S’aimer à distance, chacun sous son toit: voilà une formule qui séduit de plus en plus d’amoureux en quête d’une nouvelle façon de vivre leur intimité. Êtes-vous de ceux-là?
FUSION OU LIBERTÉ?
«J’avoue qu’au début de notre idylle c’était un peu compliqué», raconte en riant Sarah, une avocate de 36 ans, en couple depuis cinq ans. «On se demandait souvent: “Qui va chez qui? Ce soir, on dort sous le même toit ou pas? Vais-je le froisser si je préfère passer un vendredi soir sans lui?” Puis, rapidement, Julien et moi avons trouvé notre rythme. Depuis, ça se passe très bien. Comme on est très occupés, on dort ensemble dès qu’on le peut et on se réserve toutes nos fins de semaine. Ça ne nous empêche pas, d’ailleurs, d’avoir nos phases de fusion-passion, mais aussi d’agacement ou d’éloignement, comme tous les amoureux, sauf qu’on ne les vit pas sous le même toit. Ça donne de l’air...»
Cet équilibre fragile entre distance et intimité n’est-il pas la pierre angulaire de toute relation? «Absolument, estime Rachel Mercier. Dans chaque couple, il y a une distance à maintenir par rapport à l’autre pour continuer à s’épanouir. Et ça, ça se discute: “Comment voit-on notre relation? Comment veut-on la vivre?” doit-on se demander. C’est comme une danse, qui est liée à la notion d’attachement.»
À chacun, donc, d’inventer le savant dosage qui le rendra heureux: ni trop proche de son partenaire, pour ne pas étouffer, ni trop loin, pour ne pas se sentir abandonné. «Dans les unions, les besoins d’intimité sont multiples, fait valoir Marc Pistorio. On a tous vécu une situation dans laquelle on s’est senti envahi ou abandonné, ce qui nous a peut-être poussé à mettre une croix sur la vie commune. La décision de faire vie à part ou de se fermer à l’autre n’est cependant pas la solution. C’est en s’ouvrant à l’amour et à ce qu’il a à nous offrir qu’on guérit de ses blessures. Et puis, pourquoi le fait de vivre ensemble impliquerait-il un état de fusion permanent? On peut très bien se dire: “Ce soir, j’ai envie d’être seul, de me recentrer”, sans que ça blesse l’autre, puisqu’on le retrouvera encore mieux par la suite.»
Comme le souligne Rachel Mercier, «l’amour à temps partagé ne peut fonctionner que si les deux partenaires éprouvent les mêmes besoins de distance ou d’intimité et qu’aucun d’eux n’impose son besoin à l’autre». Mais comment s’y prendre lorsqu’un seul des partenaires veut partager son quotidien avec l’autre, ou que l’écart entre les besoins affectifs de chacun est abyssal? «On ne peut pas faire de compromis sur nos valeurs ni sur des besoins fondamentaux comme le besoin de proximité et de sécurité, tranche Marc Pistorio. Si on recherche une relation plus fusionnelle et qu’on souhaite vivre en couple avec une personne solitaire qui ne jure que par son indépendance, on prête le flanc à la souffrance. Il vaut mieux, dans ce cas, laisser aller l’autre et se tourner vers quelqu’un qui a le goût du même type de relation que nous.»
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