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Le sexe est partout

«Quel monde de sexe, y'a plus rien à l'index», chantait Ferland dans les années 70. Aujourd'hui, la sexualité envahit l'espace public. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire...

Par
Pascale Navarro
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Le rôle des baby-boomers
L'hypersexualisation de notre société nuit-elle vraiment? Est-ce que nous ne dramatisons pas un peu? Non, tranche Élaine Larochelle, 37 ans, professeure de philosophie au collège François-Xavier-Garneau, à Québec. «Nous avons voulu nous libérer de la religion, mais il faut se rendre compte que, malgré l'impression de liberté, nous sommes asservis à autre chose. Les normes de beauté actuelles sont très contraignantes, excluent beaucoup de personnes et génèrent une grande insatisfaction.

La pression pour que nous vivions une sexualité hyperactive, variée, exploratrice, non traditionnelle, est énorme: c'est là une nouvelle prescription. Les filles et les femmes exploitent en général leur féminité de façon très conformiste: sous l'influence de la mode, elles se présentent comme des objets sexuels. Bref, en matière sexuelle, la soumission à l'église a été remplacée par la soumission à la mode. Pour la plupart d'entre nous, il n'y a pas de libération. Et dans la licence sexuelle qui prévaut, le bonheur n'est probablement pas plus présent que du temps de la répression religieuse.»

Francine Duquet, chercheure et sexologue à l'UQAM, pense aussi que la sexualisation de la société crée un climat dommageable pour les enfants et les ados. «Je rencontre beaucoup de directions d'école, de professeurs, de parents qui sont devant des situations qui auraient été inimaginables il y a 10 ans. Par exemple, des filles de 12 à 14 ans qui vivent des expériences inappropriées pour leur âge, voire traumatisantes, parce qu'elles ne sont pas mises en garde et qu'elles veulent plaire aux garçons à tout prix.» Ou encore le cas de fillettes qui dès le primaire misent sur la séduction strictement sexuelle, et des garçons qui sont désarçonnés devant une telle attitude.

Selon la chercheure, un des problèmes majeurs pour les enfants, c'est qu'ils ont intégré des comportements de consommateurs. «Ils pensent pouvoir obtenir et pouvoir “offrir” n'importe quoi. Transposer l'acte de consommer dans le champ de la sexualité, c'est ouvrir la porte à des dérapages.» Et bien qu'elle ait analysé, pour son travail, quantité de vidéoclips, Francine Duquet n'accuse pas seulement les médias. «La banalisation de la sexualité se manifeste aussi dans le discours des adultes, voire de certains professionnels. On prend parfois les enfants pour des ados, les ados pour des adultes, et certains adultes ne sont pas encore sortis de leur crise d'adolescence! Les jeunes sont ainsi catapultés dans un monde d'adultes où l'univers sexuel leur est facilement révélé sans égard à leur âge ni à leur niveau de développement.»

Des propos que confirme Jocelyne Robert. «Pour moi, c'est une des pistes sur lesquelles il faut réfléchir. Les baby-boomers forment une majorité en Occident. Or, ils ont une influence sur les jeunes et sur les images, les slogans et les pubs auxquels ces derniers ont accès.» Dans ce «tsunami», comme le dit la sexologue, on oublie que la sexualité – si on veut qu'elle soit positive, constructive, saine – doit mûrir et s'apprendre, en relation avec des valeurs, des sentiments et des idées. Et surtout être vécue par des individus qui ont un corps mais aussi un coeur.

Article publié originalement dans le magazine ELLE QUÉBEC



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