Trente-quatre ans, seule, sans enfants: en trois mots, Solenn est enfermée dans une case... Célibataire. Et elle doit se justifier de plus en plus souvent.
Je vous assure, je ne suis pas une violente. Mais la crise que j'ai piquée à mes amies il y a quelques mois était inattendue.
Ça devait être un moment qui s'y prêtait. L'alignement des planètes, sans doute... Ça s'est passé pendant une soirée chez Fiona, une de mes meilleures amies. On discutait sur la terrasse: six copines, six filles - pardon, six femmes - âgées de 28 à 35 ans, toutes en couple... sauf une: moi. Bref, comme souvent, j'étais la seule officiellement célibataire, mais ça ne me dérange pas, enfin pas toujours. Question d'habitude. C'est juste que, ce soir-là, au détour d'une conversation palpitante sur les joies de la maternité (du style «avant ça, tu ne comprends rien à la vie»), Fiona m'a demandé: «Tu feras quoi, toi, Solenn, si, à 38 ans, t'as toujours pas d'enfant?» J'ai arrêté net de sourire, et je suis sortie de mes gonds. C'est monté tout seul. J'ai hurlé. Aurait-elle pu trouver une question plus niaiseuse que ça?
Qu'est-ce que j'étais censée faire, à 38 ans, selon elle, si je n'avais pas de bébé? En adopter un? Me tuer?
Sauter sur n'importe qui, un peu comme elle, qui en a déjà pondu trois? Je suis partie furieuse. Et le pire de tout, ç'a été les messages sur mon téléphone cellulaire... Mes chums ne m'en voulaient pas. Elles compatissaient. Le sujet «bébé» devait être si sensible pour moi... Et, comme d'habitude, elles me gratifiaient de leurs encouragements: j'allais trouver l'âme sœur, je ne devais pas me décourager... Bref, des propos à faire vomir.




