À 41 ans, Vanessa, qui était obsédée par son image, a éprouvé des ennuis de santé. Elle a alors commencé à lâcher prise.
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Un jour, j'ai croisé un très bon ami dans une librairie. Il ne m'a pas reconnue, tout simplement parce que j'avais cessé d'être en représentation. J'étais sortie sans armure. Aucun maquillage, une queue de cheval, un pull tout simple, un jean, des baskets. Je n'avais aucune énergie pour me faire belle. Mon ami s'est pourtant exclamé: «Tu as l'air toute reposée!» En fait, c'était l'inverse. J'étais exténuée, je dormais 18 heures sur 24! J'ai pensé: «Il ne voit rien, cet imbécile...»
Une autre fois – et là, j'avais repris le travail mais je me sentais encore au ralenti –, ce même ami a fondu sur moi au café et m'a enlacée d'une manière très protectrice. II me berçait presque en me chuchotant: «Tu es cute... tu es cute...» J'ai senti la chaleur de son corps. Je n'aurais jamais imaginé que cet ami puisse être un tel – comment dire? – un tel écrin. Pour la première fois de ma vie, j'ai vraiment vu cet ami comme un homme.
Durant cette période, d'autres gars ont commencé à prêter attention à moi. Ce qu'il y avait de changé, c'est que, moi aussi, je les considérais enfin comme des personnes pouvant m'apporter quelque chose. Ils me complimentaient, et c'était nouveau pour moi; mais peut-être qu'auparavant je n'entendais pas les compliments. C'était à la fois délicieux et inquiétant. Je me suis toujours méfiée du penchant des hommes pour les femmes fragiles. Pour être honnête, je méprise l'idée qu'il faille être une faible femme pour plaire aux hommes. Ça me semble être le début de la domination des hommes sur les femmes.
J'aurais pu en rester là. Retrouver ma place, au fond si familière, de bon petit soldat. Mais il y a eu une seconde étape: toute seule, humblement, j'ai réalisé que d'habitude c'était moi qui cherchais à dominer les hommes. Cette situation de «guerre» m'est très clairement apparue parce que, pendant ma convalescence, je n'avais pas la force d'opposer quoi que ce soit à ma lucidité nouvelle, pas la force de me mentir. Peut-être que c'était la première fois...
J'ai rencontré Frédéric chez des amis. Ça faisait deux mois que j'avais repris le travail. Persuadée d'être redevenue comme avant, je m'étais maquillée et pomponnée ce soir-là. Étais-je la même pour autant? Pas sûr...
Frédéric est venu vers moi. Il a eu le regard bienveillant que, désormais, je connaissais: tant de gens l'avaient posé sur moi depuis deux mois! J'ai aimé ce regard. Et j'ai regardé Frédéric à mon tour. Il m'a plu. Il a engagé la conversation. Entre nous, il y avait de temps en temps un silence. Ce soir-là, j'ai découvert que, sans silence, il n'y a pas d'échange possible. Moi, j'ai passé ma vie à remplir ce silence. En présence d'un homme, j'ai tout le temps parlé, croyant que, sans ce flot de paroles, il y aurait un silence gênant. Je comprenais désormais que le but, au fond, c'était de laisser venir cette chose si merveilleusement gênante...
Quand Frédéric et moi nous sommes dit au revoir dans ma voiture ce soir-là, il y a eu tant de silence, et tant de place pour quelque chose d'autre, que ç'a été comme si on avait partagé un bien précieux. De fil en aiguille, ou plutôt comme par enchantement, il m'a tenue serrée contre lui. À un moment donné, il a soufflé: «Et?» C'était clairement une façon de demander ce qu'on ferait ensuite. J'ai répondu: «Je n'ai pas la force...» II a dit en fixant mon front: «Moi non plus...» On a ri, et j'ai aussitôt senti que j'allais me mettre à pleurer; déjà, mon visage calme et lisse était inondé de larmes. Je pleurais parce que je me détendais.
C'était pour moi aussi honteux que de faire pipi dans ma culotte. Jamais je n'avais montré une telle faiblesse à qui que ce soit. Ça n'avait rien d'une crise de nerfs; c'était au contraire très paisible. Frédéric est resté là, à côté de moi. Il n'est pas parti en courant. J'ai ajouté: «Je suis vraiment navrée...» Très gentiment, il a demandé: «C'est du chagrin?» J'ai répondu: «Non, c'est...» Il attendait, si patient, si tolérant. Il m'a semblé qu'il pourrait attendre comme ça toute la nuit dans cette voiture, alors qu'une espèce de bonté nous enveloppait.
«C'est...», je réessayais. Est-ce qu'on pouvait révéler à un homme sa part d'enfance, sa naïveté? À travers mes larmes, je ne sais comment, j'ai osé le formuler: «Tu sais, cette douceur me fait du bien.» De l'avouer, je me suis trouvée si démunie... si éberluée aussi. Comment avais-je pu penser, avant, qu'on pouvait vraiment être en relation avec quelqu'un sans cette nudité-là?
PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE FONTANEL




