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Au hammam: une nouvelle érotique

L'auteure et journaliste Marie-Hélène Poitras a concocté un récit érotique, juste pour nous! Bienvenue Au Hammam!

Par
Marie-Hélène Poitras
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John Londono
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Au Hamman

Je viens d'atterrir à Paris et je me sens vulnérable à cause du décalage horaire. Ma directrice littéraire s'est fait piquer son portefeuille dans le métro, le soleil blesse l'iris et l'agitation de la ville donne le vertige. Deux choix s'offrent à nous: picoler un cahors à trois balles jusqu'à tomber endormies dans la petite chambre d'hôtel ou accepter l'invitation de Fernande, éditrice française, qui propose d'aller se détendre au hammam de la mosquée de Paris.

Je note au passage l'adresse d'une boutique de parfums et mémorise le nom des fragrances: eau de Charlotte, Petite chérie, La violette. Le musée d'Orsay présente une exposition sur l'évolution de la peine de mort; l'image d'une guillotine me fait passer l'envie d'un macaron au caramel. Le grand panier où tombe la tête ressemble à un landau...

«Mais t'en fais une de ces têtes!» s'exclame Fernande.

Nous arrivons à la mosquée. Dans l'antichambre, des vitraux aux couleurs vibrantes jettent un voile sur le jour. Nous entrons.

Dans une grande pièce, des femmes de tous les âges sirotent du thé à la menthe, dénudées, attendant qu'on les appelle pour le massage. Quatre matrones d'une cinquantaine d'années pétrissent les chairs des filles étendues dans des poses presque lascives sur les tables capitonnées. L'éclairage tamisé fait paraître les peaux encore plus roses ou hâlées, c'est selon. Une vieillarde se plaint du temps d'attente. Ses seins sont comme deux poches de thé décorées d'un raisin sec. Soudain je réalise que je verrai ma directrice littéraire nue, l'éditrice française aussi, que je serai moi-même à poil... Et je suis heurtée dans ma pudeur de Nord-Américaine.

Je laisse le haut de bikini au vestiaire et me faufile derrière le rideau de vapeur en faisant comme si de rien n'était.

Ève et Fernande sont déjà installées dans une des cabines. La première huile ses jambes avec une pommade dorée destinée à faire reluire les chairs, la seconde verse une chaudière d'eau fraîche sur son corps.

Je pense: «Nous sommes de simples figurantes dans un fantasme masculin.»  

 

DATE DE PUBLICATION: 2010-07-28 , Tiré du magazine ELLE Québec, août 2010

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