Ils n'ont aucun désir physique et commencent à le dire haut et fort. Qui sont les asexuels?
FREUD AUSSI EN ÉTAIT UN
Préférant ne pas se trouver dans l'obligation d'expliquer leur cas, les asexuels osent rarement s'identifier comme tels. D'où l'énorme succès du site de David Jay -qui compte aujourd'hui plus de 3 500 membres et que des dizaines de personnes, en provenance des quatre coins de la planète, visitent chaque jour. «J'ai créé ce site car je trouvais peu d'information sur le sujet et je souhaitais aider ceux qui sont dans ma situation», précise-t-il. Le forum de discussion de David semble avoir fait sortir de l'ombre toute une population. «Bien sûr, reconnaît-il, beaucoup de jeunes viennent sur le site et se disent asexuels juste pour appartenir à une communauté, alors qu'ils s'interrogent tout simplement sur leur orientation sexuelle. Mais le succès de mon site prouve surtout que nous sommes plus nombreux qu'on le croit et qu'il est temps qu'on s'en rende compte!» David préfère néanmoins ne pas parler de mouvement, comme celui des gais, mais plutôt de construction d'une communauté. Dans le but de la développer, il souhaite d'ailleurs créer des organisations locales pour prendre le relais de son site. Il ne revendique aucune loi, juste le droit aux asexuels d'être reconnus comme tels.
Selon Elizabeth Abbott et Michel Dorais, le phénomène des asexuels ne daterait pas d'hier. L'historienne raconte dans son livre l'histoire d'Isaac Newton, le célèbre scientifique, vierge de toute expérience sexuelle, malgré une histoire d'amour avec un jeune mathématicien. Ou encore celle de l'écrivain britannique du 19e siècle John Ruskin, mort puceau après que son mariage, jamais consommé, eut été annulé. «Certes, il se peut que chez le premier, il y ait eu une homosexualité latente, et chez le deuxième, une tendance à la pédophilie (à la vue des poils pubiens de son épouse, John Ruskin conclut "qu'elle n'est pas formée pour susciter la passion"), mais tous deux n'avaient manifestement pas beaucoup de besoins sexuels.» Il en va de même du grand psychanalyste Sigmund Freud, qui cessa toute activité sexuelle dans la trentaine, ou du chantre du pacifisme, l'Indien Gandhi, qui parlait ouvertement de son peu d'intérêt pour la chose. David Jay, lui, espère cependant tomber un jour vraiment amoureux d'une partenaire asexuelle (ou d'un partenaire asexuel) comme lui. Et s'il souhaite un enfant, il optera pour l'insémination artificielle ou l'adoption. «Je ne suis pas malheureux, vous savez...», dit-il.
«On peut se passer de sexe, mais pas d'amour et d'affection, conclut Michel Dorais. Alors, en l'absence d'explications médicales ou psychologiques, il n'est peut-être pas très utile de chercher à comprendre une asexualité bien vécue. Je ferais une analogie entre le sexe et la nourriture: certains dévorent comme des ogres, tandis que d'autres n'ont pas d'appétit!»



