon chum laisse les deux tiers du rouge qu'il s'est ouvert. Je suis à l'eau, au bord des larmes. Déjà.

 

«Délivrez-nous du Mal»

Le meilleur moyen de se prémunir contre l'alcoolisme étant de faire abstinence au moins une journée par semaine, en temps normal je m'interdis de boire les lundis, mardis et mercredis, à moins d'une exemption pour cause de petit bonheur à fêter. Ou de désagrément à relativiser. Ou de grosse fatigue à assommer... Tout ça pour dire que le sacrifice des premiers jours s'est fait dans une relative fierté de ne pas céder, et dans l'appréhension bien naturelle du premier jeudi. J'avais ce soir-là rendez-vous avec ma copine Brigitte au Bistrot Chez Roger. En dégustant mon Bloody Caesar à la paille, je l'observe avec un oeil d'envie se délecter du chardonnay boisé que je lui ai recommandé. Le con! Quelle personne au régime sans sucre recommande aux autres un bon dessert? Une semaine plus tard, je fermerai ma gueule lorsque Julie commandera, ô sacrilège, un verre de chianti avec des spaghettis à la vongole. Je souffre? Souffrez, vous aussi!

Le vin en eau

J'ai franchi l'étape du deux semaines avec un sentiment de libération. Je sens que je contrôle mon désir, que le pire est derrière moi, que l'échéance approche. À la maison, la tentation a fait place au regret patient, à mesure que les bouteilles ordinaires achetées par mon chum pour sa consommation personnelle s'accumulent dans le bac avec les boîtes de take-out. Ce n'est pas compliqué: ne pas boire de vin me donne le goût de mal manger. Pire, ça le justifie.

En société, c'est autre chose. Soupers et cinq à sept entre amis, dîners officiels arrosés de vin, même cheap, restent des épreuves de haute voltige, au cours desquelles il me faut invariablement justifier ma bière ou, pire, mon verre d'eau minérale. «Non, je ne suis pas sur les antibiotiques», ai-je répété mille fois à ceux qui étaient tentés de prendre ma température. Cet effet secondaire du défi devenait plus désagréable que la privation elle-même.

«Ceci est mon sang»

Au bout de près de trois semaines de pénitence, j'ai réalisé que je n'avais pas avalé d'Advil, alors que d'ordinaire j'en consomme au moins un jour sur deux... Il est vrai que l'alcool contenu dans le vin déshydrate, ce qui provoque des maux de tête. Le vin est aussi additionné de sulfites, qui produisent le même effet. Peu importe! J'ai quand même déclaré à ma provision intacte d'ibuprophène: «Tu ne perds rien pour attendre!»

«Prenez et buvez-en tous»

Un mois a passé, et je n'ai pas cédé. Pour m'en féliciter, j'organise un souper à la maison et j'y invite des amis amateurs de vin. À l'apéro, je réapprivoise le nectar des dieux en dégustant un rosé, le tout premier de la saison, que j'espérais meilleur. Un rosbif de chez Magnan est au menu, arrosé d'un puissant zinfandel que Nathalie a rapporté de la vallée de Sonoma. Un fin mousseux rosé accompagne au dessert une amandine aux framboises. C'est réussi. Les amis partis, en route vers le bac de recyclage à l'extérieur, je dénombre les corps morts. Six. Nous étions cinq. Ce soir, j'ai gagné mon pari. Et perdu ma face de carême. Advil que pourra!


À LIRE: 30 ans, professionnelle, alcoolique

 

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