Après trois ans avec Alex, Cécile n’a jamais pu percer le mystère qu’il entretenait à propos de ses voyages.
Durant les six premiers mois de notre relation, on se faisait souvent réveiller par le téléphone en pleine nuit. Alex se réfugiait immanquablement dans son bureau pour discuter en anglais ou dans une langue qui sonnait comme du russe. J'étais perplexe, mais je ne faisais pas de commentaires, sachant très bien que, quoi que je dise, il aurait à nouveau esquivé mes questions.
Un matin, alors qu'il était sous la douche, j'en ai profité pour fouiller dans son secrétaire. J'y ai découvert plusieurs passeports lui appartenant, mais avec des photos, des nationalités et des âges variés. J'étais renversée. Sans compter que la veille, j'avais repéré un microtatouage en forme de code-barres dans le bas de son dos! Ça m'a donné le frisson. J'ai regagné le lit en commençant à faire le lien entre différents signes: son agilité à grimper sur les toits, son flair pour repérer les caméras de surveillance, les escaliers et les sorties de secours, sa façon de boire sans vraiment s'enivrer pour toujours rester maître de la situation... Et puis, l'autre jour, ne m'avait-il pas remis une carte avec un numéro de téléphone à composer au cas où il lui arriverait quelque chose de terrible en ma présence? Hum, Alex serait-il... un agent secret? L'idée m'a semblé risible jusqu'au jour où, en téléphonant chez lui, je suis tombée sur sa mère. Elle m'a annoncé qu'Alex avait quitté le pays et qu'«il n'était pas près de revenir». Paniquée, j'ai tenté de le joindre sur son cellulaire, mais en vain. Quel désarroi! Et si c'était vrai, s'il était vraiment parti sans me le dire? Pas de nouvelles pendant trois semaines. J'étais inconsolable.




